Rally’Cultur 2019 : Dernière ligne droite avant les moissons

Publié le 17 juin 2019

Avec des prix bas, les producteurs de blé dur sont contraints d’être toujours plus précis techniquement pour limiter les contres performances.

Agriculteurs, semenciers et acteurs de la filière blé dur se sont retrouvés pour le rendez-vous technique organisé à Bollène et dorénavant porté par la CAPL. Au menu, essais variétaux, pilotage des cultures et éclairage sur le marché.

Le groupe CAPL, qui entérinait il y a quelques jours sa fusion avec la coopérative Terroirs du Sud, organisait, à Bollène, le 23 mai dernier la 5e édition du Rally’Cultur. Temps fort de la saison blé dur, ces rencontres conviviales sont, pour les céréaliers, l’occasion de faire le point sur leurs conduites culturales.

La manifestation organisée – avec le partenariat d’Arvalis, de Syngenta et du groupe RAGT – a alterné plates-formes de démonstration, espaces de dialogue avec les techniciens et conférences autour du marché du blé dur. Plus d’une centaine de personnes étaient présentes sur un événement dorénavant porté par la CAPL.

Le président Jacques Hilaire a rappelé que, grâce à la fusion avec Terroirs du Sud1, et après celle avec Céréalis2, le Groupe CAPL renforçait son réseau de proximité, en se dotant de 11 silos de collecte et de stockage supplémentaires répartis sur plusieurs départements. Il a salué l’implication des structures et le soutien des adhérents qui ont permis d’unir la famille des céréales. « Nous avons joué collectif et gagné une filière céréales forte pour réaliser des économies d’échelles, avec un potentiel d’investissement, de diversification et de gestion plus efficace. Actuellement, le souci majeur c’est le prix qui est scandaleusement bas. Un agriculteur doit pouvoir vivre dignement de ses récoltes. Aussi, nous devons nous battre pour que ce soit le cas, et permettre le renouvellement des générations. » Le président de la CAPL a assuré les adhérents du maintien de la politique du groupe en matière de « proximité, de prix compétitifs, sur le suivi technique, la formation et tous ses métiers à disposition de la profession ».

Des potentiels à connaître et des itinéraires à maîtriser.

Au plan technique, le rendez-vous de la filière a permis aux techniciens de Syngenta d’intervenir sur la question du désherbage, des pratiques culturales aux solutions que propose la firme en passant par le choix des buses. De son côté, Arvalis qui mène des essais variétaux à destination des producteurs a diffusé ses dernières évaluations en matière de variétés blé dur. Les conseillers de RAGT rappelaient, par exemple, que le choix variétal devait s’appuyer aussi bien sur les caractéristiques agronomiques que sur la qualité, déterminante pour la commercialisation. Parmi les critères qualitatifs spécifiques du blé dur, beaucoup sont très liés à la variété.

C’est pourquoi un des ateliers s’est attardé sur cette question : pour la zone de production du bassin Sud-Est, ils ont fait le point sur les variétés les plus intéressantes observées sur le terroir représentatif de Bollène. Ils ont aussi rappelé le mode d’appréciation des variétés blé dur et, parmi la dizaine présentée, les céréaliers auront, sans doute, retenu les caractéristiques et le potentiel d’Anvergur, variété référence en matière de productivité proposée par RAGT. Inscrite pourtant depuis six ans année, la variété – d’une très bonne teneur en protéines – présente toujours un profil d’adaptation très intéressant et très appréciée des semouliers. Variété la plus diffusée en France, elle continue de se développer au vu de son potentiel très élevé.

Sur la conduite, quelques rappels ont également souligné l’importance de maîtriser la densité de semis, en fonction des dates, des conditions d’implantation et des objectifs visés.

Mais, au vu des prix, vaut-il encore réellement le coup de produire du blé dur ? Si les producteurs ont toujours vécu des hauts et des bas sur la céréale, le contexte actuel – qui lui est très défavorable et qui semble se prolonger – peut en effet décourager. « Mais les surfaces ont baissé, ou sont en train de baisser, au Canada et aux USA, en France aussi. On entend par ailleurs que la production marocaine ne serait pas extraordinaire cette année », observait Philippe Braun, ingénieur Arvalis. Aussi, au plan économique, a-t-il mis en évidence les marges de manœuvre pour regagner de la compétitivité. Comme l’expliquait l’ingénieur Arvalis, sur les exploitations les leviers sont multiples et chacun a une incidence plus ou moins forte sur la marge. Mais d’une manière générale, « les prix contraignent les agriculteurs à être plus précis techniquement pour limiter les contres performances, sur les adaptations d’assolements et l’ajustement des intrants notamment ».

Un marché ouvert malgré tout.

Pour aborder les grandes tendances d’évolution du marché du blé dur, Mélanie Mezza, courtier en céréales chez Victor Giral & Cie, a donné un éclairage pratique sur l’évolution du marché des pâtes alimentaires. Elle a d’abord rappelé « l’année noire vécue par les producteurs du Sud de la France, qui s’est résumée par une production réduite, une mauvaise qualité et des prix bas et peu compétitifs par rapport au blé tendre ». Elle a aussi décrit les nombreuses mutations que le marché s’apprêtait à connaître, en évoquant « l’augmentation de la demande mondiale et l’arrivée de nouveaux acteurs qui auront un rôle à jouer dans les échanges et sur les prix des céréales ». Si les marges de manœuvres pour certains pays producteurs sont encore liées à une hausse des rendements, « les évolutions possibles pour les pays du sud de l’Europe concernent essentiellement les aspects qualitatifs ». La région Sud-Est devrait donc offrir encore des opportunités aux producteurs de blé dur demain. Mais, pour rester compétitif sur un marché qui s’annonce plus élevé en termes de valorisation, ils devront continuer de s’adapter en ayant des objectifs qualitatifs rigoureux pour se différencier.

Emmanuel Delarue


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