Mormoiron : Sébastien Borel, l’esprit de famille et les pieds sur terre

Publié le 27 septembre 2021

Le chantier de récolte du raisin AOP Muscat de Sébastien Borel, avec vue imprenable sur le Ventoux. (© PN)

À 28 ans, Sébastien Borel fait partie des fils d’agriculteurs qui ont créé leur propre exploitation. Il y cultive principalement le raisin de table AOP Muscat du Ventoux. Rencontre avec un jeune homme heureux et posé.

C’est un ''presque'' trentenaire au grand sourire chaleureux. Sébastien Borel – malgré le fait qu’il soit au beau milieu de sa campagne de récolte de raisin de table 2021 – prend le temps de faire les choses bien, de s’asseoir une demi-heure, à la pause déjeuner, pour parler de son exploitation, et de son parcours.

"Quand j’étais au collège, je savais déjà que, d’ici une quinzaine d’années, je voudrais reprendre les terres de mon père Jean-François, quand il partirait à la retraite. Mais d’ici là, j’avais envie de me consacrer à ma passion : la mécanique automobile. J’ai donc fait un bac pro et un BTS 'Génie mécanique', suite auxquels j’ai travaillé deux ans dans une centrale de contrôle technique à Carpentras."

Passage de relais familial

Mais à l’été 2014, son oncle, Claude Borel, décède brutalement. "J’ai pris le relais en urgence pour sa récolte de raisin de table", se souvient Sébastien. "J’aimais beaucoup mon oncle. Mon père avait déjà trop de travail pour reprendre ses raisins et ses cerises, et je ne pouvais pas supporter l’idée que ces cultures pour lesquelles il a travaillé toute sa vie soient abandonnées, ou sortent de notre famille." Alors, il entreprend les démarches pour créer son entreprise agricole et, le 1er mai 2015, est installé à son compte, à Mormoiron.

En 2018, une opportunité d’agrandir sa surface se présente. "J’ai repris des terres de Joël Belhomme, qui venait d’arrêter son activité, sur Blauvac, en partenariat avec mon expéditeur, Frédéric Girard, le patron des 'Trois Capucins'. Il a acheté les terres et le hangar, et moi j’exploite les terres." Une décision qu'il ne regrette absolument pas : "Ayant connu le salariat, j’apprécie d’autant plus d’être mon propre patron. Je travaille au moins deux fois plus qu’avant, mais j’organise ma vie comme je le veux. C’est vrai que c’est aussi compliqué, mais j’ai l’énorme chance d’être entouré de gens qui m’aident, me comprennent et m’encouragent dans ce projet, et auxquels je dois beaucoup".

Développement de la polyculture

Sur pratiquement 25 hectares, il cultive du raisin de table, essentiellement, mais aussi des cerises, commercialisées sous l’étiquette IGP 'Coteaux du Ventoux', et depuis peu des fraises, menées en hors-sol à côté de Pernes, comme le faisait sa grand-mère. Il a en projet, l’année prochaine, de produire à proximité de sa maison, à Mormoiron, une parcelle d’asperges vertes. "Je veux me diversifier, et avoir au moins une récolte un peu plus sécurisée, qui craigne moins le gel, la grêle ou la pluie. On a frôlé la catastrophe avec le gel en 2017, et cette année encore, je préfère ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier." C’est la raison pour laquelle Sébastien Borel doublera sa surface de culture de fraises en 2022. "Je ne prends pas de risque, je ne suis pas joueur", commente-t-il sobrement.

Une campagne de raisin qualitative

La campagne de raisin de table a débuté avec une semaine de retard, le 1er septembre, sur quelques parcelles plus précoces que les autres. "On a commencé par nos quelques parcelles d’alphonse lavallée et ensuite. Puis, on a poursuivi par nos porte-greffes en muscat AOP, et ensuite le reste du muscat, jusqu’à la fin septembre. Nous sommes sur un secteur tardif, mais quand c’est mûr, il faut y aller !" Heureusement pour lui, ses terres sont un peu en hauteur, sur Blauvac et Mormoiron, et ont été moins touchées par le gel que d’autres.

Côté volume, il déplore néanmoins une perte de récolte comprise entre 20 et 30 % seulement de la récolte. Côté qualité, l'arboriculteur a le sourire : si la quantité est plus faible que d’ordinaire, la qualité en effet est au rendez-vous. "C’est joli, pas de maladie, la récolte est saine." Ce qui a un heureux impact : "Du côté des marchés, les prix sont là, notamment parce que les quantités sont moindres cette année, du fait du gel".

Fier d’être en AOP Muscat du Ventoux

Sébastien n’a pas eu de difficulté à recruter : "Je travaille avec une équipe assez fidèle, originaire des environs, ce qui m’enlève une bonne épine du pied. J’ai seulement eu quelques difficultés avec deux personnes venues du Maroc en contrat OFII, qui n’ont pas réussi à venir du fait de la crise Covid. Pour l’instant, nous sommes huit sur le chantier de récolte. On peut se permettre de faire durer sur un mois car nous sommes sur un secteur tardif. Mais il a eu des années où du fait de la météo j’ai dû constituer des équipes de quinze personnes pour aller plus vite".

Le Muscat du Ventoux AOP représente 85 % des cépages qu’il cultive. "L’AOP est un plus. Le Ventoux amène la fraîcheur la nuit, le climat méditerranéen des journées chaudes, tout cela favorise la maturité du Muscat. On a une coloration noire naturelle qu’on obtient plus facile qu’ailleurs. L’AOP Muscat, s’il est ici, ce n’est pas pour rien !"

2015 a été une année importante pour Sébastien Borel. Car, outre son installation comme exploitant agricole, c’est aussi l’année ou il est devenu pilote de rallye amateur. À croire qu’il y a un parallèle entre son métier et sa passion : comme le pilote, l’agriculteur d’aujourd’hui doit savoir négocier les virages, doser ses accélérations comme ses freinages, choisir ses trajectoires. On pourrait continuer comme cela longtemps…

Pierre Nicolas, CLP


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