Sanitaire : Le charançon noir, une nouvelle menace pour le figuier

Publié le 09 septembre 2019

Les femelles du charançon noir vont perforer le tronc des figuiers attaquant à partir du collet et jusqu’à la charpentière, pour pondre leurs œufs, entre l’écorce et l’aubier. C’est là que les larves vont se développer, en se nourrissant du bois.

Aclees foveatus, coléoptère originaire d’Asie, a été identifié sur un verger bio de de la Vallée de Sauvebonne, dans le Var, à la mi-juin, et détecté depuis, sur deux autres parcelles alentours. S’il est sans doute présent depuis quelques années déjà, les symptômes, discrets, de son activité, sont difficiles à diagnostiquer, le charançon noir du figuier entraînant progressivement l’affaiblissement, puis le dépérissement, de l’arbre.

La découverte en juin dernier, dans le Var, d’Aclees foveatus, un coléoptère d’origine asiatique, a surpris les producteurs de figues et fait naître des inquiétudes légitimes. En effet, les symptômes de sa présence, pour le moins discrets, rendent difficiles son identification mais n’entraînent pas moins affaiblissement voire dépérissement des arbres.

Les femelles vont, en effet, perforer le tronc, attaquant à partir du collet et jusqu’à la charpentière, pour pondre leurs œufs entre l’écorce et l’aubier. C’est là que les larves vont se développer, en se nourrissant du bois. Adulte, l’insecte, plutôt nocturne, peut aussi attaquer feuilles, fruits et bourgeons. Doté d’ailes, mais assez paresseux, il semble préférer marcher, ce qui limite sa capacité de dispersion.

Les producteurs ne disposant pas de produit homologué pour lutter sur figuier, les différents acteurs de la filière travaillent collectivement à l’élaboration d’un protocole de gestion phytosanitaire. La reconnaissance des symptômes est, bien sûr, essentielle et l’information des producteurs est une priorité.

 

Pédagogie et solidarité

Dans ce but, la Chambre d’agriculture du Var, la Fredon et la Draaf, avec l’appui de Végétech et en lien avec le syndicat des producteurs de l’AOP Figue de Solliès, organisait, dès le 5 août, un chantier école chez un producteur touché, contraint d’abattre les arbres les plus touchés. L’initiative a trouvé écho dans les rangs de ses confrères, venus en nombre prêter main forte, et s’informer sur le ravageur. Sur la parcelle de 2,5 hectares, les arbres les plus dépérissants, abattus puis dessouchés, ont été broyés avant de faire l’objet d’une insolarisation.

Sur place, les producteurs ont pu apprendre à identifier les indicateurs de présence de l’insecte. Plusieurs signes sont en effet observables au fil du temps, à commencer par les orifices de ponte dans le tronc. Les petits écoulements de sève consécutifs à la ponte, la sciure issue des galeries creusées par les larves, la sécrétion d’exsudat brunâtre au collet, qui témoigne de la réaction de défense de l’arbre, le broutage des figues, bourgeons et feuilles, la dégradation du collet, et enfin le dépérissement de l’arbre et l’avortement des fruits sont autant d’élément de reconnaissance.

Etre attentif et réactif

« Il est important d’être attentif et réactif, car on observe deux pics d’activité. Le premier fin juin, début juillet, le second sur septembre/octobre. Entre temps, il faut observer ses parcelles et faire le nécessaire », souligne Fanny Vernier, conseillère arboricole de la Chambre d’agriculture du Var.

Plusieurs leviers d’interventions peuvent être activés. Il est d’abord conseillé de bien dégager la base du collet, pour éviter l’humidité que le ravageur affectionne particulièrement, et de curer les galeries présentes. Des essais de badigeon du tronc avec des barrières minérales sont également testées in situ, afin de perturber la ponte. « L’objectif est de protéger le tronc du collet à la base des charpentières, voire au-dessus. Les premiers résultats montrent que le badigeon d’une barrière minérale va avoir plusieurs effets : un effet répulsif tout d’abord, car les adultes sont repoussés olfactivement par le produit. Ils sont aussi gênés dans la ponte, car le produit colle au corps de l’insecte, va le faire transpirer et obstruer ses organes respiratoires. Un élément à prendre en compte pour cette pratique, qui reste à affiner, est que beaucoup de vergers de figuiers sont équipés en système d’aspersion et que le produit est lessivable », précise Fanny Vernier.

« Au niveau de la Fredon, on va s’atteler à analyser l’étendue du phénomène. On sait aujourd’hui que la vallée de Sauvebonne est touchée, il faut mobiliser les moyens pour prospecter plus largement », indique Daniel Bielmann, président de la Fredon Paca. En parallèle, des travaux sont menés pour mieux connaître le ravageur, son comportement et son cycle biologique. « On est déjà en train de mettre au point des méthodes d’observation, car la biologie de l’insecte est encore méconnue. Nous allons aussi travailler sur les substances qui sont susceptibles d’agir sur le coléoptère. Il faudra ensuite entrer en phase d’évaluation des solutions identifiées, le tout sous l’encadrement de la Draaf et avec les organismes professionnels, bien sûr », complète Karine Panchaud, biologiste anthomologiste de Végétech.

Pour la filière, s’il est essentiel de prendre le problème au sérieux, il n’est pour autant pas question d’alarmer, le phénomène étant pour l’heure localisé. Pour autant, la sensibilisation, l’information et la mobilisation des professionnels est indispensable pour mettre en place des solutions efficaces. La communication doit aussi être déployée auprès du secteur pépinière, des collectivités et des particuliers.

Gabrielle Lantes


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