Muscat du ventoux : objectif, emballer écologique !

Publié le 21 juin 2021

La nouvelle solution d’emballage proposée par l'AOP 'Raisin muscat du Ventoux', issue de la filière de récupération des plastiques POP. (© PN)

Lundi 14 juin, l’AOP 'Raisin muscat du Ventoux' présentait, au côté de l’industriel qui l’accompagne, la nouvelle solution d’emballage proposée pour remplacer les coques plastiques classiques. Une solution qui fait appel à une société anglaise, laquelle récupère des plastiques avant qu’ils n’aillent polluer les océans.

Le 1er septembre 2020, lors de la première édition de la 'Fête du raisin muscat du Ventoux', organisée à Mazan par l’AOP du même nom, un petit stand était destiné à recueillir les avis des chalands sur plusieurs projets d’emballages. Tous en cartons ajourés, de différentes formes avec, à côté, l’emballage actuellement utilisé par l’AOP : une coque en plastique transparent 'format poulet'. "L’immense majorité des personnes nous disaient préférer le plastique transparent, qui permettait de voir le produit sous tous ses angles", reconnaît Alexandra Lacoste, directrice des AOP Cerise et raisins de table.

Mais pourquoi cette recherche d’une alternative à cet emballage plastique ? À cause de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020, défendue par l’ancienne députée de la 3e circonscription de Vaucluse, Brune Poirson. Cette loi prévoit notamment de supprimer tous les emballages plastiques à usage unique pour les produits alimentaires. Un sacré challenge pour les fruits et légumes dans leur ensemble, auquel l’AOP Raisin muscat du Ventoux s’était attaqué bille en tête dès 2020.

Les solutions à base de plastique naturel biodégradable à base d’amidon de maïs ont dû être abandonnées, comme l’explique Alexandra Lacoste. "Ce matériau ne peut pas être stocké longtemps avant usage. Or, les organisations de producteurs et les AOP commandent généralement des emballages pour plusieurs années d’affilée, pour obtenir des prix de fabrication plus faibles.". Comment faire, donc, pour répondre aux impératifs de la loi tout en trouvant une solution pragmatique et réaliste ?

Pollution empêchée

C’est finalement en partenariat avec l’entreprise Dynaplast, qui leur fabrique depuis 2011 cette coque en plastique transparente, qu’une solution a pu être identifiée, et présentée lundi 14 juin à la salle de la Boiserie, à Mazan, 'capitale' de l’AOP Muscat du Ventoux. "Nous travaillons avec l’AOP depuis 2000, dans une logique d’éco-conception", a rappelé Roland Guiraud, directeur de la division fruits et légumes du groupe Guillin, auquel appartient Dynaplast. "En 2018, nous avons développé avec le groupe Paprec des outils de recyclage des barquettes alimentaires que nous produisons, afin d’inscrire délibérément nos produits dans une démarche d’économie circulaire." Danièle Marchadier, directrice générale de Dynaplast, renchérit : "Nos métiers sont en constante évolution, dès 1998 Dynaplast passait du PVC au PET, et dès 2011 nous avons proposé à l’AOP Muscat une coque spécifique, appelée GrappiPack, utilisant 55 % de PET recyclé, puis 85 % à partir de 2017". Et c’est une nouvelle étape qui a été franchie en 2019, avec le recours à la filière POP, comme 'Prevented ocean plastic' ('plastique océanique empêché'). Le principe : le ramassage des plastiques abandonnés sur les plages et les bords de mers, ou sur les rives des fleuves et rivières, afin d’empêcher qu’il aille rejoindre le fameux 'océan de plastique' du Pacifique Nord, situé entre le Japon et la Californie.

Convaincre l’État

C’est une société anglaise, Bantam, qui est au cœur de cette filière de récupération des plastiques POP. Son dirigeant, Raffi Schieir, participe à la présentation de ce projet en visioconférence : "Notre filière a trois grands atouts : tout d’abord sa tracabilité ; ensuite son impact social ; et enfin sa contribution environnementale. Nous fournissons 1 000 tonnes de plastiques POP par an au groupe Guillin, il s’agit donc d’un véritable partenariat structurel".

Néanmoins, cette solution, aussi vertueuse soit-elle, s’appuie toujours sur le bon vieux plastique, que précisément la loi de février 2020 cherche à limiter. Côte à côte, l’AOP Muscat du Ventoux et l’industriel Guillin ont donc décidé de tenter de convaincre la puissance publique d’assouplir le décret de mise en œuvre de cette loi. Comme l’affirme Roland Guirau, "nous sommes convaincus que la solution au problème environnement n’est pas dans la suppression du plastique, mais dans un usage plus raisonné, et dans l’extension des pratiques de tri. Car, à l’heure actuelle, seul 29 % du plastique est recyclé dans notre pays".

René Reynard, de son côté, est allé défendre l’idée auprès des députés présents sur l’aire de production de l’AOP, Julien Aubert pour Les Républicains, mais surtout Adrien Morenas, successeur de Brune Poirson et membre de la majorité gouvernementale. Ce dernier, qui a déjà défendu l’idée d’un moratoire, pour l’application de cette loi, s’engage clairement : "Nous travaillons ensemble, depuis quatre ans, pour porter ,auprès des instances parisiennes, les solutions que vous avez formulées localement. La transition écologique et environnementale est une affaire de long terme. Mais les agriculteurs ont besoin de solutions aujourd’hui. C’est pourquoi je défendrais avec toute la conviction et l’énergie nécessaire votre dossier aussi bien auprès du ministère de la transition écologique et du ministère de l’agriculture".

Ce qui ne manque pas, bien évidemment, de susciter la vive approbation du président de l’AOP Muscat du Ventoux, René Reynard. Lequel risque donc fort de passer une bonne partie de l’été avec le député Morenas dans les ministères en question : car l’enjeu est d’utiliser cette nouvelle coque transparente POP pour la campagne qui débutera en août prochain.

Pierre Nicolas, CLP


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