Mazan : Entre oenotourisme et énergies vertes

Publié le 30 avril 2021

Jean-Baptiste Rogier et sa compagne Antonella Marios ont repris le domaine familial de la Tour des genêts. © ML

Le Domaine des Genêts porte bien son nom. L’exploitation symbolisée par la plante du renouveau semble reprendre vie suite à la reprise de l’activité par l’ainé des Rogier, Jean-Baptiste, et sa compagne Antonella Marios. Des idées plein la tête, ils produisent de nouveau leurs propres bouteilles depuis 2019.

En 2005, les parents de Jean-Baptiste Rogier reprennent un domaine à Mazan. Ils s’inscrivent dans une lignée familiale remontant à la Révolution Française. Cerises, raisins de tables, céréales, la diversité des cultures depuis 1789 est grande, mais c’est dans la vigne qu’ils choisissent de se spécialiser. Avec 25ha de parcelles réservées à la production de vin et 5 autres pour le raisin de table, plus une seule bouteille n’était pourtant sortie du domaine entre 2010 et 2019 : le vin était vendu en vrac. Jean-Baptiste Rogier, diplômé dans le commerce et sa compagne Antonella Marios, ingénieure argentine se sont donné le défi de redonner vie au domaine. Depuis 2019, ils produisent de nouveaux des bouteilles, environ 15 000 par an, soit un dixième de leur production. La sélection de leur cuvée de rouge, baptisé ‘Fuchsia’, dans la Revue des vins de France les encourage à aller de l’avant, renforçant leur volonté de jeunes plein de ressources. Les idées fusent chez le couple.

Allier la vente et la qualité du produit : l’œnotourisme à la française

Déjà détentrice d’un diplôme d’ingénieure industrielle, Antonella Marios se forme aujourd’hui à l’IFC d’Avignon afin d’obtenir un bachelor en œnotourisme et de mieux comprendre les rouages de la filière viticole française. La jeune femme vient de Mendoza, la ville du vin en Argentine, ce qui lui permet de mener ses propres observations. « En Argentine, nous avons des domaines immenses, avec les infrastructures qui vont avec. En France, on fait passer la qualité du vin avant, mais on est très en retard sur l’aspect communication-marketing », explique-t-elle. La concurrence se faisant de plus en plus forte dans l’hexagone, il devient par conséquent nécessaire de se démarquer. Ensemble, Antonella et Jean-Baptiste ont donc à cœur de développer l’œnotourisme. Eux qui avaient bien débuté en 2019 se sont vite retrouvés coincés par la pandémie. « Nous espérons pouvoir participer à des salons le plus vite possible pour continuer à se faire connaitre, mais avec les confinements, ce n’est pas possible, d’autant plus que les restaurants sont fermés depuis des mois », se désole Jean-Baptiste Rogier. Les restaurants et les bars faisaient effectivement partie de leurs clients. A Avignon, Carpentras, Mazan ou encore en Allemagne, où la mère du jeune homme tient un bar à vins français, leurs cuvées commençaient à apparaitre.
Le couple ne se laisse pas abattre pour autant. « Nous faisons les marchés producteurs pour toucher le niveau local, et sommes très actifs lors de la période estivale, pour toucher les touristes », dévoile Jean-Baptiste. Des touristes qu’ils comptent bien attirer dès la réouverture : « A court terme, nous allons organiser des événements, dégustations, concerts, after-works, et autres sur la terrasse. Puis d’ici 3 à 4 ans, nous aimerions retransformer une partie de celle-ci en caveau de dégustation avec de grandes baies vitrées pour conserver la vue sur le Ventoux, qui fait tout de même partie de notre identité », poursuit-il. Autre objectif de l’œnotourisme : se développer à l’étranger. Avec une solide base en langues étrangères suite à leurs études respectives, leur maitrise des techniques de marketing et leur connaissance du milieu viticole, ils se sentent prêts : « Un commercial qui sait comment fonctionne la vigne sera toujours meilleur que quelqu’un qui n’a jamais fait les vendanges », souligne Antonella Marios.

Vers un domaine autonome en énergies

Ce n’est toutefois pas qu’uniquement par le développement du tourisme sur leur domaine que le couple compte se démarquer. Jean-Baptiste Rogier prépare en parallèle une thèse sur le développement des énergies vertes dans le Ventoux. De son point de vue, seules ces énergies peuvent sauver l’agriculture telle que nous la connaissons face au réchauffement climatique. Sur le bâtiment du Château, quelques panneaux solaires parsèment le toit. « Il va falloir s’adapter et c’est maintenant qu’il faut prendre les décisions. Certains commencent déjà à planter les vignes qui seront adaptées au climat qui règnera sur le sud de la France d’ici 15 ans », s’exclame Antonella. Les deux jeunes gens ne font évidemment pas cavaliers seuls sur ce point. Bien accompagnés par Christian Rogier, le père, et toujours gérant de l’exploitation sur le papier, Jean-Baptiste fera aussi bientôt équipe avec Nathan, son frère cadet. Si ce dernier est encore actuellement en étude d’ingénieur à Centrale Lyon, il a ensuite pour projet d’aider la fratrie à développer l’autonomie en énergie du Domaine Tour des Genêts.
« Selon moi, les énergies vertes sont l’avenir, c’est notre moyen d’aider la planète. C’est la prochaine étape après le bio »
, déclare Jean-Baptiste. Bio, ils ne le sont pas encore, mais dispose du niveau 3 du label HVE. S’ils souhaitent le devenir par la suite, ils restent lucides : « Il faut un temps de transition entre les anciennes méthodes et les nouvelles et surtout trouver les bons mots pour convaincre les anciennes générations de la nécessité de cette adaptation », conclue Antonella. Reste donc pour eux de trouver la bonne combinaison pour le domaine tout en conservant l’Appellation d’Origine Contrôlée Ventoux (voir notre encadré).

Manon Lallemand

Contact : 
Domaine Tour des Genêts
920 chemin de la Genestière – 84380 Mazan
Contact : 06 59 22 02 89 – contact@chateautourdesgenets.com

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