Mondragon : La Ferme Verdoulet, ou l'histoire d’une reconversion réussie

Publié le 12 septembre 2022

Christophe et Virginie font évoluer main dans la main l'avenir de la Ferme Verdoulet (PN)

Des chèvres aux abeilles, des fromages aux bonbons : à Mondragon, la Ferme Verdoulet a réussi un virage à 180° spectaculaire, non sans effort et sans soutien, et en seulement deux ans. 

Peut-être est-ce l’histoire d’une résilience, cette capacité singulière à surmonter une difficulté. Ou peut-être est-ce juste l’histoire ordinaire d’une exploitation agricole d’aujourd’hui, soumise à un monde de contrainte, et qui s’adapte?? Christophe Baumet, chef d’exploitation, ne se pose en aucun cas ce genre de question. Comme beaucoup d’agriculteurs, il n’a pas le temps de se plonger dans l’introspection. Pourtant, l’histoire de la Ferme Verdoulet, de sa ferme, est riche d’enseignement. D’inquiétudes, aussi. Mais aussi de confiance en l’avenir d’un monde paysan ancré dans la vraie vie, qui sait donc regarder la réalité droit dans les yeux.

De la vigne aux caprins

Christophe Baumet a repris la ferme familiale en 1990, à l’issue de son BTS en gestion agricole et polyculture. La ferme était petite, avec huit hectares de vignes et cinq de céréales. Il s’associe avec une collègue de promo de son BTS, en vue de créer un élevage de chèvres. “Nous avons commencé avec 18 chèvres, de races Saanen et Alpine”, explique Christophe Baumet. “En 1998, nous nous sommes mis en Gaec, on en était arrivé à une trentaine de chèvres à lait, avec lesquelles nous produisions une large gamme : lactiques, pâtes pressées, yaourts, crème, beurre…”

Dans les années 2000, le Gaec Ferme du Verdoulet loue une vingtaine d’hectares de vignes en plus :
mais la crise viticole de 2002 les fait renoncer à cette location, et à concentrer de plus en plus l’activité sur l’élevage caprin. La taille du troupeau augmente : Nous avions 100 chè-
vres, qui produisaient 400 litres de lait par jour. Nous vendions 80 % de la production en vente directe, le reste partant en CHR (cafés-hôtels-restaurants) et en commerces de proximité”.
Autant dire un rythme de vie très intense pour deux personnes seulement, puisque Elsa, la femme de Christophe, est institutrice. “En 2009, mon associée a décidé de partir, parce que le troupeau devenait trop important. J’ai embauché pour compenser son départ.”

L’année de tous les dangers

Puis vient l’année 2019 : “Cela a été catastrophique : j’ai eu une grippe très sévère, et en sortant de là, le troupeau était malade. Puis, j’ai eu un infarctus, et quand je suis sorti de l’hôpital, il y avait une salmonelle en fromagerie. On ne parvenait pas à trouver d’où cela provenait. Cette histoire de salmonelle nous a coûté pas loin de
50 000 euros. Heureusement que ma femme assure un revenu fixe, car sinon les choses auraient pu vraiment très mal se terminer pour nous”.

Sur l’insistance de ses deux fils, qui s’inquiètent pour la santé de leur père, Christophe Baumet prend conscience qu’un virage va être nécessaire. Et c’est là que le hasard va fort bien faire les choses. “Nous avons toujours accueilli des stagiaires, des personnes qui avaient envie de découvrir notre activité. Un jour, nous avons vu arriver une jeune femme pleine d’énergie, Virginie Fages. Elle avait une passion pour les abeilles. Et il se trouve justement qu’un apiculteur voisin, dont je revendais le miel dans notre magasin fermier, allait prendre sa retraite, et cherchait à revendre ses 140 ruches.”

Des chèvres aux abeilles

Début 2020, Christophe et Virginie commencent donc à suivre les formations données par le Syndicat des apiculteurs de Vaucluse, et notamment Philippe Huguel, au Rucher école de l’île de la Barthelasse. “Techniquement, c’est un métier passionnant. C’est le plus compliqué de tous les métiers agricoles que j’ai pu faire. Sur une chèvre ou sur un végétal, on voit ce qui se passe. Mais sur les abeilles, on ne peut pas forcément voir grand chose?!” Dans le même temps, le troupeau est vendu en deux lots. “Je me suis retrouvé avec une ferme totalement équipée pour l’élevage et la production de fromage… mais sans chèvres?! Alors l’idée nous est venue, dans un premier temps, de réaménager la fromagerie en espace dédié à l’extraction et la transformation du miel. Le séchoir à fromages a été transformé en chambre chaude, la chambre froide est restée chambre froide pour le stockage des approvisionnements, en chocolat par exemple. Le bac à caillé est devenu un bac à désoperculer. On a recyclé nos locaux?!”

Virginie ayant des compétences pâtissières, la gamme de produits s’étoffe : praliné au miel, caramel au miel, glace au miel, propolis, pollen frais congelé… mais aussi tout une gamme de bonbons. “Nous voulions faire sans additifs. Il nous fallait donc pouvoir ensacher. À la main, c’était impossible, on a essayé?! Alors, on a ouvert un financement participatif sur Miimosa, et nous avons réussi à trouver les 12 000 euros dont nous avions besoin pour l’achat de la machine, et l’aménagement de la salle de traite pour l’y installer.”

Aujourd’hui donc, le magasin de la Ferme Verdoulet est ouvert, et accueille toujours autant de monde. Virginie passe son BPREA, et se prépare à s’installer, avec l’objectif d’atteindre 300 ruches sur les deux exploitations. La famille Baumet, elle, a retrouvé le sourire… un sourire au goût de miel?!

Pierre Nicolas, CLP


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