Maraîchage : Avec le projet ‘Alter Carot’, la carotte se veut plus écologique

Publié le 02 février 2021

Le projet ‘Alter Carot’ veut s’attaquer à aux problématiques telluriques et à la problématique des adventices, qui reste complexe pour une culture peu vigoureuse et donc très sensible au désherbage comme la carotte. (© Rauschenberger)

La filière légumes de plein champ veut créer des systèmes de culture agro-e?cologiques incluant la carotte qui soient économiquement viables, et avec l’utilisation de pesticides en ultime recours.

La carotte française serait, d’après Agreste, le 4e légume – après la tomate pleine terre, le poireau et la fraise hors-sol – le plus consommateur d’Indice de fréquence de traitement (IFT), avec un résultat autour de 8. Dans les bassins où elle est au centre des systèmes légumiers traditionnels visant le marché du frais, en Aquitaine et en Normandie par exemple, les producteurs sont soumis à de forts enjeux.

La demande des consommateurs et des distributeurs sur des légumes à la fois sans défaut, avec une durée de conservation maximale, et utilisant peu ou pas de produits phytosanitaires, se heurte à l’accélération de la disparition des matières actives. Afin d’anticiper de possibles impasses techniques, la filière souhaite trouver de nouvelles solutions pour réduire cette dépendance.

Avec le projet ‘Alter Carot’ – labellisé il y a quelques mois par le consortium GIS PIClég –, la recherche et l’expérimentation veulent s’attaquer à deux difficultés majeures qui sont « les problématiques telluriques, souvent mal connues et maîtrisées dans nos systèmes de cultures, et la problématique des adventices, qui reste complexe pour une culture peu vigoureuse et donc très sensible au désherbage comme la carotte », explique Émilie Casteil, chargée de mission à Carottes de France, qui pilote le projet ‘Alter Carot’.

Les pratiques des producteurs ont commencé à évoluer

Ce projet s’inscrit dans le droit fil d’un premier travail mené dans le cadre de Dephy Expé, entre 2013 et 2018. Il a apporté des résultats encourageants sur l’apprentissage des essais systèmes, ainsi que sur l’évaluation de leviers techniques (à l’échelle du système ou des cultures). Des leviers – comme l’élimination des traitements préventifs systématiques en Nouvelle-Aquitaine ou la reconception de la rotation en Normandie – ont montré leur efficacité, et d’autres méritent d’être approfondis. La rentabilité de ces nouveaux systèmes de culture doit être améliorée. Si les pratiques des producteurs ont commencé à évoluer, les partenaires du projet ont souhaité aller plus loin, en essayant d’atteindre des objectifs d’IFT plus intéressants, avec des systèmes de culture viables économiquement.

« Le projet ‘Alter Carot’ consiste à co-construire, évaluer et diffuser des systèmes légumiers agro-écologiques, incluant la carotte, et n’utilisant des pesticides qu’en ultime recours », explique Émilie Casteil. « Les objectifs du projet sont de réduire les IFT de 60% sur l’ensemble de la rotation, et sur la culture de carotte en particulier, tout en maintenant des systèmes économiquement viables ; mais également de s’interdire l’utilisation des matières actives susceptibles d’être retirées du marché, ou pouvant faire l’objet de fortes restrictions dans les prochaines années », précise-t-elle.

Le projet rassemble cinq partenaires : Carottes de France, l'Inrae de Rennes, Invenio, le Sileban et l’Unilet. Il court de 2019 à 2024, et est financé dans le cadre du plan Écophyto, piloté par les ministères en charge de l’Agriculture, de l’Écologie, de la Santé et de la Recherche, avec l’appui technique et financier de l’Office français de la biodiversité.

Le dispositif comprend trois systèmes de culture menés en réseau, dans les deux principaux bassins de production (Normandie et Nouvelle Aquitaine). Ces deux régions présentent des complémentarités agronomiques et climatiques.

Le défi technique du désherbage

De nombreux leviers d’actions sont mobilisés et testés pour gérer les bio-agresseurs telluriques. En ce qui concerne la problématique des adventices, « le désherbage représente de 18% à 42% des IFT de référence des systèmes de cultures étudiés. Pour le seul produit carotte, l’IFT de référence herbicide en Normandie et en Nouvelle Aquitaine représente entre 17% à 39%. La marge de manœuvre est donc importante », souligne Émilie Casteil.

Pour réduire les herbicides, les leviers consisteront à agir sur le stock d’inoculum, à introduire des cultures céréalières – comme l’orge – et à utiliser des couvertures de sols avec des cultures intermédiaires. Le désherbage thermique, mécanique sur le rang en carotte, l’utilisation d’acide pélargonique mais aussi l’occultation – que les producteurs commencent à s’approprier – feront aussi partie des leviers expérimentés. Sont visées les cinq principales adventices des systèmes de cultures locaux : le séneçon, la digitaire, le pâturin, la morelle et le chénopode. Au sein du projet ‘Alter Carot’, la rentabilité de ces systèmes en rupture sera systématiquement évaluée.

Ces nouveaux modes de production seront présentés aux producteurs des systèmes concernés et a? leurs partenaires – sous forme de publications, conférences, journées techniques de démonstrations – et seront intégrés dans la charte nationale Carottes de France. Le projet permettra de promouvoir le développement de systèmes légumiers performants, économes en intrants et durables, pour assurer la compétitivité? de la filière légumes de plein champ.

Emmanuel Delarue


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