Raisin de table : « Je suis d’abord agriculteur »

Publié le 27 octobre 2020

Christian Roux, agriculteur en Ventoux vient d'être élu à la présidence de l’Association nationale des organisations de producteurs du raisin de table. (© C. Poulain)

Rencontre avec Christian Roux, à Modène, nouveau président de l’Association nationale des organisations de producteurs de raisin de table. Une vie d’engagement et la passion du métier, avec une priorité : faire vivre le territoire.

« Je suis un paysan. Je vis au pays. Il faut donc que le pays vive et continue de vivre. » Et ce qui fait vivre le pays, selon Christian Roux, c’est son agriculture. Élu à la présidence de l’Association nationale des organisations de producteurs (AOPn) ‘raisin de table’, le 25 septembre, à l’occasion de l’assemblée générale, il succède à René Reynard. Celui-ci en occupait la fonction depuis la création de l’AOP en 2009, et il conserve la présidence de l’AOP Muscat du Ventoux.

Pour Christian Roux, le raisin, c’est une histoire de famille. En 1994, il reprend l’exploitation familiale de Modène. Il cultive le traditionnel triptyque du Ventoux : du raisin de table et de cuve, des cerisiers et des oliviers. Il devient administrateur de la Sica ‘Paysans du Ventoux’ en 1997, rencontre d’autres producteurs engagés et, de fil en aiguille, devient vice-président de l’AOPn durant plusieurs années. « On vit notre métier comme une passion. Et le monde évolue. Donc, nous devons évoluer nous aussi. » À côté de son cœur de métier, il a donc décidé de s’engager au sein de l’AOP « car il vaut mieux agir que subir ». Ainsi, il apprécie de participer aux orientations stratégiques, pour l’avenir de la filière.

« La campagne, juste achevée, s’est plutôt bien déroulée. Assez précoce, elle avait une semaine à dix jours d’avance par rapport à 2019. Quelques difficultés commerciales ont été liées à la concurrence sur raisin blanc venant d’Espagne et d’Italie, avec un prix légèrement plus bas qu’en 2019. Quant aux volumes, la récolte est plutôt moyenne, la vigne ayant subi quelques gels pour certains localement. La qualité en revanche est parfaite, avec un temps idéal entre mi-juin et mi-septembre. Le poids des grains supérieur à 2019 et les grappes plus grosses. »

Faire vivre le territoire

L’AOPn ‘raisin de table’ est l’association nationale qui réunit quatre Organisations de producteurs (OP), sur une base volontaire – il s’agit de la Sica Val de Nesque, la Sica Les Paysans du Ventoux, Coteaux Ventoux, la Domaine de la Crozette – et quatre expéditeurs : ‘Les trois capucins’, les Établissements Gérin et fils, les Vergers Saint-Roch et les Établissements Frizet.

L’AOPn a pour mission d’accompagner les producteurs dans leurs stratégies d’adaptation de l’offre au marché, de mener des actions de communication, et d’orienter la recherche et l’expérimentation. Producteurs, expéditeurs et metteurs en marché sont donc réunis ici : « L’AOP est enracinée dans le terroir du Ventoux et le Muscat du Ventoux est son fleuron ». Et le Vaucluse est le premier département français producteur de raisin, tandis que le Sud-Est produit 70% du raisin français. La filière participe donc pleinement à l’activité économique locale.

Mais les raisins français ne représentent qu’un quart de la consommation globale nationale. « Il y a donc une marge pour être présents sur les rayons de la grande distribution ! Et l’AOP permet de mieux organiser certaines actions, de proposer des interlocuteurs reconnus auprès des instances de l’État », explique Christian Roux.

Les points forts du raisin ? « D’abord, il est Français ! » rappelle le président. Il est cultivé selon le cahier des charges de la Production fruitière intégrée (PFI), et de plus en plus de producteurs obtiennent la certification Haute valeur environnementale. Et il est multiple, car chaque raisin a un goût particulier. En Ventoux, l’alternance de journées chaudes et de nuits relativement fraîches fait noircir le raisin, et confère à ce raisin sa couleur noire appréciée des consommateurs. « Les producteurs sont motivés, il y a vraiment une dynamique pour faire vivre le territoire » constate Christian Roux, qui a aussi un long passé d’engagement au sein de sa commune, comme conseiller municipal durant 25 ans.

La HVE, une opportunité à saisir

« Au sein de l’AOP, trois volets sont liés et menés en parallèle : économique, communication et environnemental. Et j’ai l’intention de poursuivre ce qui a été engagé. » Sur le plan économique, l’AOP continuera donc l’observation de l’analyse des marchés, avec envoi hebdomadaire aux adhérents de l’état du marché intérieur et des marchés extérieurs. Au niveau de la communication, les actions sont ciblées sur la diffusion des informations sur les variétés, leur précocité, leurs points forts vers les distributeurs et les consommateurs. Troisième axe : le plan environnemental : l’AOP entend encourager au maximum de certifications HVE. « Le Vaucluse est le 3e département français en progression de certifications HVE. C’est une opportunité, que nous voulons saisir. D’ailleurs, il y a eu des groupes pilotes avec l’accompagnement de la Chambre d’agriculture de Vaucluse pour des formations à la HVE. La configuration de nos exploitations s’y prête assez bien. C’est l’aboutissement d’un travail fait depuis des années avec la PFI. »

De plus, sur le long terme, l’AOP travaille avec la station expérimentale La Tapy et l’Institut français de la vigne et du vin pour l’obtention de nouvelles variétés de raisin résistantes aux maladies, telles que le mildiou et l’oïdium. Cela permettra d’employer encore moins de traitements phytosanitaires.

Par ailleurs, « un des enjeux actuels de l’AOP, c’est de mettre au point un emballage individuel pratique, peu coûteux et entièrement recyclable qui ne soit pas à base de plastique comme l’emballage actuel, même s’il est 100% recyclable » précise Christian Roux. Déjà, une barquette carton ajourée a vu le jour. Et d’autres projets sont à l’étude avec diverses entreprises.

Cécile Poulain


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