PNR du Mont-Ventoux : diagnostiquer pour mieux intégrer son impact agro-environnemental

Publié le 17 janvier 2022

Prêtant une oreille attentive, les participants ont découvert les résultats des diagnostics menés par Bio de Provence, le 14 décembre dernier, et présenté au Domaine de la Verrière, au Crestet. (© ML)

Mardi 14 décembre, Bio de Paca et le Parc naturel régional du Mont-Ventoux dévoilaient enfin les résultats des diagnostics agroenvironnementaux réalisés dans le cadre d’un financement de la Région Sud, de l’Ademe et de la Draaf. Retour sur des informations qui permettent d’ouvrir le débat entre les agriculteurs du territoire.

Si le tout jeune Parc naturel régional (PNR) du Mont-Ventoux fête sa première année et demie d’existence, la dynamique sur son territoire n’est pas faiblarde pour autant ! Au contraire, l’équipe du Parc et les différents acteurs gravitant sur son territoire ont bien saisi l’urgence de la situation environnementale, et présentent tour à tour leurs différents projets. Parmi eux, un bilan carbone commandité par l’ODG Ventoux, afin d’établir le bilan énergie et Gaz à effet de serre (GES) de l’AOC, de manière à proposer des pistes d’actions pour améliorer la résilience des exploitations viticoles du territoire face au changement climatique1 ; mais aussi le plan 'Clim’Agri' de la CoVe, pour entamer une démarche de territoire autour de la question de l’impact du secteur agricole sur le climat (et inversement) ; ou encore, des diagnostics régulièrement réalisés avec Bio de Paca dans le cadre d’un financement de la Région Sud, de la Draaf et de l’Ademe.

Ces derniers étaient au centre de l’attention le 14 décembre, puisque les résultats des dix diagnostics ayant pu être réalisés sur des exploitations du parc, en 2021, ont été présentés aux agriculteurs participants et quelques élus intéressés. Des résultats également attendus, car on trouve sur le territoire finalement peu de diagnostics financés annuellement et peu d’études menées en général, ou sur des zones géographiques étendues mettant en évidence des différences de pratiques certaines… "Il est difficile de comparer les pratiques des exploitants, car ils ne sont pas installés aux mêmes endroits, n’ont pas les mêmes surfaces, ni les mêmes cultures", admet Élena Garcia, chargée de mission 'Agro-environnement, biodiversité, énergie et climat' à Bio de Paca. Le réseau régional de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) parvient toutefois à présenter des résultats enrichis et d’un intérêt significatif.

Une campagne, deux diagnostics

Le premier diagnostic proposé aux viticulteurs et arboriculteurs (respectivement cinq, quatre et une ferme diversifiée) ayant accepté de jouer le jeu à Caromb, Mazan, Crestet, Entrechaux, Pernes-les-Fontaines, Malaucène et Beaumont-du-Ventoux, répond au nom de 'Dia’Terre' : il évalue la consommation d’énergie des exploitations, ainsi que les émissions de GES.

En ce frais mardi de décembre, la restitution aura permis d’établir quelques vérités pour ce petit échantillon d’agriculteurs. "On observe évidemment de fortes variabilités entre les filières, mais également intra-filières en ce qui concerne la consommation d’énergie. D’une manière générale, la consommation à l'hectare est plus faible en arboriculture, et le premier poste dépend de l’équipement en serre ou en chambre froide. Pour ce qui est des viticulteurs, le premier poste est toujours la bouteille", atteste la jeune femme. Des données qui correspondent aux tendances régionales et se situent, plus ou moins, sous la moyenne nationale des consommations, dont il faut retirer le poste 'bouteille', non pris en compte au niveau national. La moyenne de consommation électrique, pondérée et correspondant à 40 kW/hl est quant à elle inférieure de près de dix points aux résultats des exploitations diagnostiquées l’année précédente, sur le PNR de la Sainte-Baume. Pour Élena Garcia, malgré la petitesse de l’échantillon, trois explications peuvent être envisagées : "Cela peut être dû à l’isolation de la cave, la part représentée par la production de rosé là-bas, ainsi que les performances plus ou moins bonnes du matériel de vinification".

Concernant les émissions de GES, les principaux pôles de la viticulture sont le verre et le fioul et, pour l’arboriculture, le fioul ou le gasoil (livraison de produits) et l’émission de protoxyde d’azote par épandage des engrais. Sur ce point, les écarts restent assez importants par rapport aux moyennes nationales. "Cela s’explique par le fait que la dernière étude a été réalisée il y a dix ans sur une soixantaine d’exploitations aux quatre coins de la France", assure la chargée de mission, qui ajoute que les puits de carbone sont également à prendre en compte comme des leviers de compensation dans le bilan.

40 indicateurs pour 'Dialecte'

Le deuxième diagnostic, 'Dialecte', vient donner une note sur 100 à l’exploitation, grâce à 40 indicateurs, tels qu’une note 'agroécologie', un pourcentage en Infrastructures agro-e?cologiques (IAE) sur la Surface agricole utile (SAU) totale, l’enherbement inter-rangs ou encore une note 'irrigation' pour les arboriculteurs. S’ils ne permettent pas de brosser le portrait des exploitations bio du Vaucluse, ils servent toutefois de "base d’échange entre les agriculteurs", explique Élena Garcia.

En règle générale, les arboriculteurs reçoivent une meilleure note grâce à la mixité apportée par l’exploitation, mais la vigne se classe mieux dans la catégorie 'gestion des intrants'. Dans les deux cas, les agriculteurs vauclusiens ont fait mieux que la moyenne nationale du diagnostic 'Dialecte' pour la partie 'Part des IAE dans la surface agricole', avec 17 % en arboriculture et 14 % en viticulture. "La littérature nous montre qu’il faut entre 10 et 15 % d’IAE au minimum pour qu’il y ait un vrai bénéfice. À nous de voir comment les parcelles peuvent potentiellement être coupées ou enherbées, afin de favoriser le déplacement de la petite faune et la biodiversité", ajoute la jeune femme. Mais tous en sont témoins : les parasites, la concurrence hydrique et l’utilisation de l’eau selon les différentes cultures peuvent être de vrais handicaps dans la recherche d’une autre forme de gestion des systèmes agricoles. Pour ces dix exploitations aux notes comprises entre 44 et 67, la recherche de pistes d’amélioration est nécessairement un point sur lequel se pencher.

Face au changement climatique, atténuer, compenser et adapter

Nombreuses sont les possibilités évoquées par Bio de Paca et le PNR du Mont-Ventoux pour améliorer son bilan. Parmi elles, le développement de la consigne des bouteilles en verre3, la réduction de la consommation de fioul – avec, par exemple, la traction animale ou le regroupement parcellaire –, la préservation ou l’augmentation de la part d’IAE sur l’exploitation… Élena Garcia rappelle également que la réduction de la consommation électrique peut aujourd’hui encore s’inscrire dans le cadre d’un Projet de développement rural Feader grâce à un appel à projet 'Investissement dans la performance énergétique des exploitations agricoles'2.

L’intérêt des énergies renouvelables se pose également de plus en plus sur le territoire, comme le souligne Anthony Roux, chargé de mission 'Biodiversité et espaces naturels' pour le PNR du Mont-Ventoux : "Bien sûr, il y a une question esthétique un peu plus délicate dans le cadre de l’agrivoltaïsme, car nous avons des paysages remarquables à préserver, ainsi qu’une forte part de tourisme. Il y a là un débat à avoir entre agriculteurs et la demande du milieu touristique". Un des participants rappelle alors que les difficultés de certains arboriculteurs face aux parasites les obligent à couvrir leurs vergers de filets, "et là, la question de l’esthétique ne se posera même pas, puisqu’il sera question de préserver la filière ou de tout laisser tomber". Le chargé de mission du Parc voit ainsi poindre la nécessité de réfléchir à une potentielle redéfinition du travail agricole : "Pourriez-vous devenir des 'énergiculteurs' pour vous garantir un revenu" ? Une conclusion qui prêtera bien à réfléchir en ce début d’année.

Manon Lallemand


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