Manifestation syndicale : Stop ! Soyons solidaires !

Publié le 30 octobre 2019

Les agriculteurs appellent à la solidarité face à leurs conditions de travail qui se dégradent de plus en plus : baisse des revenus malgré la loi Egalim, concurrence déloyale, réglementation asphyxiante…

Après la manifestation du 8 octobre, où plus de 10 000 agriculteurs se sont mobilisés en France, un 2e appel national était lancé ce 22 octobre. 200 agriculteurs vauclusiens y ont répondu pour exprimer leur colère devant les services de l’État, à Avignon. Ils appellent à la solidarité pour arrêter le dénigrement, les excès de réglementation et les importations incohérentes.

 

 

« Stop à l’indifférence, aux incohérences, aux surcharges qui nous empêchent de vivre de notre métier ! » Les agriculteurs se révoltent, s’indignent du manque de considération général envers leur profession, et interpellent directement le président de la République, Emmanuel Macron, dont ils attendent une réponse forte. Le Vaucluse a répondu à l’appel à mobilisation national de la FNSEA et des JA, les délégations départementales des syndicats se sont associées aux fédérations des Vignerons indépendants et des Vignerons coopérateurs de Vaucluse pour descendre dans les rues, ce mardi 22 octobre.

Des rafles de raisin, symbole du mépris ressenti.

Une flopée de tracteurs, venus des quatre coins du département, s’est réunie devant la Chambre d’agriculture de Vaucluse, à 10h. Le cortège a ensuite remonté jusqu’au centre-ville d’Avignon, pour faire un premier arrêt devant le bâtiment de FranceAgriMer, à 11h30. Les porte-paroles ont interpellé les représentants des services de l’État, qui ne sont pas descendus. Puis ils ont déversés une benne de rafles de raisin, symbole du mépris qu’on leur oppose. « Plus de 15 millions d’euros d’aides OCM viticole sont remontées à Bruxelles, car l’État ne met pas les moyens pour instruire les dossiers par FranceAgriMer ! Cela représente 70 millions d’euros d’investissement perdus pour la filière vitivinicole du pays. Autant de valeur et d’emplois non générés ! » Pierre Saysset, directeur des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, est scandalisé par ce constat.

Les tracteurs, encadrés des forces de police, se sont alors dirigés vers la préfecture de Vaucluse. Là, une délégation est allée à la rencontre du préfet, Bertrand Gaume, qui les a reçus durant plus d’une heure trente. Accompagné d’un représentant de la DDT, ils ont écouté les revendications portées par la porte-parole de la délégation, Sophie Vache, présidente de la FDSEA 84.

« Sauvez-nous ! ».

Pendant ce temps, les manifestants déchargeaient jusqu’à 500 m3 de déchets végétaux et plastiques agricoles, auxquels certains ont mis le feu, ce qui n’était pas prévu, et n’a pas été du goût de tous. La colère semble avoir débordé. Aucun heurt toutefois et aucune dégradation n’ont été à déplorer sur cette manifestation à Avignon. De jeunes agriculteurs ont bâché les grilles de la préfecture, taguant « Un suicide par jour ! Sauvez nous ! » Car c’est le triste constat établi par la MSA. Ces chiffres de 2015 représentent un taux supérieur de 12% à la moyenne nationale. Le film ‘Au nom de la terre’, d’Édouard Bergeon, actuellement en salle, a d’ailleurs le mérite de vouloir contribuer à briser ce tabou. La détresse des agriculteurs est une réalité.

La délégation est enfin ressortie, Sophie Vache et Clément Roux ont fait un retour de leur entrevue aux manifestants. « Nous avons exprimé notre refus de ces pressions incessantes sur nos exploitations, de ces ZNT qui vont encore baisser nos revenus. Le président avait annoncé que l’agriculture serait son premier chantier. Or, nous attendons toujours, nos revenus baissent, et la loi Egalim n’a rien arrangé. Le préfet nous a écoutés. Maintenant, nous attendons que le président nous réponde. Sinon, nous irons à Paris. » Clément Roux, président des JA, a encouragé ses adhérents à témoigner des pratiques vues dans les grandes surfaces qui vont à l’encontre des agriculteurs. Il en a lui-même donné des exemples au préfet, comme cette affiche annonçant que la loi Egalim attribuait 1,7 milliard d’euros. « Le consommateur peut penser que ça va dans nos poches. Or, nous n’en voyons pas la couleur ! » dénonce-t-il.

Tous ont ensuite partagé un pique-nique, puis une partie d’entre eux est allée bâcher les grilles de la cité administrative, abritant la DDT, taguant « Macron, réponds-nous ! ». Le cortège a poursuivi jusque devant la permanence LREM du député Jean-François Cesarini, absent ce jour, dont les grilles ont également été bâchées d’un plastique noir.

Des propositions entendues.

« Il faut du courage politique maintenant ! Nous ne pouvons pas entendre que l’agriculture pollue, lorsque les particules fines feraient 68 000 morts par an, tandis que la MSA rapporte 68 cas dus à une exposition aux produits phytosanitaire, en neuf ans, ce n’est pas audible » déclare Pierre Saysset. Contre l’agribashing, « une convention devrait être signée entre la Chambre d’agriculture, la FDSEA et les JA de Vaucluse, afin d’engager des poursuites en cas de conflits concernant les agriculteurs » annonce d’ailleurs Sophie Vache.

« La surcharge administrative est devenue insupportable au quotidien. Nous sommes plus derrière l’ordinateur que dans les vignes » déplore Pierre Saysset. « Nous avons une quantité incroyable de déclarations à faire : lors de chaque mise en bouteilles, chaque mois, nous devons déclarer ce qu’on produit, ce qu’on vend, à qui on le vend, sans compter nos stocks annuels… Il subsiste un défaut énorme de communication entre les administrations, FranceAgriMer, les douanes, l’INAO… Des simplifications sont possibles si on y met les moyens », décrit Christophe Gualtieri, directeur de la Fédération des caves des vignerons coopérateurs de Vaucluse.

« Le dialogue est nécessaire, c’est dans ce sens que le préfet de Vaucluse a fait ses propositions. D’ailleurs, nous y sommes déjà engagés : nous ouvrons nos portes, nous travaillons en concertation avec les maires et les associations environnementalistes pour des projets Feader, pour la charte de bon voisinage » souligne-t-il. « Les agriculteurs de Vaucluse ont donné au préfet des arguments à faire remonter au ministère », conclut Sophie Vache, qui attend comme ses partenaires professionnels, une réponse forte du président de la République.

Cécile Poulain


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