Région Sud : une journée agricole en Vaucluse pour Renaud Muselier, en campagne

Publié le 18 mai 2021

En campagne pour les élections régionales des 20 et 27 juin prochains, Renaud Muselier a effectué une tournée dans le département, jeudi 6 mai, en compagnie de Bénédicte Martin, vice-présidente en charge de l'agriculture et tête de liste pour le Vauc

Officiellement en campagne pour les élections régionales, Renaud Muselier s’est rendu sur le Domaine expérimental de Piolenc jeudi 6 mai, puis a participé à une table ronde sur les enjeux de la modernisation du réseau d’irrigation régional. L’occasion pour lui de revenir sur l’accompagnement de la Région Sud pour l’expérimentation agricole.

Renaud Muselier décidera-t-il d’intégrer le projet d’aménagement de réseaux d’irrigation Nord-Vaucluse Sud-Drôme, le fameux Projet des hauts de Provence rhodanien (HPR), dans son programme agricole pour les élections régionales ? La question est désormais sur la table. Résolument en campagne, le président de la Région Sud a souligné la débrouillardise et l’envie des agriculteurs engagés sur le terrain dans la modernisation des systèmes d’irrigation, les remerciant pour leur confiance tout au long de son mandat. Et de conclure, à l’issue de la table ronde autour de la thématique de l’hydraulique organisée à Piolenc : "Nous n’avons pas d’avenir si nous ne gagnons pas la bataille de l’eau. Avec tout le travail que nous avons déjà fait sur le canal de Provence et avec Prohydra, je pense qu’il faut inscrire ce projet dans le programme. Je ne peux pas vous donner de réponse positive immédiatement, mais nous allons sérieusement l’envisager". Plus tôt, Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, avait insisté sur les financements : "Ce plan paraît énorme, mais nous avons réfléchi au phasage avec les partenaires, ce qui le rend tout à fait soutenable, d’autant plus qu’il s’agit d’un projet de territoire qui concernera également l’eau potable".

La question de la sécurisation des ressources en eau pour les générations futures devient primordiale pour le Vaucluse. Tous le mettent en avant, qu’ils soient Association syndicale autorisée (Asa), représentants des Chambres d’agriculture, agriculteurs ou élus du territoire. Nul doute que l’irrigation est un sujet à suivre de très près et, surtout, une thématique dont il faut se saisir dès maintenant. "Avec un bon sens paysan, j’ai la certitude que les parcelles qui auront accès à l’eau auront une vie bien différente. L’irrigation est incontournable pour tout le monde, il en va de la pérennisation de nos exploitations", ajoute Denis Guthmuller, président du Syndicat général des Côtes du Rhône.

Imaginer le vignoble de demain

La problématique de l’eau n’est toutefois pas la seule digne d’intérêt pour les viticulteurs. Sur le Domaine expérimental de Piolenc, la Chambre d’agriculture fait ses essais sur sept hectares depuis maintenant 24 ans, avec cinq objectifs principaux : réduire les intrants ; promouvoir l’agroécologie ; conserver la typicité des vins de la Vallée du Rhône ; s’adapter aux changements climatiques ; et, enfin, lutter contre le dépérissement du vignoble. Quatre expérimentations sur les sept menées sur ces terres étaient ainsi présentées à Renaud Muselier dans le cadre de sa visite.

La première, la vigne agroécologique, bourdonne littéralement de biodiversité : les abeilles ont colonisé les rangs de thym s’intercalant entre ceux de vignes. L’expérience a pour principes clés un système diversifié et une couverture du sol maximale. Une idée qui a ses avantages – vignes non-taillées donc plus hautes et moins soumises au gel, travail moins fastidieux… – comme ses inconvénients (incompatible avec les AOC, requière des investissements…), mais qui séduit le président de la Région, qui n’est pourtant pas partenaire de ce test. Un peu plus loin étaient présentés les cépages résistants aux maladies, un travail sur 15-20 ans. "En 2018, les deux cépages qui ont reçu un agrément étaient issus de tests débutés en 2000. Pour ceux qui sont plantés sur la parcelle, on parle de 2042", explique Christian Gely, vice-président de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Denis Guthmuller souligne alors l’importance, pour les cépages locaux, de travailler dès à présent : "On ne peut pas sortir des cépages du chapeau : il faut qu’ils se rapprochent de ce que l’on fait déjà. On sait aussi qu’en tant qu’agriculteurs, il faut penser aux générations futures. Ça implique de faire de la recherche sur le long terme, pour la résistance aux maladies, mais aussi aux aléas climatiques, notamment à la chaleur et la sécheresse".

Le meilleur allié de ces futurs nouveaux cépages pourrait être l’ombrage des vignes, grâce aux panneaux solaires. En partenariat avec l’Inrae et l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), ceux installés sur les vignes du Domaine de Piolenc font partie du programme 'Sun’Agri 3'. Pour Georgia Lambertin, l’objectif est clair : il faut développer l’agrivoltaïsme. "En Paca, la stratégie régionale veut multiplier la puissance photovoltaïque par dix sur [dix ans]. Il s’agit donc d’équiper entre 12 000 et 24 000 hectares de panneaux voltaïques. Mais attention : une partie des terres agricoles pourraient en faire les frais."

Des financements pour accompagner sur le temps long

Les expérimentations, bien qu’elles apportent beaucoup à la recherche, ne sont pas une manne. Christian Gely insiste sans mesure sur l’importance des financeurs : "L’expérimentation ne rapportant rien, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur les financements apportés par la région". Cette dernière consacre actuellement 14 millions d’euros d’aides aux stations de recherches régionales. 14 M€ auxquels viennent s’ajouter 34 autres du Feader. Le Domaine de Piolenc bénéficie actuellement d’un financement régional de 36 000 €.

"J’espère qu’ils se rendent comptent que les agriculteurs font des efforts pour s’améliorer. Il faut qu’ils gardent en tête que pour cela, nous avons besoin d’argent, et surtout de temps", souligne Sophie Vache, vice-présidente de la Chambre d'agriculture, et présidente de la FDSEA de Vaucluse. Même son de cloches pour André Bernard, président de la Chambre d’agriculture régionale : "Ces financements que nous demandons, c’est pour tenir dans le temps". De la part des politiques, les agriculteurs attendent donc des actes au-delà des promesses, mais sont prêts à se donner corps et âme dans une vision de l’agriculture qui inscrira leur profession dans la durabilité.

 

Manon Lallemand


Muselier piolenc régionales campagne eau HPR irrigation énergie ombrières lambertin agrivoltaïsme