Saint-Didier : Passion et partage, ingrédients privilégiés du Chat Blanc

Publié le 18 juillet 2022

Le mas du domaine accueille des visites du vignoble, des dégustations ou encore des soirées musicales au cours de l’été.(ML)

Stéphane, Catherine et Paul vivent, mangent et dorment Chat Blanc. Depuis qu’elle a repris quelques hectares de vignes à Saint-Didier et créé son domaine, la famille Chatal est plus épanouie que jamais. Ils y travaillent d’arrache-pied, tout en profitant de ce que la vie a à offrir et, surtout, en partageant au maximum la passion qui les anime.

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, Catherine et Stéphane Chatal vivaient encore à Londres. Ce dernier travaille alors dans l’informatique, mais dans un coin de mémoire, il conserve le souvenir de l’appartement de son grand-père, à Cagnes. Il aime le vin, rêve d’un vignoble en Provence. L’engouement pour la région se renforce avec les vacances passées en famille dans le Luberon. Et puis, en 2017, le pas est franchi : ils achètent des terres. “Nous avons d’abord cherché vers le Luberon, mais le foncier était très cher, ou les vignes en bord de route et ce n’était pas l’idée que l’on se faisait d’un vignoble en Provence”, se remémore Catherine.

La perle rare est à Saint-Didier, sous l’œil bienveillant du Géant Chauve. Environ 5,50 hectares de cépages grenache et syrah, exploités en bio par la cave coopérative locale, autour d’un mas du XVIIIe siècle. Mais le couple et leur fils, Paul, vivent toujours outre-Manche. “Quand on se lance, il n’est pas question d’exploiter un vignoble pour en vivre, c’est un projet passion”, explique Catherine.

Pour cette raison, ils pilotent l’exploitation depuis Londres et un œnologue les conseille. 2018, année du premier millésime, est très productive, même pour les vieilles vignes dont ils auraient pu tirer
10 000 bouteilles. Ils partiront finalement sur 4 000, de peur de ne pas les vendre, ce qui se passe effectivement à Londres : “Le vin plaisait, mais il nous manquait des médailles, des années d’ancienneté”... Catherine retrousse alors ses manches et enchaîne les rendez-vous à Paris, depuis la capitale anglaise. Cette fois, le succès est immédiat.

Professionnalisation par passion

Cette ‘Cuvée première’ remporte une médaille d’argent au concours Paris Wine Cup, en récompense du vin, mais aussi du packaging. L’étiquette attire le regard. Sur fond noir, une tête de chat, très graphique, fixe le consommateur. “C’est vrai que c’est différent de ce que l’on voit habituellement”, reconnaît Catherine Chatal. Artiste à ses heures perdues, c’est elle qui propose ce design qui, tout comme le nom du domaine, met en avant Bonbon, leur petite chatte blanche adoptée à Londres. Véritable mascotte, la croiser au mas est une chance. Mais madame préfère observer depuis les fenêtres. “C’est son côté ‘lady’ très aristocratique”, plaisante le couple. Toujours est-il que l’idée plaît et attire les consommateurs, surtout les femmes : “En discutant avec un caviste, nous avons découvert que c’était elles qui venaient acheter le vin de plus en plus souvent. Donc oui, le design est quelque chose qui ne doit pas être oublié”.

Le millésime 2019 est différent, impacté par les conditions climatiques de l’année, mais il plaît cependant toujours autant. “Le côté aromatique de la syrah est très apprécié”, souligne Paul. Cela leur vaut d’ailleurs une sélection au Guide Hachette des vins 2022.

La préparation du domaine se passe si bien que Catherine et Stéphane s’installent enfin sur place, en 2020, après le Covid. À la fin de l’année, une cuvée de rosé IGP Méditerranée, ‘Nouveau nez’, fait son arrivée et marque la volonté d’étendre la gamme. Puis, Paul rentre de Londres et ne repart plus. L’hiver dernier, il a validé un BTS viticulture-œno au lycée viticole d’Orange. “C’est une corde de plus à notre arc”, affirme sa mère. Au vignoble, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Mais avec cette expertise supplémentaire, Paul va progressivement prendre plus de place, surtout au niveau de la vinification.

Il constate que pour rentabiliser l’exploitation, ils auraient besoin d’au moins une dizaine d’hectares. L’acquisition de huit hectares du côté de Saint-Saturnin-les-Apt va dans ce sens. Cette nouvelle partie du vignoble deviendra le lieu de culture de leurs cépages blancs, qui restent encore à planter. Un caveau pourra y être imaginé, et Saint-Didier restera l’espace privilégié des vins rouges, du (futur) chai et de l’accueil, tant des touristes que des événements musicaux et des séminaires d’entreprises.

Une approche relationnelle et attentionnée

Au Domaine du Chat Blanc, accueillir les visiteurs est presque encore plus au centre que la viticulture elle-même. “Il y a un côté authentique et une proximité qui plaisent aux gens. Pour nous, c’est un plaisir de raconter notre histoire, de faire un tour des vignes, de faire déguster”, énumère Stéphane Chatal. Au-delà de la vente, il y a dans ces moments d’échanges, une autre forme de valorisation du temps passé dans les vignes.

Expliquer les vendanges de nuit pour le rosé, la diminution des passages des tracteurs et des intrants, l’épamprage, la vendange verte, le rapport au temps... Il y a beaucoup à dire et développer l’œnotourisme devient une façon “de montrer la réalité de ce métier d’agriculteur très vilipendé”. La dynamique de l’appellation Ventoux les porte également.

Ainsi, l’été dernier, organisaient-ils leurs trois premiers événements musicaux. “Après le Covid, il y avait 120 personnes à la première soirée”, se rappelle Catherine. Depuis, l’organisation s’est structurée et, cette année, sept concerts, sur réservation, auront lieu jusqu’à début septembre, accompagnés de food-trucks et de vins du domaine.

“Cette appellation a un vrai potentiel œnotouristique encore sous-exploité. Dans notre stratégie locale, il faut que les gens viennent ici et que Google les y amène. On a une chance, c’est que les visiteurs nous laissent de bons avis”, explique Stéphane Chatal. Cet aspect relationnel, qui dépasse la commercialisation, et la passion qu’ils mettent dans leur métier se retrouvent dans leurs vins. “Avant d’être vigneron, c’est ce qui faisait que je n’oubliais jamais ceux que j’avais rencontré et que je commandais leurs produits”, précise Stéphane, qui a naturellement voulu recréer cet état d’esprit sur son domaine. Chez les Chatal, on est d’ailleurs assez certains que ces points fassent partie de la recette du bonheur.


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