Pernes-les-fontaines : Jean-Christophe Raffin, la passion des senteurs

Publié le 06 décembre 2021

Au bout du jardin de la ferme, une petite serre de reproduction permet à Jean-Christophe Raffin de prendre soin des pieds mères fragiles, tel que la citronnelle, le géranium ou la verveine. (© PN)

À Pernes-les-Fontaines, depuis cinq ans, s’est installée la petite exploitation bio de Jean-Christophe Raffin. Sur trois hectares, il cultive des plantes aromatiques et médicinales, qu’il décline en toute une gamme de produits. Rencontre avec un amoureux des plantes.

À l’instar de la trufficulture ou de l’oléiculture – souvent pratiquées il y a encore vingt ans de manière accessoire dans les exploitations agricoles, voire chez les retraités agricoles – la production et la vente de plantes aromatiques connaissent depuis quelques années un développement, sous forme d’activité spécialisée. Certaines pépinières y consacrent maintenant une partie non négligeable de leurs activités ; et les producteurs spécialisés se développent peu à peu. Une étude, menée en 2016 par Kantar TNS pour Val’Hor et FranceAgriMer – mettait en évidence la progression régulière des achats de plants d’espèces aromatiques. Près de 20 millions de plants sont ainsi vendus chaque année.

Un autre marché de niche voisin est aussi en développement : celui des plantes médicinales. Longtemps chasse gardée des pharmaciens, une modification du Code de santé publique, en date de 2008, a fait passer de 34 à 138 le nombre de plantes médicinales pouvant être commercialisées ailleurs qu’en officine. Là aussi, si l’on voyait encore régulièrement, il y a une vingtaine d’années, des cueilleurs amateurs qui glanaient dans les champs en friche, des producteurs spécialisés voient le jour.

 

Installation en 2015

Jean-Christophe Raffin, installé à Pernes-les-Fontaines, a fait le choix de mener de front ces deux marchés de niche, qui à eux seuls ne permettent pas une activité viable. Il a commencé son activité au col des abeilles en 2015, avant de faire la rencontre l’année suivante du président et fondateur de l’association 'La Nesque propre', Jean-Pierre Saussac, qui lui a proposé de lui louer un beau corps de ferme "dans son jus", avec une parcelle attenante, sur le chemin de Saint Philippe (route menant de l’aérodrome Edgar Soumille à Saint-Didier). "Je lui en sais gré, car il aurait pu jouer la carte de l’immobilier, vendre ce joli bâtiment pour en faire une maison d’habitation. Mais il a préféré le louer à un agriculteur bio, et agir ainsi en conformité avec les idées qu’il défend pour l’environnement", explique Jean-Christophe Raffin.

Il a ensuite pris une autre parcelle à Villes-sur-Auzon ; et il vient de signer avec la mairie de Pernes-les-Fontaines, pour cultiver une troisième parcelle, juste en face de chez lui. En tout, c’est désormais sur trois hectares qu’il mène ses cultures de plantes aromatiques et médicinales. Il complète, en basse saison de récolte, par une activité de cueillette en pleine nature.

Production, séchage et macération

"J’organise l’implantation de mes cultures en fonction des besoins des plantes", explique-t-il. "Le bleuet, par exemple, doit être cueilli tous les matins. C’est pourquoi je le cultive dans la parcelle attenante à la ferme. Je cultive aussi dans cette parcelle ce qui nécessite une irrigation très contrôlée, comme la mélisse, le géranium. Enfin, j’y ai installé une serre de reproduction, pour les pieds mères fragiles, tel que la citronnelle, le géranium ou la verveine."

C’est aussi dans le beau hangar à l’ancienne collé à la petite maison d’habitation qu’il effectue le séchage de ses cultures, notamment pour tout ce qui est tisanerie. Il a construit lui-même un séchoir en bois, et utilise la cave en demi-voûte, toute de pierre sèche, pour la macération des eaux florales, à une température constante de 16°C.

À partir de ses différentes récoltes, il fait transformer les produits de différentes manières : huiles essentielles, sirop, teintures mères, macérats destinés à la gemmothérapie, huiles de massage. Et il prépare également des sachets pour les tisanes et infusions, ainsi que des eaux florales.

Une commercialisation multicanal

La commercialisation de sa production – qu’il s’agisse des plants ou des produits transformés – se fait de plusieurs manières. D’une part – et de manière assez traditionnelle pour ce genre de production – sur les fêtes de terroir un peu partout dans le Vaucluse, ainsi que sur le marché de producteurs du mercredi soir, à Pernes-Les-Fontaines. D'autre part, il fait aussi de la vente à la ferme, mais avec des créneaux bien précis, qui évoluent en fonction de son activité et de la saison. Il a ainsi aménagé un petit espace boutique, avec une étagère et un comptoir en bois, dans le couloir d’entrée de la maison d’habitation.

Ensuite, il organise dans son exploitation, depuis trois ans maintenant, une journée de rencontre avec les producteurs locaux, où il invite sept de ses confrères et consœurs. Le public peut ainsi échanger avec les producteurs, et bien évidemment acheter leur production.

Enfin, et peut-être surtout, il travaille en lien étroit avec Mireille Guyotot, aromathérapeute installée à Mormoiron, laquelle diffuse ses produits, mais aussi anime, parfois en sa compagnie, des ateliers et des balades découvertes des plantes. "Nous travaillons ensemble, y compris sur la préparation des différents produits. C’est un véritable échange, qui nous apporte beaucoup pour affiner sans cesse la qualité des produits", estime Jean-Christophe Raffin.

Pierre Nicolas, CLP


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