PPAM : Un plan d’action à structurer pour défendre lavande et lavandin

Publié le 06 septembre 2021

Les Chambres d’agriculture Paca et départementales, ainsi que quelques producteurs ont alerté la presse à Revest-du-Bion (04). (© ML)

Chambres d’agriculture, présidents du Conseil régional et du Conseil départemental, État via la préfecture… En cette fin de mois d’août, de nombreux acteurs se sont réunis pour établir la ligne de l’action à mener, afin de faire peser la voix des producteurs d’huiles essentielles auprès de la Commission européenne.

Après un été plutôt silencieux sur la question de la nouvelle réglementation européenne1 qui risquerait de mettre en danger la lavande et toute la filière des huiles essentielles, la mobilisation se met en place. André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, a ainsi convié la presse à un point de sensibilisation sur les enjeux d’une action coordonnée, en présence de producteurs. "Il y a déjà quelques années, la réglementation 'Reach' avait rendu l'étiquetage compliqué. Cette nouvelle réglementation est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes", déplore Magali Malavard, exploitante à Sault. Que deviendront les terres sans la lavande et le lavandin ? Tous s’interrogent, d’autant plus que cette culture ne nécessite que peu d’irrigations, à l’inverse de celles qui pourraient être implantées en remplacement.

Dans un département en manque d’eau et très impacté par le gel de début d’année, cette nouvelle réglementation vient comme un coup de massue pour les producteurs, mais également pour tout le territoire. "En Provence, je ne connais pas un seul touriste qui ne repart pas avec son petit sachet de lavande", caricature à peine Guillaume Burcheri. La disparition des champs engendrerait effectivement une dégringolade de la fréquentation touristique du plateau de Sault, territoire déjà bien calme en dehors de la période de floraison.

Gérard Brun – représentant Frédéric Esmiol, président de la Chambre d’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence, retenu sur ses terres pour cause de problèmes de main-d’œuvre – insiste sur la présence requise des parlementaires européens : "Nous avons voté pour eux. Maintenant, nous aimerions les rencontrer afin qu'ils puissent discuter avec les commissaires européens".

Comprendre pour interpeller les bonnes personnes

Invité par Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse, le préfet Bertrand Gaume a aussitôt répondu à l’appel, conscient qu’à l’échelle de l’agriculture, 2025 est beaucoup plus proche qu’il n’y paraît. "Nous allons rentrer dans une phase où les États vont prendre des positions. Il faut absolument élever le débat avec les autres États concernés car, si tous les agriculteurs d’Europe disent que la réglementation n’est pas bonne, est-ce que cela n’aurait pas plus de poids ?", s’interroge-t-il à haute voix. Une idée que tous entendent, mais qui requiert au préalable une entente… loin d’être acquise au niveau national. "Entre 2014 et 2016, la France n’a pas pris de position, car la lavande dépend de cinq ministères : la Santé, l’Agriculture, l’Écologie, le Travail et l’Économie. Ces ministères n’ayant pas trouvé d’accord, nous n’avons pas pu présenter de position ferme et unique à l’Europe", regrette Jérôme Boenle, producteur et président de l’Association des producteurs d'huile essentielle de Lavande AOC de Haute Provence (Apal).

Producteurs, syndicat, interprofession… Tous ne réclament qu’une chose : un statut particulier pour l’analyse des substances naturelles complexes telles que les huiles essentielles. "La réaction chimique d’une molécule est différente lorsqu’elle est isolée. Dans l’huile essentielle de lavande, on parle de près de 600 molécules qu’il est impossible de tester une par une", explique Christian Borde, président du Syndicat des producteurs de lavande du Vaucluse. La demande exposée au préfet est donc claire : il faut plaider le processus naturel de distillation et la nécessité d’un autre type d’analyse, plus adapté. "Il est également nécessaire d’accentuer le volet ‘biodiversité’, conséquente sur le plateau, notamment en rappelant l’importance de ces exploitations pour les abeilles", ajoute Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Le préfet Gaume, toujours dans une démarche compréhensive, avance ainsi plusieurs pistes : "L’angle de départ de la Commission est la santé. C’est sur ce plan qu’il faut répondre et rappeler tous les efforts faits pour informer le consommateur. Il y a des molécules allergisantes au même titre que des molécules bénéfiques pour la santé". Une campagne de pédagogie et d’informations sur l’utilisation des huiles serait donc à mener. "Il est important que les parlementaires continuent d’alerter les autorités gouvernementales. Le préfet de Région a été mis au courant de la situation, et je vais demander que le comité de suivi de la réglementation 'Reach' soit réuni. Il faut commencer par là. Ce n’est que le début des discussions, mais il faut se saisir de la problématique dès maintenant", ajoute-t-il.

Afficher un soutien sans faille

Le lendemain, jeudi 26 août, Renaud Muselier, président de la Région Sud, rejoignait les présidentes des départements de Vaucluse, Dominique Santoni, et des Alpes-de-Haute-Provence, Éliane Barreille, pour une visite de la Coopérative Agricole des plantes à parfum de Provence, à Puimoisson (04). Le président de Région l’affirme : il s’agit d’ "une réglementation européenne qui risque de mettre en péril une filière d’exception". Trois ans après 'Reach', il estime que "les réalités du terrain et les remontées des professionnels de la filière n’ont pas été prises en considération", dans l’élaboration de cette nouvelle réglementation.

Alors que l’aide de la Région pour la filière s’élève à près de 1,9 million d’euros sur les trois dernières années, Renaud Muselier ne compte pas se limiter à un simple financement et a d’ores et déjà sollicité, en plus du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, plusieurs commissaires européens. Le président de Région se rendra par ailleurs à Bruxelles dans les prochaines semaines, afin de rencontrer les représentants de la Commission.

Manon Lallemand

(1) Lire notre édition du 20 août 2021, page 4.

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