Pernes-Les-Fontaines : Retour de l’amande dans la plaine comtadine

Publié le 03 novembre 2020

Quand les vergers d’amandiers commenceront à produire, d’ici trois ans, Vincent Fabre et ‘La compagnie des amandes’ se partageront le bénéfice à hauteur de leurs pourcentages de parts respectifs. (© P. Nicolas)

À Pernes-Les-Fontaines, Vincent Fabre, fils d’agriculteur, est revenu sur les terres familiales pour y cultiver les amandes, avec le soutien de la société aixoise ‘La compagnie des amandes’. À la découverte d’un projet étonnant, alliant réalisme économique et esprit de coopération.

Sur cette longue bande de plaine, entre Pernes-les-Fontaines et Saint-Saturnin-lès-Avignon, le mistral prend son élan et souffle avec vigueur. Ce qui a compliqué le travail de l’équipe de plantation, les jours derniers. « Les plants tombaient les uns après les autres, on a dû arrêter le travail à certains moments », explique Vincent Fabre. Ce jeune agriculteur, gérant de la SAS ‘Amandes des Estangs’ vit en effet des jours cruciaux pour son projet : la plantation de 50 000 jeunes amandiers, en haie fruitière, sur cette parcelle de 26 hectares.

Ce projet, il le mène avec ‘La compagnie des amandes’, la société créée et présidée par Arnaud Montebourg1. L’ancien ministre du redressement productif est venu ce jour-là, en compagnie de François Moulias, directeur et co-fondateur de ‘La compagnie des amandes’, pour constater l’avancée du projet, malgré le mistral.

Une demande en pleine explosion

‘La compagnie des amandes’, c’est une société d’un nouveau genre, qui se donne pour but de mettre en relation des agriculteurs et des investisseurs, en vue de développer la production d’amandes en France. Une idée qui est venue à Arnaud Montebourg suite à une visite en Californie, où la culture de l’amande est à bout de souffle du fait de la sécheresse, alors que la demande est sans cesse croissante. « La France consomme 30 000 tonnes d’amandes chaque année, et en produit à peine 1000 tonnes, alors qu’en 1948, la Provence en produisait à elle seule 12 000 tonnes ! » explique le désormais chef d’entreprise.

Pourtant, la demande mondiale est en constante augmentation, passée de 0,2, à 1,4 million de tonnes entre 1999 et 2017. Pour autant, développer la culture de l’amande n’est pas simple, et représente de considérables investissements, pas toujours accessibles aux petites exploitations provençales. D’où l’idée des cofondateurs de ‘La compagnie des amandes’, Arnaud Montebourg et François Moulias : créer, à Aix en Provence, une société qui réunisse ceux qui ont les terres et le savoir-faire – les agriculteurs – et ceux qui ont la capacité d’investir dans de nouveaux projets.

L’alliance entre investisseurs et agriculteurs

Vincent Fabre est le fils d’un agriculteur pernois. Il y a quelques années, voyant les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par son père dans l’exploitation de ses cultures maraîchères, il avait fait le choix d’aller plutôt travailler dans la fonction publique. À la retraite de son père, se pose la question du devenir des terres. « J’ai entendu parler de ‘La compagnie des amandes’ par les journaux », se souvient-il. « J’ai pris contact par leur site internet, puis je les ai rencontrés : ils m’ont alors expliqué ce qu’ils proposaient. J’ai pris la précaution de demander à un avocat d’examiner les choses avec soin, et quand il m’a confirmé que tout était clair, j’ai signé. »

Le principe est simple : Vincent Fabre a créé en mars 2020 la Société par actions simplifiées ‘Amandes des Estangs’, dont il est le président. Il en possède 51% des parts, les 49% restants étant la propriété de ‘La compagnie des amandes’. Il a mis à disposition du projet 26 ha de terres, bénéficiant d’un accès à l’eau (voir encadré). Et, en retour, ‘La compagnie des amandes’ a mis à disposition les fonds pour pouvoir préparer les terres, les planter, installer un système d’irrigation, et assurer le revenu de l’agriculteur durant les premières années, mais aussi des moyens techniques, tels que la machine à planter. Quand les vergers d’amandiers commenceront à produire, d’ici trois ans, Vincent Fabre et ‘La compagnie des amandes’ se partageront le bénéfice à hauteur de leurs pourcentages de parts respectifs.

Objectif : 200 hectares

« Notre objectif », explique l’ancien ministre, « est d’avoir créé 2000 hectares de vergers d’amandiers d’ici à 2024. Dans le Vaucluse, deux projets sont déjà lancés : celui de Vincent Fabre, et un autre à Sérignan-du-Comtat, sur 100 hectares, en partenariat avec le Naturoptère. Il faut trouver de nouvelles solutions, qui puissent permettre aux agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail. Nous avons créé ‘La compagnie des amandes’ dans cet esprit ».

Aussi innovant qu’il soit, ce projet n’est pas pour autant une utopie idéologique : l’Inrae, associée au projet, apporte son expertise au projet. En effet, Henri Duval, chercheur à l’unité de recherche fruitière méditerranéenne d’Avignon, accompagne ce projet, et il a participé au recrutement de la nouvelle directrice technique de ‘La compagnie des amandes’, Eugénie Coutagne. L’idée est ancrée dans la réalité : produire des fruits de qualité, répondant à une demande des consommateurs, en utilisant les techniques adéquates. Comme quoi l’on peut, finalement, concilier réalisme et idéalisme.

Pierre Nicolas, CLP


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