Pistache en Provence : structuration d’une filière qualitative et porteuse de valeur ajoutée

Publié le 08 novembre 2021

Si 46 hectares ont été officiellement décrits, l’association 'Pistache en Provence' estime à 100 hectares la surface totale des plantations sur l’arc méditerranéen actuellement. Des travaux de recensements sont en cours. (© ML)

L’idée semblait ambitieuse lorsqu’il y a trois ans, quelques producteurs frappaient à la porte de la Chambre d’agriculture, en soutenant dur comme fer l’importance de réimplanter la culture de la pistache dans le paysage provençal. Aujourd’hui, bien loin de l’utopie, la filière s’organise pour renaître de ses cendres.

Sans un important travail collectif et l’élan de bonne volonté des producteurs qui fait la caractéristique de l’association, le projet de relance d'une filière provençale de pistaches aurait eu du mal à se faire une place dans le paysage. La faute en partie au Covid qui, pendant deux ans, a empêché les adhérents de se retrouver comme la coutume le voudrait. L’assemblée générale de 'Pistache en Provence', le 22 octobre dernier, tenait beaucoup des retrouvailles, bien que quelques réunions techniques aient pu être organisées dans l’année1. L’heure était définitivement au bilan.

"Il y a un constat que j’avais fait lorsque je suis devenu le nouveau propriétaire du Roy René : on utilisait beaucoup de pistaches chez ce nougatier. Traditionnellement, en Provence, on en trouvait déjà au Xe siècle, et dès le XIVe siècle, elle était dans les recettes. Aujourd’hui, les confiseries ne se font pas qu’avec les amandes comme on peut le croire, mais aussi avec des pistaches. Sauf que celles-ci ne viennent pas d’ici, et j’aimerais véritablement pouvoir en trouver de nouveau en Provence", raconte Olivier Baussan, président de l’association. L’histoire part de là. Depuis, filière se développe, lentement mais sûrement. L’objectif est dorénavant de se réunir autour du petit fruit à coque dont la demande – des chefs comme des consommateurs – se fait de plus en plus forte. "C’est un système d’aspiration par le haut qu’il ne faut pas rater", affirme le président, sûr de lui lorsqu’il évoque la détermination à ne pas faire une pistache américaine bis, mais bien une pistache identitaire. Engagés dans cette démarche, les producteurs l’ont d’ailleurs très bien compris.

Une année dense malgré le covid

Pour l’association, il n’y aura pas eu d’appel à cotisation cette année. Pas de vote non plus pour cette assemblée. Non, la préférence a été donnée à une reprise bien à plat pour 2022. Une assemblée statutaire et le retour des cotisations sont donc prévus pour le premier trimestre 2022. "Il y a eu beaucoup de perturbation avec le Covid, mais nous avons su maintenir un accompagnement personnalisé en visio. Et maintenant que la situation semble se stabiliser, nous allons assister à une vraie reprise", rassure Jean-Louis Joseph, vice-président de 'Pistache en Provence'. De nombreuses actions ont tout de même été menées cette année, prouvant le dynamise associatif ambiant.

Deux stagiaires se sont notamment fait temporairement une place, afin d’inventorier les vergers et les usages de la pistache, qui promettent par ailleurs de belles perspectives. Deux vergers expérimentaux sont maintenant suivis de près, l'objectif étant de trouver la variété idoine pour la pistache provençale : le premier est accueilli à la station expérimentale La Pugère, à Mallemort, avec une cinquantaine de plants, couplé à une observation du verger quasi sauvage de la Sainte-Victoire à proximité d’Aix-en-Provence ; le second est le verger du conservatoire de la Thomassine, à Manosque, où l’on trouve une soixantaine d’arbres de diverses variétés sur différents porte-greffes.

Un travail de fond a également été mené pour le développement de nombreux partenariats, avec le syndicat 'France pistache' évidemment, mais aussi la Chambre d’agriculture de Vaucluse, des universités américaines spécialistes du sujet, et des partenaires, à commencer par la Maison Brémond 1830. L’entreprise presque bi-centenaire – qui souhaite faire de son produit phare, le suprême de pistache, une production provençale et non plus italienne – portera effectivement le projet de structuration de la filière, 'Pistache avenir', devant FranceAgriMer. Le syndicat le déposera, quant à lui, devant la Région Sud. Cette dernière finance d’ailleurs le Codesiqo (Coordination des démarches de signe officiel de qualité), initié en juillet et animé par la Chambre d’agriculture Paca jusqu’en juin 2022, dans l’objectif de libérer un temps de travail pour la chambre vauclusienne, le syndicat et l’association 'Pistache en Provence' pour la détermination du signe officiel de qualité en question.

Construire le bon itinéraire technique

L’essentiel repose maintenant sur la détermination des éléments techniques. "Actuellement, il y a environ 100 hectares de plantations. D’autres devraient encore se faire cet hiver. 46 hectares ont été recensés et décris dans le détail par Olivier Bablée, notre stagiaire, ce qui nous a permis d’estimer à une surface moyenne de 1,1 hectare par verger, et de 2 hectares plantés par agriculteurs", détaille Emmanuelle Filleron, chargée de mission pour la Chambre d’agriculture du département. Les derniers recensements datant de février dernier, et d’autres plantations ayant été réalisées depuis, une évolution des chiffres est à venir. Mais les petites dimensions des parcelles confirment la phase dans laquelle producteurs et techniciens se trouvent : celle du test et de la structuration. "Bien que l’essentiel des plantations réalisées jusqu’ici ait été fait avec la variété américaine Kerman, puisqu’une des seules disponibles lorsque nous avons lancé le projet, le potentiel variétal est énorme et la diversification est en cours", ajoute-t-elle.

Les enjeux pour la filière sont triples : il faut sécuriser la production ; la développer de façon qualitative ; et, enfin, garantir un niveau de valorisation. Pour cela, les besoins sont nombreux et concrets, tels que l’estimation du coût de production, la question de l’approvisionnement en plants, l'accompagnement technique, la détermination de l’équipement et la situation en post-récolte ou encore quel positionnement et quelle valorisation sur le marché. Si le projet de structuration et le Codesiqo font partie de la solution afin d’y voir plus clair, le développement de l’expérimentation s’avère nécessaire. Pour atteindre l’ambitieux objectif de 2 000 hectares d’ici 2035, la recherche de financement d’un programme d’expérimentation à la hauteur est obligatoire. Les chercheurs sont en tout cas déjà présents. Un GIEE pour la diversification des exploitations provençales par la culture de la pistache a également été validé cet été pour neuf ans (afin d’aller jusqu’à la récolte). Six agriculteurs en font pour le moment partie, mais 2022 devrait offrir la possibilité aux producteurs intéressés de se rapprocher du syndicat pour un élargissement à une dizaine de membres. Doucement, mais sûrement, le retour de la pistache en Provence fait son chemin et prend la forme d’une réalité tangible.

Manon Lallemand


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