Puits provençal : une solution bioclimatique pour la ventilation des espaces de stockage

Publié le 15 novembre 2021

Lors d’une visite thématique organisée par Bio de Provence, Matthias Wimmer présentait à d’autres producteurs son installation de puits provençal.

Climatiser les espaces de stockage de vos productions, une pratique has been ? Dans un monde plus vert, ventiler à l’aide d’un puits provençal pourrait vous permettre de stocker tout en économisant de l’énergie et donc de l’argent. Et si vous y pensiez pour vos futures constructions ? Matthias Wimmer, à Eygalières, a sauté le pas depuis déjà près de dix ans. Explications.

Responsable du domaine viticole d’Éole et oléiculteur de l’Olivette (7,40 hectares à Eygalières, 13), Matthias Wimmer s’est toujours posé la question de son empreinte sur l’environnement. Pour cet Allemand installé depuis 1994, prendre soin de ce dernier a toujours été une évidence. Alors, lorsqu’il a déposé en 2010 une demande de permis de construire pour sa maison, l’objectif était forcément de concevoir un bâtiment bioclimatique en parfaite adéquation avec sa Provence adorée. "C’est une réflexion lente, car il est important de prendre le temps de connaître le climat et de vivre l’endroit où l’on s’établit", admet-il. S’il a bien réfléchi sa maison, il a aussi pensé à adapter ses bâtiments agricoles.

En 2012, l’Olivette se dote effectivement d’un bâtiment de 100 m2 avec un local de stockage de l’huile et un local de vente. L’espace de stockage, utilisé pour la décantation de l’huile dans les fûts, et le conditionnement de l’huile en bouteilles nécessitent un maintien de la température à 15°C toute l’année. La régulation thermique est assurée par un puits provençal (aussi appelé puits canadien) de 2,6 kW, utilisé essentiellement l’été. La ventilation est équipée d’un ventilateur électrique de 158 W à variation de puissance. La gaine est enterrée à 2 mètres de profondeur, sur 100 m linéaires.

Le but du puits provençal est de profiter de la stabilité de la température du sol (12-13°C à environ 2,5 m de profondeur) pour rafraîchir ou réchauffer l’air intérieur, quand les températures fluctuent. "Chez Matthias, une gaine en polyéthylène alimentaire de 90 mètres linéaires est enterrée dans le sol, à trois mètres de profondeur. La recommandation est de deux mètres, mais en présence d’un sol sableux et sec, les échanges calorifiques sont moins efficaces : il a donc choisi de placer la gaine un peu plus en profondeur pour compenser", détaille Bio de Provence, qui organisait l'été dernier plusieurs visites thématiques climat, énergie et biodiversité. "Le principe est le suivant : l’air extérieur rentre par une cheminée extérieure, reliée à la gaine. L’air est acheminé sur 90 mètres à trois mètres de profondeur et subit des échanges calorifiques, il se rafraîchit l’été. La gaine débouche à l’intérieur du bâtiment, et l’air rafraîchit les pièces. Une VMC double flux évacue ensuite l’air à l’extérieur pour créer un cycle continu", poursuit l’équipe de Bio de Provence dans son explication.

Une utilité aussi pour le vin

"Le puits provençal permet de réduire les dépenses énergétiques liées à la conservation des produits et à la régulation thermique des bâtiments. Il est donc intéressant aussi pour la production viticole, car il permet de démarrer la climatisation plus tard en saison", explique Matthias Wimer. Mais alors, si l’utilité de ce système est tant reconnue, qu’est-ce qui explique qu’on voit si peu de puits canadiens dans les caves ? Séraphin, viticulteur dans le Gers présent lors de la visite, émet une supposition : "Il y a des gens qui insistent sur la nécessité d’avoir des caves à moins de 10°C, ça doit impacter les tendances".

Pour le propriétaire de l’Olivette et du Domaine d’Éole, la réponse est plus complexe : "Il faut concevoir l’ensemble du bâtiment dans une perspective bioclimatique. Il faut isoler l’extérieur, penser aux casquettes sur les toits ou aux haies pour protéger les murs du soleil, creuser pour placer la gaine etc." Les ajustements se posent en réalité à la construction, mais valent, selon l’Allemand, le coup d’être réfléchis. Le coût est plus élevé, il l’affirme, mais dans la logique des choses, les économies se révèlent plus tard. "On est gagnant au niveau de l’énergie, et la terre est gagnante aussi. Si le puits canadien ne peut pas se faire sur n’importe quelle exploitation, il y a toujours d’autres petites solutions qui, mises bout à bout, sont bénéfiques", conclut-il.

Manon Lallemand


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