Saint-Christol-d’Albion : Éric Aubert, des fourneaux aux cochons

Publié le 24 janvier 2022

Les cochons d'Éric Aubert sont issus d’un croisement entre des Landrace Large White et des Duroc. (© PN)

À Saint-Christol-d’Albion, Éric Aubert, ancien restaurateur, s’est lancé dans l’élevage de porc de plein air, au sein du groupement 'Porc du Ventoux'. Histoire d’une reconversion réussie.

Éric Aubert, 51 ans, marié et père de famille, fréquente le porc depuis longtemps dans les casseroles de ses cuisines. Après avoir tenu, pendant de longues années, une auberge fort appréciée, il a travaillé pour une collectivité locale : "Mais ce n’était pas le même travail", concède-t-il. Alors il a suivi les conseils de son ami Vincent Maurel, éleveur de porc de plein air à Saint-Christol-d’Albion, et membre du Syndicat du porc du Ventoux.

L’élevage de porc en plein air est pratiqué tout autour de la Méditerranée depuis l’Antiquité, généralement en troupeaux libres menés par un porcher pour les plus jeunes, tandis que les bêtes plus âgées étaient en enclos et nourries. Aujourd’hui, cet élevage consiste à placer les porcs dans des parcs clôturés suffisamment grands, dans lesquels se trouvent à la fois une cabane pour les abriter et des nourrisseurs. En 1998, la filière 'Porc du Ventoux' est créée par un professionnel de l’abattage et de la transformation, ainsi que par plusieurs producteurs. En 2016, c’est la Maison Fillière & Cie qui prend le relais pour la commercialisation et une grande partie de la transformation, tandis que les éleveurs rachètent l’abattoir du pays d’Apt, lequel est équipé de son propre atelier de transformation pour la vente directe.

Un an de travaux d’aménagement

C’est aussi cette dynamique, portée localement par les éleveurs, qui a séduit Éric Aubert. Alors, en juillet 2020, il décide de franchir le cap, et s’installe. "J’avais hérité d’une douzaine d’hectares de terres, sur un lieu-dit nommé 'Les Agas', à l’entrée de Saint-Christol. J’ai consacré six de ces hectares à l’aménagement de mon élevage." Ce qui veut dire concrètement un long et patient chantier d’aménagement. Il délimite alors douze parcs, et construit lui-même les cabanes et les nourrisseurs. "J’ai fait faire des devis, et puis j’ai regardé ce que ça me coûterait de les faire moi-même, et il n’y avait pas photo !". Ni une, ni deux, il retrousse aussi ses manches pour poser 1,2 kilomètre de clôture, amener l’eau, installer une biosécurité avec un sas visiteur. "C’est clair que le rythme du démarrage, c’est non-stop pendant plus d’une année, après ça se calme un peu. Tout fonctionne, je ne me plains pas."

Premières bêtes en mars 2021

En mars 2021, l’élevage est prêt. Devenu membre du groupement 'Porc du Ventoux', il achète par ce biais des porcelets sevrés dans un élevage de l’Ain. "Ils sont issus de croisement entre des Landrace Large White et des Duroc. Je les garde pendant six mois, jusqu’à ce qu’ils fassent aux alentours de 140 kg, afin qu’en carcasse froide ils pèsent entre 90 et 110 kg."

L’élevage est mené dans le respect du cahier des charges 'Porc du Ventoux', avec trois types d’aliments : le Start, très protéiné ; puis un aliment engraissement ; et, dans les derniers mois, un aliment finition. Pour l’instant, Éric Aubert n’a pas encore installé de silo, il doit donc se faire livrer tous les dix jours environ. Mais ce silo est en projet, ainsi que l’aménagement du chemin de terre qui mène à son élevage.

Les bêtes sont réparties entre six des douze parcs, afin de permettre une rotation. "Les parcs ne font pas tous la même taille, il y a entre 30 et 40 porcs par parc", estime l’éleveur. En septembre 2021, il mène ses douze premiers porcs à l’Abattoir du Pays d’Apt, et en mène depuis une bonne dizaine chaque semaine, tandis qu’il fait arriver régulièrement de nouveaux porcelets. "En moyenne, j’ai toujours entre 230 et 250 bêtes sur l’élevage."

Un peu de vente directe

Les produits réalisés à partir de ses porcs sont donc commercialisés en grande partie par la société Fillière, laquelle est dotée d’un solide réseau de distribution en grandes et moyennes surfaces et en commerce. Mais comme tous ses collègues éleveurs de la filière 'Porc du Ventoux', Éric Aubert commercialise aussi en vente directe, chez lui, auprès des particuliers : côtelettes, saucisses, rôtis de porc, rouelle, cartons de six kilos… "Bien sûr, il n’y a pas l’étiquette 'Porc du Ventoux' dessus, car cela est réservé aux produits vendus par la Maison Fillière. Mais je suis heureux de pouvoir vendre ces produits directement, car ils sont le fruit de mon travail. Et elle est magnifique, la viande de mes cochons !"

L’avenir de ce projet, ce sera aussi l’arrivée de Loris, le fils d’Éric et d’Agnès Aubert. "Il va finir en juin 2022 sa formation de technicien agricole à la Maison familiale rurale d’Eyragues. Il va amener du sang neuf, pouvoir monter sa propre exploitation. On a pas mal d’idées déjà sur l’avenir, notamment en développant la vente directe, en participant à des grosses manifestations comme le festival 'Ventoux Saveurs', Terroirs en fête, la Fête de la lavande. Et puis aussi peut-être s’intéresser à la salaison."

Pierre Nicolas, CLP


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