Saint-Trinit : La famille Archange fait le choix de la vente directe

Publié le 15 août 2022

Le Gaec Archange commercialise sa propre huile de cameline et de colza. Saucisson, chipolata et merguez sont transformés dans le village voisin.(© PN)

À Saint-Trinit, la famille Archange pratique la polyculture et l’élevage, et commercialise de plus en plus ses produits, bruts ou transformés, grâce à la vente directe. À tel point qu’elle vient ouvrir, cet été, un point de vente spécialement dédié. Rencontre avec Michel Archange, agriculteur et élu local.

“Je ne sais même pas à quand remonte l’installation de ma famille comme agriculteurs à Saint-Trinit”, reconnaît Michel
Archange. “Mais c’est au moins quatre ou cinq générations qui se sont succédé ici.”

Comme beaucoup d’exploitations situées sur le plateau d’Albion, la famille Archange pratique la polyculture et l’élevage. “Quand j’ai rejoint mon père et ma mère au sein du Gaec, en 1999 – alors que mon oncle en sortait pour prendre sa retraite –, nous cultivions la lavande, le lavandin et des céréales, avec un élevage de brebis. Nous avons fait le choix de diversifier petit à petit nos cultures.”

Bio et vente directe

Durant la première décennie de ce IIIe millénaire, de nouvelles évolutions apparaissent. Le père de Michel prend à son tour sa retraite. Quelques années plus tard, le passage en bio est décidé. “Ça n’a pas changé grand-chose à nos pratiques, puisqu’en polyculture élevage, on avait déjà un assolement diversifié. On produisait déjà notre propre fumier, on faisait déjà des rotations, on ne désherbait déjà pas énormément. En revanche, on a commencé de nouvelles cultures et développé le volet transformation”, explique Michel Archange.

Aujourd’hui, l’exploitation produit, en céréales, du triticale, de l’épeautre, de l’orge, de l’avoine et du blé. Mais aussi des lentilles, de la sauge, des pois chiches, de la cameline et du colza. Une belle châtaigneraie ancienne – faisant probablement partie de celles plantées à l’initiative de Napoléon au début du XIXe siècle, vu la belle taille des arbres – vient s’adjoindre à ces cultures. Mais, comme le reconnaît volontiers Michel Archange, “les châtaigniers n’ont pas un rapport énorme. Toutefois, ce qu’ils me rapportent me permet de les entretenir”. À ces cultures s’adjoint toujours un élevage de moutons à viande de quelque 200 têtes.

Passage à la vitesse supérieure

Cette variété de cultures et de productions a rapidement permis au groupement de développer une offre de vente directe. “Nous avons commencé par faire cette vente à la maison, comme souvent. Mais il commençait à y en avoir un peu partout, d’autant que nous avions aussi développé la transformation?! En 2021, quand on a commencé à préparer le départ à la retraite de ma mère, nous avons donc décidé de passer à la vitesse supérieure sur la vente directe.”

En clair, cela s’est traduit par l’aménagement d’un local spacieux, au sein d’un hangar agricole, facilement visible depuis la route, avec un espace de parking juste devant. Autre changement notable : l’embauche d’une salariée, afin de prendre le relais, d’assurer des horaires d’ouverture conséquents (huit heures par jour), mais aussi de prendre en charge les travaux de conditionnement et quelques tâches administratives.

Proposer un large choix

Pour faire l’aménagement, nous sommes descendus à Avignon, dans un magasin de troc, et nous y avons trouvé notre bonheur : des comptoirs de présentation, et même deux anciens capots avant de tracteurs vignerons qui permettent la décoration?!” Michel Archange est fier de son point de vente, qui aura mis plus d’un an avant d’être totalement prêt à ouvrir. “On a voulu avoir toute une gamme de produits à proposer : les gens qui s’arrêtent en passant, s’ils voient qu’il y a beaucoup de produits proposés, prennent plus de temps pour regarder.

On peut donc y trouver de l’agneau demi ou entier, sur commande, des chipolatas, merguez et saucissons de brebis, transformés par les établissements Joassan de Revest-du-Bion. Côté céréales, du petit épeautre?; des farines de blés, de châtaigne et d’épeautre?; des huiles de cameline et de colza?; des châtaignes au naturel ou en purée?; des pâtes à base de blé ou de petit épeautre. Tout cela issu des productions de la ferme, “sauf pour le miel, fruit du travail d’un apiculteur local, mais dont les ruches sont situées sur nos terres?!”.

Tensions grandissantes sur l’eau

Pour parfumer le tout, on trouve aussi des bouquets de lavande, “même si cette année c’est difficile”. Car c’est le gros sujet d’inquiétude de Michel Archange, en tant qu’agriculteur comme en tant qu’élu local – puisqu’il est maire de Saint-Trinit depuis mars 2020 – est bien le manque d’eau, de plus en plus dramatique sur le plateau. “Cette année, des exploitations se sont retrouvées sans eau pendant deux jours, des distilleries ont dû s’arrêter par manque d’eau1. Mes récoltes sont à la moitié de ce qu’on fait en moyenne.” Certes, il y a bien un projet dans les tuyaux, visant à faire monter l’eau depuis Cheval Blanc, par un système de haute pression : portée par le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable et assainissement (Siaepa) de la région de Sault, c’est une opération de 15 millions d’euros. “Ça va prendre du temps pour trouver cet argent, et d’ici là, j’espère qu’on sera encore tous là”.

Pierre Nicolas, CLP


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