Portrait : Les super graines se font une place en Provence

Publié le 03 octobre 2022

Benoît Moreau et Éric Altéro, ci-dessus sur une parcelle expérimentale de quinoa à Roquebrune-sur-Argens croient au potentiel de développement d’une filière graines en Provence. (GL)

Fondateurs de la société Kolobri Seeds - Les Graines de Provence, basée dans le Var, Éric Altéro et Benoît Moreau misent sur la protéine végétale et travaillent au développement d’une filière, bio et équitable, de légumes secs et de super graines, en Provence.

L’un a travaillé pendant 20 ans pour la Chambre d’agriculture du Var, l’autre a fait une toute aussi longue carrière dans la sélection et la production de semences. Ensemble, ils créent leur start-up au cours de l’été 2021, convaincus que la région provençale a tous les atouts pour répondre à la demande croissante de protéines végétales, en même temps qu’aux préoccupations agronomiques des agriculteurs.

Double activité et double ambition

Éric Altéro et Benoît Moreau ont fondé leur entreprise sur une dou-
ble activité : la prestation de services pour les semenciers et la production de super graines et de légumes secs. “D’un côté on propose à des entreprises de faire de l’expérimentation, de la production et de la multiplication de semences de base et pré-base, et de l’autre on développe et on anime un réseau de producteurs de protéines végétales à haute valeur ajoutée. On travaille sur des produits tels que le pois-chiche, la lentille, mais aussi le quinoa et la chia”, explique Éric Altéro. Et c’est là le cœur du projet de l’ancien directeur de la Chambre d’agriculture du Var et de son associé.
Leur but est de répondre à la demande en produits locaux et à la tendance décroissante de consommation de protéines animales portées par les consommateurs, tout en accompagnant les agriculteurs face aux mutations écologiques, climatiques et économiques. “On veut apporter des solutions aux producteurs qui sont en recherche de rotations innovantes, qui souhaitent diversifier leurs revenus et qui font face, entre autres aléas climatiques, à la problématique récurrente de la sécheresse”, développe Éric Altéro. “On offre aussi une diversification des sources d’approvisionnement aux distributeurs qui rencontrent des difficultés par rapport aux aléas climatiques. Et d’un point de vue territorial, on espère favoriser l’économie locale, avec des produits qui se valorisent bien”, ajoute-t-il.

Des essais pour des variétés adaptées

Une quinzaine d’hectares de quinoa et une vingtaine d’hectares de chia sont d’ores et déjà cultivés chez une dizaine de producteurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Après une première série de tests sur le bassin de St Maximin, l’entreprise a également mis en place deux plateformes d’essais grandeur nature à Gap et à Roquebrune-sur-Argens, chez des producteurs impliqués dans le projet. “On a des micro-parcelles sur lesquelles on compare différentes variétés de chia, de quinoa, mais aussi de pois chiche, de carthame, de tournesol... C’est un travail de sélection important, qui est réaliser en amont pour obtenir les variétés les plus rustiques, qui ne nécessitent pas ou peu d’eau, et qui auront les meilleurs rendements dans les conditions de production méditerranéennes”, explique Benoît Moreau.

Sur le quinoa, un chercheur du Cirad accompagne la démarche. Une trentaine de variétés sont actuellement testées. “On travaille sur des variétés sans saponine, sans amertume, qui permettent de suivre des process industriels plus légers”, précise Benoît Moreau. Une variété rouge est en cours de reconnaissance.

Une dizaine de variétés de chia sont parallèlement en développement et Kolibri Seeds propose déjà une variété protégée à graines blanches.

Globalement, les premiers résultats sont encourageants. “Les variétés qui ne sont pas adaptées sont éliminées. Celles qui fonctionnent feront l’objet d’essais sur de plus grandes parcelles l’an prochain, pour mesurer plus finement les rendements et étudier les itinéraires culturaux et créer de nouvelles variétés. Dans l’ensemble, c’est déjà très positif, compte tenu des conditions difficiles et particulièrement sèches de cette année. Sur le littoral, on y arrive, sans avoir apporté d’eau”, apprécie Éric Altéro.

Faire émerger une véritable filière

Il y a un vrai potentiel de production de graines et de semences sur des secteurs isolés ou sur des parcelles viticoles en jachère. On continue donc à chercher des agriculteurs pour travailler avec nous”, poursuit-il.

Le but des deux associés est de contribuer à faire émerger une véritable filière.  Ils travaillent en lien étroit avec la coopérative Duransia, ainsi qu’avec une unité de production dromoise pour le tri et le nettoyage des graines. Dans cet esprit, ils ont aussi noué des partenariats avec différents acteurs de l’agriculture provençale. Leur entreprise porte notamment un dossier Feader avec Arvalis, le Cirad, Duransia, la Chambre d’agriculture du 04 et Agribio 04, pour étudier plus avant sur la valeur nutritionnelle des différentes variétés de quinoa, et voir celles qui peuvent intéresser les industriels de l’agro-alimentire en Provence.

Même si on reste sur des marchés de niche, il y a beaucoup à faire et beaucoup de produits innovants à développer pour la meunerie, la biscuiterie, et même la cosmétique qui sont de plus en plus en recherche de produits bio de proximités clairement sourcés”, relève Benoît Moreau.

L’année passée, les premières récoltes ont été commercialisées via un réseau de grossistes et de magasins bio. “Une première étape”, en attendant de faire croître les volumes de production. À termes, les fondateurs de Kolibri Seeds espèrent toutefois commercialiser supers graines et légumes secs sous leur propre marque :‘Les graines de Provence’.

Gabrielle Lantes


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