Préfecture : ‘Au-revoir’ Monsieur Gaume !

Publié le 15 août 2022

Lors de son dernier point presse en préfecture, le 28 juillet dernier, Bertrand Gaume confiait que “de l’agriculture, il aura tout vu, tout appris, auprès des agriculteurs”, qu’il admire parce qu’ils font “le métier de nourrir les autres”. (ML)

Homme de toutes les crises, Bertrand Gaume aura écumé le territoire vauclusien pendant quatre ans en sa qualité de préfet de Vaucluse. S’il ne s’est pas fait que des amis sur certains sujets, dans le monde agricole, il a bénéficié d’une certaine unanimité. Avant de lui souhaiter bon vent dans l’Essonne et de rencontrer Violaine Demaret qui prendra sa suite au 23 août, retour sur un parcours fait d’abnégation et de conciliations.

On ne l’attendait pas vraiment en ce mois de juin 2018. Il faut dire que son prédécesseur, Jean-Christophe Moraud, loin de faire l’unanimité dans la filière agricole, était arrivé depuis à peine un an. Pourtant, le 9 mai 2018, le conseil des ministres d’Édouard Philippe nommait Bernard Gaume préfet de Vaucluse, à la surprise générale. Dire que les élus agricoles du département auraient aimé “le garder” encore un peu plus est un euphémisme, même s’il sera finalement resté bien plus longtemps que prévu. Et ce n’est pas sans regrets qu’ils lui ont dit au revoir, le 27 juillet dernier.

À l’écoute

Il faut dire que ces quatre ans et trois mois auront été marqués par d’importants évènements qui l’auront mobilisé, tout comme ses équipes, sans réels temps morts. Pour être opérationnel immédiatement sur les questions agricoles, il nous confiait que le Vaucluse Agricole était d’ailleurs en bonne place sur son bureau. Et tout au long de ces quatre années, il aura été présent pour cette filière agricole qu’il citait déjà lors de son premier point presse, un mois après son arrivée. À l’époque, la profession le sollicitait pour participer à la réunion organisée mi-juin 2018 par la Confédération générale de l’agriculture (CGA). Il fallait alors se pencher sur les suites à donner suite aux dégâts engendrés par des orages de grêle sur vignes et vergers. Le ton était donné. Et la fréquence des rencontres avec la filière n’a, par la suite, pas ralenti, le préfet ayant prévenu qu’il serait “à l’écoute” et irait “régulièrement” sur le terrain. À chaque fois, il a voulu cultiver un état d’esprit, celui de la “chasse en meute”, du jeu collectif pour un territoire aimé de tous : “C’est ce que j’ai essayé de faire, tout en restant neutre et impartial, sans être en surplomb, toujours au milieu des gens”, affirme-t-il dans son dernier point presse, le 29 juillet. Une promesse tenue haut la main.

Du Vaucluse, il retient “l’esprit de cette terre, la beauté du paysage, le patrimoine, le climat particulier et assez fascinant, son mistral qui est à l’image du département, ambivalent. Derrière la magnificence, il y a les nombreux points difficiles”, reconnaît-il. Mais il a fait le maximum pour s’entourer. De l’agriculture, il aura tout vu, tout appris, auprès des agriculteurs, qu’il admire parce qu’ils font “métier de nourrir les autres”.

Accélérateur de particules 

Il aura en effet été de toutes les crises agricoles, allant de la mobilisation après le gel d’avril 2021, en passant évidemment par la gestion du Covid et du bon fonctionnement des filières alimentaires et logistiques ; appuyant le travail réalisé par la FDSEA sur l’impérieuse nécessité de faire venir les saisonniers OFII, alors que le monde se refermait sur lui-même. Il fut même un préfet lançant des arrêtés d’arrachages de friches. Restant ferme sur le projet de la LEO, il rappelait sans cesse qu’il fallait prendre en compte toutes les composantes et être, “comme toujours, en mesure de concilier les choses”, sans dogmatisme.

De toutes les sessions plénières de la Chambre d’agriculture, il a su se faire concis et précis, toujours dans la recherche de solutions rapides, “quand cela était possible” ne manquait-il pas d’ajouter, non sans se départir d’un humour bien pensé qui amenait souvent un sourire sur le visage de ses interlocuteurs, même ceux qu’il venait gentiment de remettre à leur place.

Il aura été sur le terrain autant que possible, passant du loup à la gestion des forêts, de la cerise aux questions de l’emploi et l’apprentissage. Il se sera aussi rendu dans les exploitations, coupant un ruban d’inauguration par-ci, visitant un nouveau chai par-là, écoutant les doléances des producteurs suite à une énième crise de production et/ou de marché en vue de mettre en place un plan d’accompagnement aux sinistrés… Bref, jamais aux abonnés absents, il aura bel et bien marqué de son empreinte son passage en Vaucluse.

“Bertrand Gaume et son grand intérêt pour l’agriculture auront été un véritable ‘accélérateur de particules’ pour défendre les exploitations vauclusiennes. J’ai eu la chance de trouver, à chacune de mes demandes, une personne de grande écoute et de bons conseils. Je me rappelle encore l’invitation, lancée à son entrée en fonction, à participer à la Confédération générale de l’agriculture, persuadée qu’il allait me dire poliment qu’il était indisponible. Et ce ne fut pas le cas : quelques jours après, il était à notre table pour échanger sur les dossiers du moment. Aujourd’hui, je suis triste de le voir nous quitter, mais certaine qu’il va aider d’autres agriculteurs à avancer. Car je sais qu’il le fait non pas parce que c’est dans ses attributions, mais parce qu’il est convaincu que l’agriculture est stratégique pour notre pays. Une chose rare qu’il est important de souligner”, note Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse. Le principal intéressé confirme, alors que la rumeur court qu’il aurait été très demandé en cabinets ministériels, qu’il préfère rester préfet : “C’est pour moi un goût personnel d’être utile aux gens, en tentant de résoudre des problèmes, quels qu’ils soient sur le terrain”.

Alors que “les gilets jaunes et la crise sanitaire du Covid bloquaient des exploitations, périmaient des productions, empêchaient des saisonniers de venir, de nombreuses réunions ont, j’en suis certaine, permis de sauver des exploitations. Toutes les filières ont été accompagnées, la lavande encore récemment. De plus, la protection de notre foncier et l’artificialisation des terres agricoles ont été freinées par son action. Nous avons bâti avec lui les fondations du grand projet hydraulique Hauts de Provence Rhodanienne. Notre préfet a été un partenaire efficace aux cotés de la Chambre et des agriculteurs du département”, remercie Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture.

HPR a passé un cap grâce à lui

De son côté, André Bernard, président de la Chambre régionale, salue “le souvenir d’une personne exceptionnelle en termes de capacité d’écoute, d’action, de réactivité et d’efficacité. Bertrand Gaume est le préfet qui a permis au dossier HPR de prendre la dimension qui doit être la sienne. Au-delà, il a toujours été aux côtés de l’agriculture provençale, en tant que préfet de Vaucluse mais aussi en tant que préfet régional chargé des questions agricoles”. Ce projet, Bertrand Gaume le souhaite autant qu’eux : “Christophe Mirmand [préfet de la région, ndlr], sait à quel point ce projet m’est cher. On s’est déjà battu pour l’eau. Les agriculteurs ne sont pas les ennemis de la gestion de cette ressource”. Des outils se sont développés, les programmes et contrats d’accompagnement aussi. Alors oui, il le redit : “Pour penser avenir, il faut travailler avec le monde agricole”. Des mots qui résonnent encore plus en cette saison particulièrement sèche et incendiaire, marquée par le dérèglement climatique.

Le mardi 23 août, Violaine Demaret, préfète des Alpes-de-Haute-Provence depuis deux ans, prendra sa place et deviendra ainsi la première préfète du Vaucluse. À la nouvelle occupante de l’avenue de la Folie, il conseille de “continuer de faire ce qu’elle sait faire, et d’être sur le terrain”, convaincu que, déjà attachée au monde agricole, elle prendra sans mal ses marques dans ce département aux multiples ambivalences.


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