Maraîchage : Les salades attendent le froid

Publié le 16 février 2021

La fermeture du secteur de la restauration pèse sur les ventes de salades, à la baisse. Et le temps doux a fait chuter les cours. (© C. Poulain)

Dans le contexte lié au Covid et à la fermeture des restaurants, la vente des salades souffre depuis novembre. Et le prix ne couvre pas les coûts de production. La douceur de l’hiver n’a pas aidé. Alors, beaucoup de maraîchers accusent des pertes. Et ils espèrent une embellie avec le froid de février.

« Le marché de la salade, c’est visiblement compliqué depuis décembre », constate Laurent Alleton, responsable du réseau commercial du MIN de Cavaillon, avec des prix bas et des volumes insuffisants. À Cheval-Blanc, Sylvain Meyssard produit en saison habituellement 200 000 têtes de salades, qu’il vend sur le MIN de Cavaillon. Seulement, cette année, « c’est une catastrophe sur les prix, et il n’y a pas de demande. En effet, depuis novembre, les salades sont achetées 15 à 20 centimes, alors que mon prix de revient est à 25 centimes » explique ce producteur. Des salades qu’il a donc ramassées à perte, quand d’autres les ont même broyées pour économiser le coût du ramassage. « Ça fait mal au cœur » avoue-t-il, accusant déjà 25% de pertes.

Au MIN de Châteaurenard, même situation : « Les producteurs de salades disent que le marché est très mauvais cet hiver. Il y a un manque de volume de ventes. L’export souffre. Quant au marché français, ça se fait au coup par coup, avec de fortes tensions sur les négociations. Certains producteurs me disent qu’ils libèrent leurs salariés à midi, qu’ils ont perdu pas mal de salades en surmaturité… », note Jean-François Cartoux, délégué du canton d’Avignon à la FDSEA de Vaucluse.

Cette situation résulterait d’une combinaison de facteurs. « D’abord, c’est la conjoncture morose, la crise sanitaire du Covid-19 qui a entraîné la fermeture du secteur de la restauration, des stations de ski… Tout s’enchaîne », observe Sylvain Meyssard. « Ça ne me surprend pas vraiment » reconnaît Olivier Gauer, directeur adjoint de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, « car le marché salade dépend fortement de la fermeture de la restauration ». D’ailleurs, la 4e gamme a chuté. « Le contexte du couvre-feu a aussi modifié le comportement des consommateurs, qui font leurs courses moins souvent et donc ne stockent pas de salades, périssables. Et certaines espèces en pâtissent davantage. Les rouges souffrent énormément » complète encore Jean-François Cartoux.

Autre facteur aggravant : la météo. L’hiver a été trop doux. Or, par temps froid, la croissance des salades est stoppée, les étals sont donc moins garnis, et c’est là que les maraîchers de Provence peuvent tirer leur épingle du jeu. De plus, la douceur accélère la pousse des salades et complique le calendrier de récolte. Heureusement, en janvier, il y a eu une baisse du thermomètre, favorisant une remontée des cours. Et, depuis début février, une vague de froid semble arriver. « C’est aussi une période classique de creux de production, qui peut favoriser la demande », espère Sylvain Meyssard.

Atouts en vente directe

« Depuis novembre le marché était très mauvais. Le pire, c’était vers le 10 décembre : aucune demande. On a pris l’option d’arracher à perte 3000 m» explique Dominique Garcin, maraîcher et arboriculteur au Mas Cantarel, à Montfavet. Ce qui représente 30% de l’atelier laitues d’un hectare sous serre. Au 20 décembre, la demande est revenue, mais toujours pas de prix rémunérateur. Pour les fêtes, la demande en laitue a été forte, « mais le prix n’a toujours pas décollé, à dix centimes en dessous du prix de revient, quand il est entre 1 € et 1,30 € juste en face, chez Grand Frais » souligne le producteur. À 0,20 € le maraîcher y est donc de sa poche, et à 0,30 € ses frais seraient tout juste remboursés, sans aucun bénéfice. « Et le client aussi s’en trouve lésé. Même pendant cette crise, le consommateur n’a pas bénéficié de promotion. C’est pour toutes ces raisons qu’on est passé à la vente directe il y a vingt ans ». L’exploitation adhère au réseau ‘Bienvenue à la ferme’. Elle proposera ses prochaines salades entre 50 et 60 centimes de mi-mars à fin juillet, « de la Salanova, très pratique, elle se conserve bien ».

Au nord du Vaucluse, du côté de Caderousse, même constat pour Christophe Charvin : « Le marché n’est pas bon du tout. Les températures froides de début 2021 avaient raffermi les cours, mais le réchauffement a augmenté la production, ce qui a, à nouveau, fait chuter les cours, autour de 22 à 25 centimes la pièce. Surtout sur la feuille de chêne blonde, encore cotée à 30 ou 35 centimes ». Avec un hectare de salades sur pied, ce maraîcher travaille uniquement sur le marché du frais, avec un ou deux grossistes. « Dans la région, on parle d’une baisse de 30% des ventes, liée à la baisse de consommation. Je ne sais pas si j’en ferai à nouveau à la prochaine saison » reconnaît-il.

Cécile Poulain


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