MIN de Cavaillon : tripler la part du bio d’ici 2025

Publié le 25 avril 2022

"Au Min, nous avons des raisons d’être prudents, mais aussi d’être ambitieux", ouvre Benoît Mathieu, président du Min de Cavaillon, en saluant l'ouverture du nouveau box de l’entreprise 'Vitale passion fruit', qui permet de développer la part de bio.

Alors que le bio se fraye son chemin chez les consommateurs, les Marchés d’intérêts nationaux (Min) sont obligés de s’adapter à la demande du client. Celui de Cavaillon l’a d’ailleurs bien compris et ambitionne de multiplier sa part par trois d’ici 2025. Et pourquoi pas par dix dès cette date ?

Quelque 2,5 millions d’hectares, soit 10 % de la surface agricole utilisée. 2e pays consommateur en Europe. 20 ans de croissance à deux chiffres. Et pourtant, depuis deux ans, les ventes reculent en grande distribution. "Le bio est perçu comme de plus en plus accessible chez les jeunes, les modestes et les inactifs. 94 % des personnes connaissent le sigle. 91 % lui font confiance et pourtant, un Français sur deux n’en connaît pas le cahier des charges. Au Min, nous avons des raisons d’être prudents, mais aussi d’être ambitieux", ouvre Benoît Mathieu, président du Min de Cavaillon. La plateforme de commerce restructure ses activités depuis près d’un mois et demi, bien que restant d’abord un marché de gros et de producteurs.

Jusqu’à il y a peu, seul un grossiste 100 % bio officiait sur place. Avec le nouveau box de l’entreprise 'Vitale passion fruit', la part de bio augmente doucement, et atteint désormais 3 %. "Nous faisons du bio depuis 1994 et la demande augmentait tout doucement. Mais, depuis deux ans, ça s’est accéléré. La clientèle est essentiellement constituée de détaillants, mais eux aussi font face à la demande. Il a donc fallu suivre en faisant évoluer notre gamme. Nous espérons que ça va continuer pour les jeunes, et nous poursuivrons nos adaptations", assure David Vitale, le gérant, le 29 mars à l’occasion d’un échange autour du bio sur le Min cavaillonnais. Mais Benoît Mathieu ne veut pas en rester là. "Nous avons préféré plancher sur un objectif de multiplication par trois, pour être certains de les atteindre, mais ça devrait se faire sans problème. Il y a de la demande, mais nous sommes un peu à l’étroit", explique le président. La construction fait bien partie de la restructuration engagée du Min, au même titre que l’installation de nouvelles entreprises, à l’image de 'Culture de France', fondée par Benjamin Pomiès, qui commercialisera des soupes et des compotes en bio et en conventionnel sous la marque 'Germain'. Celle-ci démarre d’ailleurs tout juste son activité au sein du marché.

"Faire gagner le conventionnel en HVE 3"

Même s’il salue la direction prise par le Min et la démarche du grossiste, Christian Mounier, vice-président du Département en charge de l’agriculture, l’eau et l’alimentation, souligne la chute des ventes auprès des consommateurs, malgré la dynamique entreprise par les producteurs : "Dans le département, le bio et les surfaces en conversion, ça représente entre 25 et 30 %. Le bio a sa place, c’est plus qu’un effet de mode. Mais c’est une problématique issue de la volonté du consommateur, et je ne suis pas sûr qu’il en ait les moyens à l'avenir. C’est notre rôle de s’assurer que le pouvoir d’achat pourra suivre".

Une observation que confirme Bénédicte Martin, vice-présidente à l’agriculture également, mais du côté de la Région Sud : "Le bio est une tendance forte. Mais ces derniers temps, le local l’a été encore plus. Notre stratégie est complémentaire à celle du Département. Les producteurs et agriculteurs ont sûrement une conscience environnementale plus élevée que la normale. C’est pourquoi nous n’opposerons jamais les modèles d’agriculture. On ne peut pas massifier puis tirer par le bas. À côté du développement de la part du bio, il faut faire gagner le conventionnel en HVE 3 (Haute valeur environnementale, ndlr), car bien manger ne doit pas être un luxe".

Entre accessibilité pour le consommateur et accompagnement d’une agriculture économiquement viable, nombreuses sont les questions qui viennent s’intercaler, telles que la place du monde de la recherche, l’irrigation ou encore le foncier et le renouvellement des générations. Collectivités territoriales et Min semblent prêts à accompagner les producteurs coûte que coûte, des producteurs somme toute quelque peu découragés. Alors que le soleil se lève sur le marché et que la journée des grossistes s’achève, on entend des "aujourd’hui on nous demande de produire plus, avec une meilleure qualité, pour pas trop cher", ou des "oui, mais il y a aussi la question de l’eau" qui sonnent comme un défi.

Manon Lallemand


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