Rencontres phyto fruits : Plus de prédateurs, moins de solutions : l’équation impossible ?

Publié le 26 janvier 2021

De nouveaux problèmes apparaissent en arboriculture, comme les mouches, les pucerons, les punaises et autres cicadelles. (© B. Dufay / La Tapy)

Covid oblige, les rencontres phytosanitaires fruits – organisée par le ministère de l’Agriculture (DGAL/SDQPV) et le CTIFL depuis les années 90 – se sont déroulées dans un « nouveau format 100% digital », guidé par le contexte sanitaire. Ainsi, quatre webinaires vont s’enchaîner, entre novembre 2020 et février 20211. Le premier intervenait le 24 novembre dernier.

« Depuis quelques campagnes, les problèmes phytosanitaires en vergers nécessitent toujours plus de recherches, d’expérimentations et de développement sur le terrain, pour trouver de nouvelles solutions, en réponse à trois nouveaux phénomènes », explique Bertrand Bourgouin, expert de la DGAL/SDQPV, en introduction du premier des quatre webinaires dédiés aux ‘Rencontres phytosanitaires fruits’, proposées conjointement par le ministère de l’Agriculture et le CTIFL.

Premier des trois nouveaux phénomènes : l’émergence, « voire la ré-émergence » de nuisibles, accentuée par l’accélération et l’augmentation des flux de marchandises, et par le déséquilibre provoqué par le changement climatique. Second facteur : la disparition de matières actives, liée à une refonte de la réglementation de l’homologation au niveau européen, lancée en 2010. Le tout dans un contexte sociétal particulier en termes de sécurité alimentaire et de nouvelles problématiques environnementales et sociétales, à l’image des Distances de sécurité ‘riverains’, des Zones de non-traitement ou des demandes de maintien de la biodiversité.

« Le défi aujourd’hui est de répondre à ces exigences multiples, en assurant un revenu décent aux agriculteurs, afin que ces derniers restent compétitifs dans un marché national et international qui se tend, le tout dans le contexte sanitaire incertain du Covid », résume le spécialiste. Pas simple donc.

70% d’usages pourvus en moyenne

Il faut dire que l’augmentation du nombre d’usages orphelins tend à devenir la norme ces dernières années. Suivis par la commission nationale des usages orphelins – « qui établit régulièrement la situation, culture par culture, usage par usage » –, ces trous dans la raquette s’amplifient, malgré l’anticipation voulue par cette commission, « dont le but est d’identifier et de gérer les priorités, en faisant le lien entre les filières sur tous les sujets transversaux, et en les partageant au niveau européen ». En France, la commission est répartie en sept groupes nationaux (fruits à pépins, noyaux, coque, petits fruits, kiwi, olivier, agrume), chacun ayant comme mission de mettre à jour la situation phytosanitaire et le catalogue des usages, mais aussi d’identifier les problèmes présents et à venir, pour proposer des solutions. « La session 2020 de chacun de ces groupes s’est achevée et montre qu’à fin novembre, les cultures disposent en moyenne de 70% d’usages pourvus, et de 30% de non-pourvus », détaille Bertrand Bourgouin.

Sur dix ans, le nombre d’usages a évolué, surtout depuis la mise en place du nouveau catalogue des usages (2010-2013) mais reste globalement stable. Toutefois, depuis trois ans, les services ministériels constatent « une légère baisse, liée à l’augmentation de la pression de nouveaux ravageurs et sans doute aussi au changement climatique », constate l’expert de la DGAL.

Par ailleurs, de façon transversale, de nouveaux problèmes apparaissent, comme les chenilles phytophages, les mouches (D. suzukii, mouche de l’olivier et du figuier), les pucerons, les bactérioses, les punaises (pépins, coque, kiwi), les cicadelles (pêcher, amandier…), sans compter la problématique du désherbage et de la disparition annoncée du glyphosate. « Nous sommes face à une situation critique, car il faut en moyenne entre trois et cinq ans pour remédier à un usage orphelin. »

Les priorités 2021

Autre intérêt de cette organisation par commission et groupes de travail : « Cela permet de se projeter, avec de l’analyse prospective. Cette année, nous avons inauguré un nouveau mode de fonctionnement, avec une lecture agronomique qui permet de mettre en évidence la fragilité de certains usages à court terme », mais aussi de certaines filières.

Cette organisation et les conclusions qui ont été tirées ont permis de définir un plan d’actions pour 2021, qui se décline en plusieurs axes :

  • accentuer la capacité d’anticipation des situations difficiles, « un impératif socio-économique » (tavelure, cicadelle du pêcher, pucerons, D. suzukii…) ;
  • intensifier la mise en place d’expérimentations et d’études relatives aux techniques alternatives (intérêts, limites, aspects économiques…) ;
  • suivi de la mise en place du nouveau cadre réglementaire ‘glyphosate’ ;
  • dossiers AB et conventionnel difficiles : azadirachtine, spinosad, bouillie sulfo-calcique, Quinine de Cayenne (quassia amara) ;
  • dossier ‘ozone’, avec la nécessité d’un recadrage réglementaire sur la technique ;
  • vigilance sur le projet TIS (technique de l’insecte stérile).

Céline Zambujo

(1) Dates et replay sont à retrouver sur le site du CTIFL : www.ctifl.fr.


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