Logements des saisonniers : Impasses et projets

Publié le 12 juillet 2021

Détachés ou recrutés localement, les saisonniers peuvent travailler jusqu'à six mois sur les exploitations. Des projets de construction et de village dédiés au logement sont en cours dans le Gard et les Bouches-du-Rhône. (©ED)

Les contrôles opérés l'an dernier par les préfectures et l'Inspection du travail suite à des irrégularités avaient refroidi quelques exploitants sanctionnés. La salubrité des lieux et le respect des mesures sanitaires sont d'autant plus scrutés par les autorités et respectées par les employeurs disposant des capacités d'accueil nécessaires.

Après une saison sous tension – entre craintes de clusters et dépistages des salariés inquiets, sans compter les fermetures administratives sanctionnant des exploitations hébergeant les travailleurs saisonniers, détachés ou sédentarisés –, les employeurs logeurs restent vigilants. Les arrêtés de fermeture d'exploitations dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et le Vaucluse, en pleine crise de Covid-19 l'été dernier, pour cause de conditions d'insalubrité jugées indignes, de non-respect des normes et des règles d'urbanisme, ressemblaient à une démonstration de force, pour tenter d'atteindre la société espagnole Terra Fecundis, selon certains agriculteurs (lire ci-dessus)

Qu'ils soient résidents ou étrangers détachés, les saisonniers logés sur les exploitations ne sont pas lâchés en pleine nature. Dans le cadre des conventions OFII, le protocole établi avec les préfectures, l'ARS et la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) et l'exploitant, prévoit un suivi des entrées sur le sol français. "La préfecture sait où ils sont hébergés et qui les emploie", indique Laurence Biscaylet, directrice de la FDSEA du Gard. "Certains logent sur place, et d'autres dans leurs familles." Des contrôles inopinés de la MSA ou de la Direccte peuvent aussi survenir pendant la campagne.

Par leurs propres moyens

Dans le Vaucluse, les saisonniers marocains et tunisiens viennent "majoritairement dans leurs familles", observe le directeur de la FDSEA, Luc Dumont. Déjà contraignantes, les mesures de logement ont été renforcées par les protocoles sanitaires.

Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, la FDSEA n’assiste pas les producteurs dans l’organisation du logement des saisonniers agricoles. Ici comme ailleurs, on constate une concurrence avec le secteur de l’hôtellerie-restauration pour l’emploi saisonnier. La tendance va donc vers une difficulté accentuée pour compléter les effectifs nécessaires aux exploitants. "De moins en moins d’exploitations logent à présent les saisonniers", explique Céline Vila-Camgrand, responsable emploi de la FDSEA 66 et agricultrice à Saint-Cyprien. La directrice, Nathalie Capillaire, valide ce constat, expliquant que les responsabilités liées à la crise Covid et aux normes de sécurité des logements destinés aux saisonniers ont conduit les exploitants à abandonner les formules intégrant le logement au sein de l’exploitation. La FDSEA 66 a mis en place deux groupements d’employeurs, dont un exclusivement dédié à l’emploi saisonnier. Il permet de faciliter l’accès à la main-d’œuvre disponible pour les exploitants, et offre aux salariés la possibilité d’enchaîner les contrats au sein d’exploitations aux besoins différents.

Une idée de village pour saisonniers à creuser

Pour parer aux règles d'urbanisme pas adaptées aux besoins agricoles, des pistes sont à l'étude. Les bungalows et autres véhicules légers n'ont pas vocation à stationner plus de trois mois, alors que les contrats peuvent s'étendre sur six mois. Après un sondage auprès des arboriculteurs, la FDSEA 30 réfléchit à un projet de "village de saisonniers", sur un modèle encore à définir. Camping, terres en portage ou avec l'accord d'une collectivité, le site servirait à loger les saisonniers "une partie de l'année, et le reste du temps pourrait être une solution de repli, en cas de coups durs ou d'aléas climatiques", avance Laurence Biscaylet. Certains points seront à éclaircir, notamment concernant la mobilité des travailleurs sans permis ni véhicule pour se rendre sur l'exploitation. Mais l'idée commence à germer. "Ça serait encadré par validation de la Direccte. Cela s'est déjà fait dans le secteur du BTP", explique la directrice.

Les homologues des Bouches-du-Rhône ont lancé une étude avec la Chambre d'agriculture, le Département et la DDTM pour trouver une alternative. "En raison des PLU (Plans locaux d'urbanisme, ndlr) restrictifs, même lorsque les exploitants veulent faire construire, ils ne peuvent pas", atteste Isabelle Giordano, directrice de la FDSEA 13. À défaut d'une piste collective, l'étude en cours doit recenser les manques et les besoins en construction, "à voir avec les bailleurs", le cas échéant.

 

Philippe Douteau et Olivier Bazalge


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