Sarrians : La double vie d’Alexandre Bouyer

Publié le 01 août 2022

Sur la route de Tourreau, à Sarrians, se trouvent à la fois le Domaine du Grand Singe, et les Pépinières Bouyer. Deux entités distinctes avec un point commun, Alexandre Bouyer, vigneron et futur pépiniériste viticole, inspiré par la permaculture et la biodynamie.

C’est un trentenaire dégingandé et souriant qui vous accueille, dans la cour intérieure d’un beau mas de la plaine sarrianaise, pas très loin du lit de l’Ouvèze. Il se nomme Alexandre Bouyer, fils et petit-fils des créateurs de la Pépinière viticole Bouyer. Son grand-père, Marcel, fut l’un des fondateurs des fameuses ‘Pépinières du Comtat’, avec Jean Barnier. Mine de rien, cette société coopérative agricole – qui ne compte que quelques adhérents – est le 3e producteur français de plants de vignes.

Ailleurs si j’y suis

Si la famille Bouyer a toujours “fait dans la pépinière”, Alexandre, lui, a eu envie d’aller voir ailleurs si, par hasard, il y était. “J’ai fait un BTS viti-œnologie au lycée Pétrarque, à Avignon, puis une licence à l’Institut Agro Montpellier (ex SupAgro Montpellier). J’avais déjà été sensibilisé, durant ma formation, à la nécessité de trouver des méthodes de cultures plus compatibles avec les enjeux environnementaux. Mais les deux années de woofing que j’ai enchaînées ensuite, de 2012 à 2014, ont fini de forger ma conviction.” De l’Australie à la Nouvelle-Zélande, en passant par quatre pays d’Amérique latine puis, enfin, de l’Europe, Alexandre découvre à la fois les pays néo-vinificateurs, mais aussi la permaculture et la biodynamie.

Il rentre, en 2014, et rejoint l’entreprise familiale avec la certitude qu’il faut “faire les choses autrement”. Dans le domaine de la pépinière viticole, il y a un peu partout en France des professionnels qui ont commencé à chercher de nouvelles méthodes. Dans le Vaucluse, c’est notamment le cas de Lillian Berillon, à Jonquières, précurseur sur ces nouvelles pratiques. “Je suis allé le voir et j’en suis revenu en me disant qu’on pouvait vraiment y arriver.

Faire les choses autrement

De 2014 à 2017, il travaille sur l’exploitation familiale avec ses parents. “Nous avons une quinzaine d’hectares en vignes mères de porte-greffes, sept hectares de vignes à greffon, avec une quinzaine de variétés de raisin et, enfin, trois hectares de vignes de cuve. Mes parents m’ont dit : ‘Lance-toi, fais les choses comme tu veux les faire sur la vigne de cuve’. J’avais des voisins, des membres de ma famille, qui faisaient du vin. J’ai eu envie de me lancer à mon tour.”

Une première vinification expérimentale, en 2016, lui permet de se rendre compte que le pari est faisable. Alors, en 2017, il crée le ‘Domaine du Grand Singe’. “Je voulais un nom un peu différent?! Et puis, je suis un passionné d’escalade, et vu ma morphologie, certains amis m’ont donné ce surnom affectueux.”

Sa gamme commence, fort logiquement, par une cuvée triple, rouge, blanc, rosé, appelée ‘Ouistiti’. Des vins frais, fruités, sans trop de tanins. Il fera ensuite évoluer cette gamme en lui adjoignant deux vins 100 % grenache, ‘L’amour fou’, l’un en blanc, l’autre en rouge. Et enfin, sur une petite parcelle exploitée en fermage, un vacqueyras, l’appellation qui fait la fierté locale. Il a aménagé, au-dessus de son chai, un caveau chaleureux, où l’on croise un billard, un grand et beau comptoir de bois, des vinyles des années 80...

Double casquette

Mais, parallèlement à son activité de vigneron, Alexandre continue de se préparer à prendre le relais de son père, Frédéric, qui partira en retraite d’ici quelques années. “J’ai déjà commencé à utiliser de nouvelles méthodes de cultures sur cinq des quinze hectares de vignes mères de porte-greffes”, explique-t-il. “La grosse contrainte à gérer avec le passage en bio, c’est le désherbage. Au sein des Pépinières du Comtat, nous sommes à la recherche de nouvelles alternatives, afin de supprimer les intrants chimiques. La première réponse, c’est le travail mécanique. Mais il ne peut se faire que jusqu’au début du printemps car, comme la vigne est au sol, au bout d’un moment il n’est plus possible de rentrer dans la parcelle avec un engin. Je cherche aussi d’autres solutions qui permettraient de moins chahuter les sols, soit avec des couverts végétaux, soit en restructurant les sols de manière pérenne par l’apport d’une biodiversité.

Cette ‘double casquette’ complique certes un peu les choses. Mais, au final, elle lui permet d’avoir une vision plus globale. “Je n’aurais pas eu les mêmes réflexions sur la pépinière si je n’avais pas commencé à vinifier. Et, inversement, je ne penserais pas mon métier de vigneron de la même manière si je n’étais pas dans le même temps pépiniériste. Il y a des ponts à faire entre ces deux métiers. Plus nous travaillerons ensemble, plus nous serons forts”.

Pierre Nicolas, CLP


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