Med'Agri 2022 : “Faire avancer l’agriculture que nous voulons”

Publié le 24 octobre 2022

Pour l’inauguration, Med’Agri recevait un invité de marque : Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, était notamment présent mardi matin. (ML)

Adaptation au changement climatique, objectif de souveraineté alimentaire, transition énergétique... Les exploitations agricoles méditerranéennes sont à pied d’œuvre, et la 3e édition de Med’Agri, qui s’est tenue de mardi à jeudi, le prouve sans difficulté.

Pour avoir une agriculture demain, il faut de la terre, et il faut la préserver. C’est presque par ces mots que débute le discours d’inauguration d’André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture (CRA) Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Il faut de l’eau et, pour cela, il remercie l’engagement des collectivités dans son combat de longue date pour amener la précieuse ressource partout. Il faut des jeunes aussi, pour faire face aux nombreux départs à la retraite qui se profilent...

Pour le président de la Chambre régionale, le salon Med’Agri représente une véritable chance, une possibilité de “faire avancer l’agriculture que nous voulons”. À savoir, plus résiliente face au changement climatique et capable d’atteindre la souveraineté alimentaire, autant que d’amorcer sa transition énergétique.

Pour y arriver, il note un besoin d’hommes, de signes de qualité, ainsi que d’innovations et de technologies. “Tout cela a un coût et, sur ce point, je ne peux que remercier le Département, la Région et l’État d’être à nos côtés”, glisse André Bernard. Des chantiers énormes attendent encore le milieu, il le sait, mais il l’affirme : “La marque Med’Agri – poussée par la Chambre régionale – est bien la preuve que, jusqu’au dernier kilomètre, l’agriculture et les agriculteurs sont capables de s’organiser”.

S’organiser pour créer l’événement, pour marquer le coup et, surtout, pour travailler à des solutions d’avenir.

Une agriculture en mode projet

“Quand André Bernard est venu me voir pour me parler de la volonté de la Chambre régionale d’agriculture d’organiser le premier salon professionnel de l’agriculture méditerranéenne à Avignon, j’ai dit ‘banco’ !”, se souvient Renaud Muselier. Pour le président de la Région Sud, monter un tel projet ne trahissait aucunement l’ambition qu’il connaissait de l’équipe de la CRA. Le faire n’était cependant pas évident pour autant. Alors, évidemment, il a fait le déplacement aux côtés des élus et des représentants des collectivités locales.

L’occasion pour le président de Région de rappeler son soutien à la filière, particulièrement touchée par la conjoncture actuelle et la crise de l’énergie : “J’ai conscience des conséquences directes de cette hausse sur votre quotidien et du risque de mettre en péril certaines filières, comme l’élevage ou le maraîchage. L’agriculture doit être protégée. Vous pouvez compter sur mon soutien afin que le gouvernement mette en place des mesures d’aide spéciales”.

Un soutien qui transparaît également dans la politique menée sous sa mandature. Structuration des filières pour augmenter la valorisation des productions, accompagnement des jeunes dans l’installation – notamment avec une dotation ‘Jeune agriculteur’ revalorisée de +8 % par rapport à l’ancienne programmation –, assurer la transition énergétique mais aussi, et surtout, développer l’hydraulique agricole, pour que nul ne puisse se sentir abandonné.

Sur ce dernier point, “les travaux sur notre territoire sont estimés à plus de 800 millions d’euros sur 10 ans. La Région ne ménage pas ses efforts sur ce volet”, prône Renaud Muselier, qui égraine les différents appuis donnés ou reçus par les uns et les autres en faveur des projets d’irrigation.

Un appel du pied au secrétaire général pour l’investissement, Bruno Bonnell – spécialement en visite sur le salon mardi 18 octobre – afin de promouvoir le Plan France 2030. Un nouveau plan de relance de 54 milliards d’euros au niveau national, dont trois seront directement fléchés pour l’agriculture. “Je crois que l’agriculture fait partie des métiers d’avenir”, exprime-t-il à l’assemblée.

Pour que tienne ce nouveau Plan France 2030, le secrétaire général à l’investissement est en quête de projets : “Osez en déposer. Seuls ceux qui ne tentent pas sont sûrs de perdre”. Un appel à projets sur la thématique de l’eau, dans l’optimisation de la gestion de la ressource, sera d’ailleurs prochainement ouvert. “Quelque 7,8 millions d’euros du plan ont bénéficié à des projets dans la région, et ce n’est pas encore assez. Cependant, quand je vois la dynamique en place ici, je n’ai aucun doute sur le fait qu’on devrait pouvoir mener à bien de très nombreux dossiers”, assure Bruno Bonnell.

Un soutien régional aux éleveurs victimes de la prédation du loup

Outre la signature du Pacte alimentaire régional entre la Région et la Chambre d’agriculture Paca, les annonces d’augmentation des financements de projets d’irrigation ou encore le développement du Plan 5Rhône de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) par la présidente de son directoire, Laurence Borie-Bancel, l’inauguration de Med’Agri était également marquée par l’organisation d’une conférence de presse sur la prédation du loup par la Région Sud.

D’emblée, Nicolas Perrichon, président du Cerpam et éleveur dans le Var, attaque sur tous les sujets : “Le loup, c’est 35 millions d’euros pris sur le budget de la Pac” ; “70 % des attaques en France ont lieu en région Sud et, pourtant, le dossier loup est toujours piloté par l’Auvergne-Rhône-Alpes” ; demande de souplesse quant aux tirs de prélèvement ; intensification de la formation pour trouver des jeunes à salarier dans les exploitations des éleveurs... Renaud Muselier sait qu’il ne va pas en terrain hostile, puisqu’il défend lui-même ces positions.

“Initialement, la Convention de Berne avait pour vocation de sauver une espèce de l’extinction. Une espèce qui a, depuis, basculé dans la prolifération, ce qui est tout de même curieux”, remarque-t-il. Alors que la population de loups a augmenté de plus de
46 % (hiver 2021-2022 : 921 individus selon l’Office français de la biodiversité), le quota de prélèvement ne dépasse effectivement pas 171 tirs autorisés. “Je suis convaincu que le changement ne viendra que lorsqu’un enfant sera attaqué. Nous devons l’éviter”, déclame le président de la Région Sud.

Objectif ‘zéro attaque’, augmentation des tirs de prélèvement, utilisation de lunettes de tir à visée thermique – par les éleveurs comme pour les lieutenants de louveterie – ou encore création d’un comité régional ‘loup’ qui associerait les différents acteurs locaux autour de la question... Les propositions de Renaud Muselier sont nombreuses, mais il l’assure : la Région continuera de pousser en faveur du soutien des éleveurs face au prédateur.

Un engagement remercié par Nicolas Perrichon et les éleveurs présents à la conférence de presse, mais avec un rappel de l’urgence : “Sur de nombreux points, il faut aller beaucoup plus vite”. Les propositions sont envoyées au ministre. Reste à voir quelles suites y seront données.

Manon Lallemand


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