Ouverture de la chasse : fermeture des milieux et faune sauvage en exil, la menace du loup

Publié le 13 septembre 2021

Les prélèvements de sangliers repartent à la hausse depuis trois ans dans le Vaucluse.(© DR)

Ce dimanche sonnera une nouvelle ouverture de la chasse. À cette occasion, la Fédération des chasseurs de Vaucluse a tenu à faire le point sur la situation du département. Entre interdiction de la chasse à la glu, disparition des lapins, prédation du loup et sangliers destructeurs, l’équilibre se fragilise.

Alors que l’opinion publique a tendance à se retourner contre eux, les chasseurs de Vaucluse profitent de l’ouverture de la chasse pour revenir sur les efforts faits dans la préservation de la biodiversité. "Une espèce qui disparaît, c’est un maillon de la chaîne alimentaire en moins", déclare de but en blanc Edmond Rolland, le président de la Fédération des chasseurs de Vaucluse. Le lapin, par exemple, avait totalement disparu du territoire. Les chasseurs œuvrent donc à leur réimplantation dans la vallée de la Durance, permise par l’éco-contribution mise en place par la loi chasse de juillet 2019. Ce dispositif prévoit que, "lors de la validation du permis de chasser, chaque chasseur contribue à hauteur de cinq euros – avec un complément de l’État de dix euros – afin de financer des actions concrètes en faveur de la biodiversité", explique la fédération nationale. Le lièvre, quant à lui, se porte bien : "C’est en partie grâce aux différentes sociétés de chasse du département qui mettent en place des plans de chasse", explique le président de la Fédération. Dans le département, ce fonds pour la biodiversité permet également des actions pour faire revenir la perdrix rouge.

Pour préserver la tradition de la chasse à la glu en revanche, ils n’ont rien pu faire. "Cette année est la confirmation de l’interdiction de la chasse à la glu pour la deuxième année", déplore le président. "C’est une tradition vieille de plus de 2 000 ans que l’on nous enlève", renchérit le Sylvain Debrielle, nouveau directeur de la structure. Ensemble, ils confirment le désarroi des glueurs vauclusiens, soit environ 700 chasseurs. "Il n’y a pas plus légalistes que les chasseurs. Les arrêtés sont affichés partout, nous tenons les carnets à jour… Un ministre de la République doit être à l’écoute de tous les citoyens, pas uniquement d’un petit groupe comme c’est le cas en ce moment", déplorent-ils.

Autre oiseau dont la chasse est prohibée : la tourterelle des bois. "Il y avait eu une décision de la fédération nationale pour limiter la chasse à cette espèce à 6 000 individus. L’arrêté ministériel est pourtant tombé le jour de l’ouverture de la chasse", détaille Edmond Rolland. Les chasseurs, qui se sentent incompris, se retrouveront à Forcalquier (04) le 18 septembre, pour manifester. Auprès d’eux, ils espèrent retrouver pêcheurs et agriculteurs pour défendre la ruralité telle qu’elle est vécue par les ruraux. Avec un mot d’ordre : "Fichez-nous la paix !", pour sensibiliser autour de ce milieu dont ils ont l’expérience puisqu’ils y vivent et le parcourent tous les jours.

"Le garde-manger se déplaçant, le prédateur suit"

Une des questions les plus épineuses pour la fédération est celle du loup. "Oui, nous sommes opposés au Plan loup. À l’origine, on nous annonçait qu’il fallait 500 individus pour la survie de l’espèce. Aujourd’hui nous sommes à 624 et, d’ici quelques années, tout le territoire national sera concerné", exprime Edmond Rolland. Sur ce point, les chasseurs rejoignent les éleveurs ovins du département et s’interrogent sur la suite. Que faudra-t-il pour que de vraies mesures soient prises ? "Les attaques de loups ont fait des victimes parmi les humains dans le passé. Le garde-manger se déplaçant vers les plaines, le prédateur suit", se désole le président. Alors que le préfet interdit toujours aux louvetiers l’utilisation de lunettes thermiques, la Fédération répond : "Si on le veut, on met les moyens et on peut y arriver. Là, c’est une question politique".

Dans les faits, la fédération vauclusienne ne se positionne pas contre le loup, "mais il faut que ce soit raisonnable. Nous avons déjà quatre meutes, si ce n’est cinq", rappelle Sylvain Debrielle. "Avec le loup, on ne parle jamais de la faune sauvage", assure-t-il. La population de mouflons, qui étaient plus de 400, est aujourd’hui estimée à une trentaine d’individus, et ne peut bénéficier d’un plan de chasse. Les chasseurs craignent désormais un sort similaire pour les cervidés. "Chaque année, nous effectuons un comptage avec l’OFB (Office Français de la Biodiversité, ndlr). Ce sont toujours les mêmes circuits, aux mêmes horaires et à la même époque de l’année. Il y a deux ans, en 2019, puisque nous n’avons pas pu faire de comptage en 2020 à cause du Covid, nous recensions 200 cervidés et un loup. Cette année, seulement 80, mais avec deux loups supplémentaires", s’inquiète le président de fédération qui aimerait que soit réellement examinée la possibilité d’un plan de chasse loup dans les années qui viennent.

La régalade des sangliers

Le prédateur déstabiliserait finalement toute la faune sauvage et engendrerait une fermeture de certains milieux, obligeant les animaux à migrer vers des espaces plus paisibles. Les sangliers ne font pas exception. Descendus du Ventoux à cause de la sécheresse, ils se sont reproduits en plaine. "Les petits n’ont jamais rien connu d’autre, c’est ça leur milieu maintenant", explique Edmond Rolland. "La saison 2020-2021 a été marquée par un peu plus de 10 000 sangliers prélevés, en près de 10 000 battues ! Nous encourageons les chasseurs au sanglier à y aller le plus possible. Mais la chasse doit rester un loisir", poursuit-il. "Quel que soit le mode ou la période, la saisie en ligne hebdomadaire des prélèvements est obligatoire, via l’application mobile GéoChasse ou via le site internet1", rappelle la fédération. L’application permet enfin des données en temps et en heure, mais les carnets de battue demeurent nécessaires à la vérification des données saisies.

Les dégâts liés à leur présence de plus en plus envahissante se font également toujours plus nombreux. "Nous avons 80 dossiers en cours pour un équivalent de 400 000 euros d’indemnisation. Nous constatons cependant que la grande majorité des agriculteurs supportent la présence des sangliers sans faire de dossiers", observe le président. La Fédération des chasseurs est sur ce point reconnaissante, car la santé financière n’est pas au beau fixe : "Nous sommes passés sous la barre fatidique des 10 000 chasseurs avec 9 800 permis cette année. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé à l’État de nous aider à supporter le coût des indemnisations, car les cotisations annuelles ne suffiront bientôt plus". Depuis 2019 en effet, une réforme est en cours afin que l’État prenne en charge une partie, notamment les frais administratifs et d’expertise. Mais à ce jour, la fédération est toujours tenue d’indemniser sur ses fonds propres, ajoutant une nouvelle charge sur un édifice déjà fragilisé.

Manon Lallemand

(1) https://fdc84.retriever-ea.fr


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