Saint-Trinit : châtaignes et rock’n’roll à 'La ferme en Ventoux'

Publié le 18 avril 2022

Claire et Richard Miras ont installé un séchoir sur l'exploitation, ce qui leur permet d'affiner la charcuterie produite avec leurs porcs de race Duroc ou Landrace. (© PN)

À Saint-Trinit, Claire et Richard Miras cultivent les châtaignes, élèvent des porcs en plein air, et produisent petit épeautre et trèfle violet. Et, le soir venu, deux fois par semaine, Claire branche sa guitare et Richard accorde sa basse…

Sur les hauteurs de Saint-Trinit, la route du Suit est une voie étroite, parfaitement bitumée, qui mène au beau milieu d’une belle forêt. C’est là que l’on trouve 'Une ferme en Ventoux', l’exploitation agricole menée par Claire et Richard Miras.

"Notre vie professionnelle a été composée de trois grandes étapes", explique Richard. "Jusqu’en 2005, j’étais menuisier et cuisiniste dans ma ville natale, Robion. Ensuite, nous avons acheté le gîte des Bayles, situé juste à côté d’ici". Une grosse affaire, avec 52 couchages. "Au fil du temps, nous avons accueilli de plus en plus de groupes, et de moins en moins de familles. Et la gestion des groupes, arrivé à un certain âge, ça devient difficile", explique Claire. Lors de leurs balades en pleine nature, en direction de la montagne de Lire, les Miras découvrent une vieille ferme à l’abandon. "C’était en piteux état, les toits étaient effondrés, la forêt avait tout envahi", se souvient Richard.

Châtaigneraies bicentenaires

Après trois années de négociation, ils vendent leur gîte et achètent la ferme, ainsi que 68 hectares de terres. La première production de la ferme sera celle de châtaignes. "Nous avons actuellement deux châtaigneraies : une de douze arbres complètement remise en état, à côté de la maison ; l’autre de dix-sept arbres au creux d’un vallon, en cours de remise en état." Les arbres datent de 1810, alors que Napoléon Ier – pour lutter contre la famine – avait quasiment contraint toutes les exploitations du plateau à planter des châtaigniers. "Le nom de la variété de châtaignes est jusqu'ici inconnu, car le nom a été perdu. Ce sont des petites châtaignes, au goût très prononcé. On ajoute juste le mini de sucre autorisé par le label AB, et rien d’autre."

Les deux châtaigneraies donnent beaucoup de châtaignes d’ordinaire (de 800 kg à 1 tonne) mais, depuis trois ans, les Miras ne récoltent pas plus de 300 kg par an, en raison de sécheresse à répétition. "Donc, maintenant, on ne fait plus que la crème de marrons. On a arrêté la châtaigne au naturel et on a renoncé, pour l’instant, à notre projet de faire de la farine, car il faut minimum 300 kg de production en plus pour cela."

La récolte a lieu d’octobre à novembre. "Ensuite, nous les faisons tremper, et nous jetons toutes celles qui flottent : cela veut dire qu’elles sont atteintes par le vers. Avant, nous les donnions aux cochons. Mais comme il y a risque qu’elles aient été touchées par des sangliers atteints de la peste porcine, on les jette désormais."

Claire et Richard font transformer leurs châtaignes à Génolhac, à la frontière entre l’Ardèche et la Lozère "On travaille avec eux, et ils traitent nos châtaignes à part, sans les mélanger avec d’autres récoltes. Ils enlèvent la première peau. Ensuite, elles sont bouillies, ce qui permet d'enlever la seconde peau. Et on repart le lendemain avec tous nos pots, qu’on étiquette à la maison."

Quatre cochons par semaine

L’autre production phare de 'La ferme en Ventoux', ce sont les cochons, issus d’un croisement entre des Landrace et des Duroc. Ils sont élevés sur trois parcs : l’un destiné aux plus jeunes, le second aux jeunes adultes, et le dernier, plus éloigné, aux bêtes prêtes à partir à l’abattoir communal de Gap. "Ensuite, un laboratoire de transformation, installé à Tallard dans les Hautes-Alpes, va chercher les carcasses, et procède à leur transformation", explique Richard. "Je récupère les produits ensachés sous vide, ainsi que la charcuterie destinée à notre séchoir, chaque semaine, lorsque j’amène mes quatre porcs hebdomadaires pour l’abattage."

Par la suite, tout est vendu – comme pour la crème de marrons – en vente directe, sur l’exploitation et quelques les marchés : Apt le mardi matin ; Sault, le mercredi ; Carpentras, le vendredi ; Petit Palais le samedi ; sans oublier quelques fêtes de terroirs, telles que 'Ventoux Saveurs'. "Le samedi suivant, tout est vendu" affirme Claire, le sourire aux lèvres.

Enfin, la dernière production de 'La ferme en Ventoux', ce sont ses cultures. Cette année, l'exploitation compte, d'une part, dix hectares de petit épeautre, qui seront vendus à Jérôme Reynard, également installé à Saint-Trinit. Et, d'autre part, 16 ha de trèfle violet, récoltés par un éleveur, François Constantin, sous forme de foin. "Nous faisons des rotations de deux ans entre ces deux cultures, pour ne pas épuiser les terres." À terme, Richard réfléchit même à faire une rotation sur trois cultures.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, malgré des journées bien remplies, Claire et Richard trouvent quand même le temps de mener aussi un autre projet : avec deux amis, paysans comme eux, ils ont créé leur groupe de rock, et répètent le mercredi et le vendredi à l’arrière de leur boutique. Claire est à la guitare, Richard à la basse. "On est encore à la recherche d’un chanteur, en revanche !" Appel lancé.

Pierre Nicolas, CLP


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