Saint-Pierre-De-Vassols : l’olive, une culture méditerranéenne en déclin ?

Publié le 05 juillet 2021

Si les deux tiers de la production d’huile sont commercialisés par les moulins, Thomas en conserve tout de même un tiers pour la vente directe. (© ML)

Boudée par les jeunes, l’oléiculture peine à se maintenir dans les exploitations agricoles vauclusiennes. Thomas Escoffier maintient pourtant avec fierté ses quatre ha d’oliviers. Une culture qui lui apporte une certaine stabilité dans les années difficiles, à l’image de 2021.

Dans le pick-up qui le mène jusqu’à ses vergers d’oliviers, Thomas Escoffier a les yeux rivés sur la route qui serpente. La surface est conséquente au Domaine Saint-Roch, particulièrement pour ses vignes. Ici, 36 hectares sont destinés aux raisins de cuve, 15 ha au raisin de table, et les 9 ha restants sont réservés aux cerises et aux olives. Les petits fruits verts sont précieux, particulièrement dans une année comme 2021. "J’ai 50 à 60 % de pertes sur les vignes, 80 % sur les cerises dont il ne me reste que les variétés les plus tardives", explique-t-il.

Comme de plus en plus de ses jeunes confrères, il reconnaît l’importance de diversifier les cultures : "Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de mettre tous nos œufs dans le même panier".

La famille de l’agriculteur a toujours gardé en tête ce proverbe : la preuve, les cerisiers et oliviers plantés dans les vergers ne sont pas tous récents, quoique Thomas plante régulièrement de nouveaux arbres. En déambulant dans la terre sèche, il est effectivement facile de remarquer les jeunes pousses aux milieux des plus vieux. "Certains de nos oliviers sont centenaires et ont résisté au gel de 1956 qui, lui, avait fait des dégâts. Mais nous avons aussi des vergers beaucoup plus jeunes, avec des arbres plantés l’année dernière. L’olivier est un arbre qui ne meure jamais, sauf aléa exceptionnel", explique le jeune agriculteur. Alors quand il en plante de nouveaux, c’est surtout pour densifier sa production et occuper de l’espace sur des parcelles de vignes non mécanisables.

Des fruits peu exigeants

"L’olive est une production plaisante, c’est un bon plan", se satisfait Thomas Escoffier. Certes, il faut savoir attendre avant la première récolte, et le jeune homme a la chance d’avoir déjà plusieurs hectares plantés par les générations précédentes de sa famille. Mais il y voit aussi une production sensée et adaptée au changement climatique. "L’olivier est un arbre qui résiste bien aux aléas et son fruit est moins délicat qu’une cerise, par exemple. Lors des gels printaniers, la floraison n’est pas amorcée donc il ne craint pas trop ; de même, la sécheresse n’est pas un problème, car l'olivier est un arbre qui nécessite peu d’eau. Bref, c’est la culture méditerranéenne par excellence", expose le jeune homme. Si le gel de printemps n’est pas un problème, celui d’hiver est même plutôt le bienvenu. "On attend les premières gelées hivernales pour amorcer la récolte : ça permet de retirer l’eau de fruits et de passer de 15 à quasiment 25 % de rendement en huile pour un kilo d’olives", détaille-t-il.

D’une main, Thomas secoue une branche pour faire tomber les restants d’une floraison opulente, et laisser ainsi apparaître une multitude de billes vertes sur les branches : "Il va y avoir une belle récolte cette année". Cette dernière s’amorce peu avant l’hiver, en novembre ou décembre, et se poursuit sur deux mois. Mais avant cela, il faut entretenir les vergers. Bien que les oliviers ne demandent que peu d’entretien, la taille doit rester régulière, a minima tous les deux ans pour assurer une récolte. Pendant cinq ans, Thomas s’est appliqué à tout faire pour que l’ensemble de son exploitation soit certifié bio. C’était sans compter l’épidémie de black-rot en 2015, qui lui a fait perdre près de 80 % de ses vignes. Il est depuis repassé à l’agriculture raisonnée et au label Haute valeur environnementale. "Je continue de n’utiliser ni herbicide, ni traitement chimique pour les olives. Mais je suis obligé de faire quelque chose pour lutter contre la mouche. Les gens l’oublient souvent, mais il existe aussi des traitements bio. L’argile que je pulvérise sur mes arbres l’est, par exemple", développe le jeune agriculteur.

Sa récolte annuelle pèse près de 20 tonnes, soit près de 4 000 litres d’huile après extraction, avec un rendement moyen annuel de 20 %. Ce sont les moulins qui s’occupent de la transformation. Thomas Escoffier travaille notamment avec les moulins de 'La Colombe', à Malemort-du-Comtat, et celui de La Balméenne, à Beaumes-de-Venise, qui commercialisent deux tiers de sa production. Le reste est embouteillé sur le domaine et vendu en direct, soit chez lui, soit par quelques petites épiceries ou halles locales.

Redorer le blason de l’oléiculture

S’il a repris le domaine en 2013, la diversité de ses cultures n’est pas récente, malgré la dominance de la vigne. Thomas constate toutefois que les vergers d’autrefois disparaissent lentement : "Avant, on trouvait des oliviers sur toutes les exploitations. Aujourd’hui, il y en a de moins en moins, et les jeunes peinent à s’en occuper. On se retrouve donc avec des vergers à l’abandon". Une désaffection qui s’explique en partie par le peu que rapporte l’oléiculture comparativement à d’autres productions. "Il faut trouver du personnel, et tout le monde ne sait pas tailler un olivier. C’est difficile de trouver de la main-d’œuvre compétente", complète l’agriculteur. Quand les producteurs ne trouvent pas ? "Si le terrain est mécanisable, les vergers sont souvent remplacés, particulièrement pour du raisin de cuve", répond-il simplement.

Il a beau prôner la diversification des exploitations agricoles, le président des Jeunes Agriculteurs du Comtat et du Sud Ventoux, admet toutefois la difficulté à s’investir sur certains points : "Les jeunes n’ont pas le temps –  articulièrement avec des années comme celles que l’on vient de vivre – pour s’investir dans de l’événementiel et la transition de leurs exploitations". Pas simple, effectivement, d’amorcer des changements dans les vignobles et vergers, quand on sait qu’un olivier mettra dix ans avant de produire sa première récole. L’oléiculture reste toutefois une production dans l’air du temps, résistante aux aléas avec une drupe plus ferme, des arbres robustes et un feuillage persistant. Avant qu’un basculement environnemental ne s’opère, peut-être est-il encore temps d’envisager de planter quelques oliviers...

Manon Lallemand


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