Préfecture de Vaucluse : Mille et un sujets à appréhender au plus vite

Publié le 03 octobre 2022

Chez Nicolas Berger, membre de la FDSEA de Vaucluse, nombreux étaient les interlocuteurs venus rencontrer la préfète. (ML)

Dès son arrivée, Violaine Démaret, préfète de Vaucluse, a saisi l’importance d’un dialogue fluide avec les organisations syndicales des agriculteurs. Le jour de sa prise de fonction, elle avait déjà pris rendez-vous avec les Jeunes agriculteurs, et c’était, vendredi dernier, au tour de la FDSEA 84, en grand comité !

Jamais deux sans trois. Après avoir rencontré les Jeunes agriculteurs et la Chambre d’agriculture, la préfète Violaine Démaret s’attache à poursuivre son tour d’horizon, en prenant cette fois contact avec la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de Vaucluse (FDSEA 84).

Rendez-vous donné vendredi 23 septembre à Althen-des-Paluds, chez Nicolas Berger, arboriculteur spécialisé dans la pomme bio. Une réunion qui s’est trouvée plus formelle qu’attendue, puisque les invités étaient nombreux : agriculteurs voisins, membres du syndicat, présidence des Chambres régionale et départementale d’agriculture, représentant de la DDT, maire de la ville... Il faut dire que la FDSEA avait de nombreux messages à faire passer à la préfète de Vaucluse, résolument attentive tout au long de l’après-midi.

D’entrée, Sophie Vache, présidente du syndicat, salue la démarche initiée par la préfète dès son arrivée, “alors que nous pensions vous laisser le temps de prendre vos marques. Cela montre à quel point vous avez compris que, dans notre département, l’agriculture est un sujet de premier plan”. Les prises de parole seront ensuite nombreuses, sur des sujets connus et variés, mais avec une problématique de fond finalement toujours commune : “Le prix. S’il était là, on n’aurait pas ces problèmes”.

Les sujets sont d’autant plus nombreux que le contexte les contraint à se télescoper, formant un avenir brumeux et incertain pour toutes les composantes de la profession agricole. Sophie Vache parle d’un cap que tous s’apprêtent à franchir, notamment à cause de la crise énergétique qui poursuit son accentuation. “Je dis bien tous, même les entreprises qui jusqu’ici allaient bien et savaient tirer leur épingle du jeu”, insiste-t-elle.

De la récolte au prix de vente, en passant par la main-d’œuvre

Il a fait chaud et sec cette année, ce n’est plus une découverte, que l’on soit dans le milieu agricole ou non. Alors Violaine Démaret soupçonnait bien que cela avait eu un impact sur les cultures. “Contrairement à certains produits, nous n’avons pas eu tant de précocité”, commence Nicolas Berger. Ses vergers ont même plutôt bien donné, les arbres ayant eu le temps de se reposer pour donner le meilleur d’eux-mêmes cette année, après le gel de 2021, où l’exploitation avait perdu près de 80 % de sa récolte. “Le problème, c’est qu’au-dessus de 35°C, il y a un blocage du développement et on se retrouve avec des petits calibres. Les interdictions d’arrosage, dès le 12 août, sont intervenues au moment où nous avions le plus besoin d’eau”, détaille-t-il.

D’autant plus que, sur un marché déjà surchargé, les petits fruits n’ont pas la cote, continue l’arboriculteur : “Le marché de l’industrie n’est pas porteur, puisqu’ils ont également eu des restrictions de leur côté. Il y a donc eu moins de demande de leur part, et les frigos sont déjà pleins”. Le conventionnel ne s’en sort pas, et Lionel, voisin de l’exploitation de la famille Berger, n’en revient pas : “Depuis le 12 août, on livre sans prix, c’est du jamais vu” ! Et le bio n’est pas plus vigoureux, assure le tenant des lieux.

La crise énergétique aura évidemment une énorme influence sur la poursuite du travail dans les exploitations, surtout avec les potentielles hausses des factures qui s’annoncent. Mais d’autres points auront un impact. La main-d’œuvre, entre autres, avec toutes les difficultés déjà maintes fois soulignées : recrutements difficiles, recours aux travailleurs étrangers, casse-tête du logement des saisonniers, interdictions liées aux prestations de service, TO-DE... Alors que les employés représentent environ 70 % des coûts pour les entreprises, comme le rappelle Brigitte Amourdedieu, présidente de l’Association départementale pour l’emploi en agriculture (ADPEA) du Vaucluse.

Réfléchir à la récupération des eaux de pluie

Directement liée aux conditions climatiques de cette très particulière campagne 2022, la question de l’eau et de l’irrigation est toujours au-devant de la scène. “Il y a un problème d’équité dans ce département, avec des gens qui ont l’eau et d’autres pas du tout. Beaucoup d’injustices qui expliquent pourquoi il est particulièrement important de travailler à la sécurisation de la Durance, à la modernisation des ASA, au raccordement de certaines zones dans le sud et le Luberon, ainsi qu’à la sécurisation du Rhône avec le projet des Hauts de Provence rhodanienne”, énumère Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Particulièrement active sur le sujet, elle incite également à travailler de concert avec la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), pour imaginer de nouvelles solutions en matière de retenues d’eau. Car le problème est prégnant. “L’eau, quand il ne pleut pas, il ne pleut pas. On a besoin de pouvoir s’appuyer sur l’irrigation, et parfois ce n’est pas possible. Parallèlement, quand il pleut, on regarde passer la pluie, car on n’a rien pour la retenir. Je ne dis pas qu’il faut créer des méga-bassines ou des structures de ce genre. Mais aujourd’hui, on a quand même suffisamment de personnes qui réfléchissent et qui seraient à même de trouver des solutions pour pouvoir stocker cette eau qui ruisselle sans jamais s’infiltrer dans les sols”, interpelle Sophie Vache.

“Il n’y a aucun dogme de l’État sur le sujet : nous sommes totalement ouverts et il y a déjà des choses qui fonctionnent dans le pays. Mais quand ça marche, c’est surtout la méthode qui fait la différence”, répond la préfète. Discussion et intégration de toutes les parties, prenantes ou pas, ne pourront qu’être nécessaires, pour faire comprendre les intérêts des retenues d’eau au grand public.

La question du foncier en filigrane

“Comment protéger le foncier alors que les zones périurbaines sont menacées, et que l’efficacité du Sraddet1 n’est pas démontrée ?”, interroge Jean-Louis Canto, président du comité technique départemental de la Safer. Parmi les solutions envisagées pour contrer cela, il aborde l’utilisation des toitures, des friches industrielles, et le photovoltaïsme en général. Il reste cependant nécessaire de l’encadrer et le faire contrôler par la Commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), “tout en s’assurant de sa réversibilité”, ajoute-t-il.

“L’agrivoltaïsme est un sujet qui fait débat, mais qui ne doit pas faire débat pendant 15 ans”, lance vertement André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture. Ce n’est pas tant aux présents ou à la préfète que sa remarque s’adresse. Il fait plutôt référence au communiqué de presse du syndical national des Jeunes agriculteurs, demandant un moratoire sur l’agrivoltaïsme. Un moratoire justement, “il n’y en aura pas”, affirme la préfète, qui constate ainsi également que, même entre alliés, toutes les positions ne sont pas toujours communes.

En tout cas, FDSEA et Jeunes agriculteurs s’accordent sur bon nombre d’autres positions, notamment l’évolution des assurances, dont la mise en place du nouveau système qui doit être surveillée de près. “Sans oublier que la première assurance de la sécheresse, c’est l’irrigation”, rappelle André Bernard. La boucle est bouclée.

Pour ne rien oublier de ces divers points– et de ceux n’ayant pu être abordés au cours de l’après-midi –, la FDSEA a remis à Violaine Démaret un dossier d’une vingtaine de pages reprenant toutes les problématiques, un dossier baptisé‘Y aura-t-il encore des producteurs en 2023 ?’. La question, volontairement alarmante, laisse largement transparaître l’urgence, plus que jamais perceptible...

Manon Lallemand


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