Portrait : ‘Passé au bio’ grâce aux pommes

Publié le 30 septembre 2019

À Mondragon, Christophe Pizot a repris l’exploitation familiale, le Gaec ‘Le dragon’. Avec les pommes Juliet® en 2006, il se lance dans l’aventure bio, grâce au soutien resserré de son conseiller Guilhem Séverac, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Petit à petit, il étend le bio à d’autres variétés, aux poires, bientôt aux kiwis et à la lavande…

« Lorsque j’ai repris l’exploitation de mes parents en 1998, c’étaient 80 hectares de vergers et un peu de céréales », se souvient aujourd’hui Christophe Pizot, arboriculteur à Mondragon. « J’ai continué à travailler avec mon père. J’avais très envie de faire ce métier. J’avais des bases, un BTS technico-commercial, mais j’avais envie d’aller plus loin, de diversifier ma pratique vers la lutte raisonnée. J’ai donc contacté la Chambre d’agriculture pour bénéficier d’un suivi technique la première année et devenir plus pointu. »

Au début reconnait-il, il faisait comme son père : « Je traitais tous les dix jours ». Sur les recommandations de Guilhem Sévérac, conseiller arbo à la Chambre d’agriculture de Vaucluse, il se forme à la culture raisonnée. « J’ai donc passé beaucoup de temps à observer les vergers et j’ai vite pris l’habitude d’y aller au moins une fois par semaine. J’ai appris à reconnaître les insectes prédateurs, auxiliaires des cultures, avant de traiter. J’ai commencé à poser des pièges et pratiquer la lutte par confusion sexuelle dans mes vergers. Je restais en contact étroit avec Guilhem, en lui rapportant mes observations. Il me guidait, en fonction aussi des informations recueillies aux alentours lors de ses tournées. Ce travail a permis de supprimer certains traitements. Et surtout, j’étais plus tranquille, je voyais ce qu’il y avait à faire, ça avait du sens ».

Un virage pris en 2006

Puis, les deux frères de Christophe Pizot rejoignent l’exploitation, en 2004. Durant cinq ans, ils travailleront tous les quatre ensemble, ce qui permet d’augmenter les surfaces qui avoisinent 170 hectares aujourd’hui, avec des cultures de céréales, pois chiches, pommes, poires, kiwis luzerne, lavandin et vigne. « Puis, mon père est parti en retraite. Nous avons choisi de planter davantage de céréales, pour sécuriser nos revenus, mais cela n’a pas marché longtemps. C’est alors que Guilhem nous a parlé du bio. Je craignais que ce soit fastidieux, mais c’était le début de l’association Juliet®, dont Guilhem est le référent technique. Nous avons passé le pas en plantant deux hectares de pommes Juliet® en 2006. » Progressivement, les trois frères augmentent les surfaces et plantent de nouvelles variétés. Aujourd’hui, le Gaec exploite 13 ha de pommes en bio : Juliet®, Akane, Crimson Crisp® et Story®. Ces variétés sont résistantes à la tavelure et en partie aux pucerons, ce qui allège beaucoup la lutte.

« J’étais ouvert aux essais, donc j’ai participé au développement des filets Alt’Carpo mis au point par Guilhem. » Après deux ans d’essais, ils couvrent progressivement chaque nouvelle parcelle plantée, avec un palissage adapté, solide et plus élevé. « Donc, aujourd’hui, nous traitons seulement contre les pucerons. Mais le suivi technique par la Chambre reste précieux pour positionner les traitements, en hiver et avant la floraison. Parfois, Guilhem m’appelle pour me conseiller d’aller observer les vergers, ça me permet de mieux anticiper. Et puis nos poiriers ne sont pas résistants à la tavelure, donc une erreur de traitement peut faire perdre la moitié de la récolte ».

D’une façon générale, les frères Pizot continuent d’évoluer dans leurs pratiques. « En pommes, pour désherber sous le rang, nous avions une herse rotative, qui demandait beaucoup de temps et avait des effets néfastes sur les racines. Comme les surfaces augmentaient, nous avons investi dans un autre matériel, un porte-outil multi têtes, positionné devant le tracteur, pour plus de confort. Ce changement nous a fait passer de 3h30 de désherbage par hectare à 1h30 en moyenne. »

De plus en plus bio

L’exploitation a produit l’an dernier environ 300 tonnes de pommes. Cette année, avec la sécheresse, les pommes ont perdu un peu de calibre, malgré le goutte-à-goutte. Sur les cultures non-irriguées, les rendements ont été quasiment divisés par deux. Christophe Pizot a surgreffé 3 ha de Juliet® sur un ancien verger de golden. D’ici quelques années, les jeunes pommiers entreront en pleine production et le verger complet de 13 ha devrait produire jusqu’à 500 t. Les pommes sont triées, calibrées et emballées sur l’exploitation, qui s’est dotée d’une station d’emballage. Les Juliet® sont livrées à l’association ‘Les amis de Juliet®’ qui en a l’exclusivité. Divers produits sont transformés : compotes, confitures, jus… et commercialisés via l’association. « Les nouvelles variétés sont commercialisées pour l’instant via un producteur-expéditeur, car nos volumes sont insuffisants. Lorsque cette production augmentera, nous pourrons assurer nous-même la vente auprès de grossistes. » Quant aux fruits écartés lors du tri, ils sont transformés en jus. Cette production représente l’équivalent de 8 à 10 t de pommes par an. Le Gaec apporte ses fruits à un prestataire local, qui les presse, puis il commercialise ses jus de pomme, kiwi et poire, sous la marque ‘Le dragon’.

Cécile Poulain


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