Main-d’œuvre saisonnière : Quand arriveront les saisonniers ?

Publié le 23 février 2021

Les employeurs de main-d’œuvre saisonnière en Vaucluse, principalement en fraise et melon, attendent impatiemment la dérogation permettant aux contrats OFII Tunisiens de venir pour les récoltes prochaines. (© CP)

Les employeurs de main-d’œuvre saisonnière en Vaucluse, à commencer par les producteurs de fraises et melons, attendent impatiemment la dérogation permettant aux contrats OFII tunisiens de venir pour les récoltes et prochaines plantations.

C’est le début de la saison de mise en place du maraîchage, et bientôt commenceront les récoltes des asperges et des fraises. Pourtant, les saisonniers habituels ne sont pas encore là, la plupart devant arriver de Tunisie. Or, ils y sont bloqués. « L’Europe a en effet décrété que ce pays n’était pas sûr, en octobre, et la France a suivi, en janvier. Dès lors, les touristes et résidents peuvent se déplacer, mais pas les ouvriers saisonniers. Alors, dès le début de l’année, les employeurs maraîchers et arboriculteurs vauclusiens ont fait leur demande habituelle de contrats OFII. Le délai de traitement du dossier d’un mois s’est écoulé, mais ils attendent toujours la mise en œuvre d’un décret de dérogation pour la Tunisie, qui permettrait une arrivée en mars. Nous sommes tous inquiets » résume Philippe Bon, maraîcher à Monteux et vice-président de la FDSEA de Vaucluse. « On est loin de couvrir les besoins en saisonniers. Il en manque un petit millier. Or, le risque est de voir les conditions sanitaires s’aggraver et les gouvernements prendre des mesures restrictives. Certains employeurs ne pourront peut-être pas avoir leurs équipes », prévient Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse.

140 Tunisiens arrivés le 10 février.

Le dernier avion de salariés OFII, arrivé le 10 février, a fourni 140 ouvriers pour le Vaucluse. Puis, par groupe de deux et jusqu’à 25 ouvriers, ils ont rejoint les exploitations. Tous ont été testés négatifs vis-à-vis du Covid-19. De strictes mesures sanitaires sont mises en place (lire ci-contre), y compris sur les exploitations les hébergeant, et les contrôles sont renforcés.

« Nous n’avons pas de plan B ! Car dans la procédure de demande de contrat OFII, nous avons déjà publié une offre d’embauche durant quatre semaines via Pôle emploi. J’ai recruté par ce biais cinq saisonniers locaux, dont certains sont déjà venus l’an dernier » reconnaît Philippe Bon, qui a néanmoins besoin de neuf salariés supplémentaires. Ce maraîcher, qui embauche 55 personnes d’avril à juillet, travaille essentiellement avec des habitués, principalement des Tunisiens qui viennent sur son exploitation depuis 2004. Les nouveaux contrats représentent 5 à 10%. Il produit des fraises au printemps et en été, des semences maraîchères, et l’hiver, de la mâche et des oignons cébettes. C’est surtout pour les cultures de fraises et melons que les Tunisiens sont attendus. « J’ai contacté tous nos députés, le président de la Région Sud, trois secrétaires d’État liés au ministère de l’Agriculture, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Le décret est passé mais, pour l’instant, sa mise en application est bloquée » explique Philippe Bon.

Et cette décision est d’autant plus attendue que de nombreux responsables d’exploitations s’appuient sur un fonctionnement d’embauche deux fois par an, avec une première équipe de saisonniers OFII pour la période de la taille au début des récoltes, puis une seconde, pour le semestre suivant, de la récolte à la taille.

« La filière fraise de Carpentras a l’angoisse de revivre ce qu’elle a vécu l’an dernier. La récolte commence dans quinze jours et nous n’avons toujours pas de réponse » alerte aussi Virginie Fraysse, présidente du Syndicat de la Fraise de Carpentras, reconnaissant sa situation atypique de travailler avec des saisonniers locaux, alors que « la majorité de nos adhérents prennent des OFII ».

Cécile Poulain


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