Melon de Cavaillon : IGP, avec un P comme ‘patience’

Publié le 29 septembre 2020

Le 14 octobre prochain, le dossier IGP ‘Melon de Cavaillon’ sera proposé au Comité national de l’INAO, défendu par deux experts de la commission d’enquête. (© C. P.)

Le 9 septembre au MIN de Cavaillon, les Maîtres melonniers – réunis en assemblée générale – ont invité un représentant de l’INAO à détailler la procédure d’avancée de l’IGP tant attendue. Ce signe de qualité, comme pour l’Ail de Piolenc et la Fraise de Carpentras, est reconnu des consommateurs et permettra d’affronter la concurrence.

Encore deux semaines pour profiter des melons sur les étals. La saison, qui a débuté en mai, s’achèvera fin septembre, dans un contexte rude. Le Melon de Cavaillon, malgré sa qualité reconnue, n’échappe pas à la crise du melon français qui sévit depuis une dizaine d’années. Régulièrement, les prix et les surfaces chutent, pour les trois bassins de production : Sud-Est, Sud-Ouest et Centre-Ouest. Le Sud-Est reste la première région productrice en France. Et le Melon de Cavaillon a la particularité d’être présent durant toute la saison et de se positionner sur un segment premium, en conventionnel et en bio.

« De plus, en 2017 et 2019, deux opérateurs historiques majeurs – Soldive et Rouge Gorge –, ont disparu. Nous avons perdu des adhérents, dont un metteur en marché. Alors qu’en face, les melons espagnols progressent depuis cinq ans » résume Jérôme Jausseran, président du Syndicat des maîtres melonniers de Cavaillon.

Des clients fidèles

Le syndicat regroupe aujourd’hui 50 adhérents, dont 10 metteurs en marché et 40 producteurs. Il comptabilise 1950 tonnes de Melon de Cavaillon écoulées en 2018, 2000 tonnes en 2019. Et 2020 s'approchera de ces volumes malgré l'absence de la mise en avant : en effet, l’an dernier, ces mises en avant avaient permis des pics de vente à 400 tonnes hebdomadaire dans les grandes enseignes, durant les deux semaines suivant le 14 juillet. Alors, dans cette année si singulière et sans opération promotionnelle, comment le Melon de Cavaillon a-t-il réussi à tirer son épingle du jeu ?

« C’est grâce à une segmentation qualité reconnue, grâce à une clientèle fidèle et présente tout au long de la saison. Le Melon de Cavaillon n'est pas dépendant des grandes opérations commerciales : il s'inscrit dans la continuité avec une qualité contrôlée et garantie toute la saison » estime Antoine Peugeot, le nouvel animateur du syndicat, depuis avril 2020. Ainsi, les volumes de vente se sont maintenus en 2020, de façon même supérieure aux deux années précédentes, malgré la baisse des surfaces et la perte de quelques producteurs. « Cette réussite est celle du pacte commercial. Le groupe des dix metteurs en marchés est au service de la marque et non l’inverse », se réjouit Jérôme Jausseran. Voilà donc, pour le syndicat, un encouragement à persévérer dans l’obtention de l’IGP. « L’IGP est fondamentale pour asseoir le terroir et la notoriété face aux produits d’importation. Elle va participer à la confiance dont nous avons besoin » assure le président.

IGPatience…

« Mais cela fait trois ans que nous travaillons pour l’obtenir, c’est long » souffle Jérôme Jausseran. Voilà pourquoi il a invité à l’assemblée générale Emmanuel Estour, délégué territorial Sud-Est de l’INAO. Cet interlocuteur a donc détaillé la procédure d’homologation. Prochaine étape : le 14 octobre, le dossier IGP sera proposé au Comité national de l’INAO, défendu par deux experts de la commission d’enquête. Si l’INAO émet un avis favorable, le dossier sera alors transmis au ministère, qui doit accorder l’homologation, avant une dernière étape à la Commission européenne, pour enregistrement. Un parcours sur lequel existent des impondérables. « Impossible de prévoir les délais d’échanges de questions et réponses pour l’enregistrement européen. Mais déjà, nous pouvons espérer que le dossier soit déposé pour homologation courant 2021 » a-t-il avancé.

« Si l‘issue est certaine, accélérons le processus autant que possible, car notre melon, reconnu sur le marché, nécessite une protection de son nom et de son savoir-faire » a déclaré le président. D’ores et déjà, le représentant de l’INAO a conseillé de demander cette protection nationale, même si celle-ci ne sera effective qu’à l’homologation. Cela, avant l’obtention de la protection européenne. De son côté, Bénédicte Martin, conseillère régionale, a témoigné du soutien de la Région pour accompagner les signes de qualité, et l’intégration d’une démarche environnementale au sein des cahiers des charges. Elle a félicité les producteurs pour leur présence de plus en plus forte aux assemblées générales, « témoignant du dynamisme de la filière, et pour leur confiance envers ces signes de différenciation et valorisation ».

Cécile Poulain


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