Les pépiniéristes, inquiets mais combatifs

Publié le 21 novembre 2022

L'assemblée générale du Syndicat des pépiniéristes de Vaucluse s'est tenue le 8 novembre dernier, à Camaret-sur-Aigues. (GE)

Après l’année “compliquée” qu’ils viennent de vivre, les pépiniéristes vauclusiens ont fait le point sur l’actualité du syndicat départemental, marquée par la montée en puissance de la marque Vitipep’s, mais aussi des verrous réglementaires toujours bien présents.

La pépinière viticole vauclusienne était présente en force, le 8 novembre dernier à Camaret-sur-Aigues, répondant ainsi à l’invitation du Syndicat de la pépinière viticole de Vaucluse, présidée par Giovanni Varelli, également président de la marque Vitipep’s, lancée il y a quelques années désormais par la Fédération nationale de la pépinière viticole (FFPV)1. Il faut dire qu’après l’année “compliquée” qu’ils venaient de vivre, les pépiniéristes avaient à cœur de se retrouver et aborder les défis, nombreux, que la filière doit affronter. “Économiquement, entre la guerre en Ukraine, l’augmentation des matières premières et l’inflation, nous savons qu’il nous faut augmenter le prix de nos plants d’environ 20 %, juste pour couvrir ces charges supplémentaires de nos coûts fixes.” Entrant immédiatement dans le vif du sujet dès les premiers mots de son rapport moral, Giovanni Varelli souligne également la résilience de la filière, malgré le dérèglement climatique, une fois encore particulièrement impactée cette année, en ayant une pensée pour ses collègues touchés par des épisodes de grêle, notamment en Savoie – la région accueillait le congrès de la FFPV en octobre dernier – le 5 juin dernier. “Il est clair que nous ne pouvons plus exercer notre métier sans avoir une couverture assurance sur ces pertes liées au climat”, a-t-il martelé, faisant ainsi écho aux propos de son président, David Amblevert. La pépinière française a en effet demandé à être rattachée à la viticulture dans le nouveau dispositif d’assurance, “et nous sommes en train de négocier un contrat”, confiait le président vauclusien.

Variétés et renouvellement

L’année 2022 a été dense et riche pour la pépinière vauclusienne, avec la poursuite de la montée en puissance des mises à disposition des variétés Resdur I. “Cette année, cinq nouvelles variétés Resdur ont été agréées : trois en rouge, avec Coliris, Lilaro et Sirano ; et deux en blanc avec Sélinor et Opalor. Comme lors de l’agrément des quatre Resdur I (Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis, ndlr), nous allons mettre en place avec l’Institut français de la vigne et du vin, la même diffusion rapide”. Concrètement, après déclassement en standard et éligibles à la prime à la restructuration, ces variétés seront diffusées pour chaque adhérent de la FFPV afin d’ accélérer la procédure de multiplication et de mettre le plus rapidement possible ces plants à disposition des vignerons.

Par ailleurs, comme d’autres pans agricoles, la filière connaît des problèmes de renouvellement de générations. “Nous nous sommes battus pour mettre en place la formation de technicien pépiniériste viticole au Domaine de Richemont, en Charentes. Or, aujourd’hui, elle manque de candidats. Il nous faut la pérenniser, cela ne dépend que de nous”, lançait le président.

Toujours des incertitudes réglementaires

Sujet de crispation, le nouvel arrêté flavescence dorée n’est toujours pas sorti, alors qu’il était annoncé pour septembre 2022. De fait, “le recours déposé en Conseil d’État est donc toujours actif”, notait Giovanni Varelli, précisant que la FFPV était en attente d’un retour de l’administration à ce sujet.

Concernant les traitements à l’eau chaude, des échanges sont en cours avec les autorités compétentes concernant la tolérance accordée par le ministère de l’Agriculture au couple officiel temps/température du traitement à l’eau chaude. Le ministère a auditionné l’ensemble des acteurs de la filière ces derniers mois et doit rendre son rapport. Sur le sujet, lors du congrès de la FFPV, les pépiniéristes ont rappelé que “la France était aujourd’hui le pays le plus équipé en matière de nombre de machines à traitement à eau chaude, avec plus de 60 stations agréées par FranceAgriMer sur le territoire national, avec une fiabilité et une performance des équipements garantissant une traçabilité totale”. En attendant, pour déclarer les traitements à l’eau chaude obligatoire – et ainsi avoir accès au passeport phytosanitaire européen –, FranceAgriMer va ouvrir, dès décembre prochain, une nouvelle rubrique sur son portail internet.

S’adressant aux responsables de la structure présents – Virginie Bouvard, cheffe de service régional de FranceAgriMer, et Jean-Yves Cothenet, chargé de mission à la Draaf Paca –, le président du Syndicat a rappelé la demande émise par la FFPV d’un délai supplémentaire de quatre ans “pour que nous ayons le temps de former nos employés, mais aussi de s’organiser pour la mise en place de la surveillance nécessaire à la déclaration des taux de reprise et d’anomalies variétales” (actuellement, cette déclaration d’actes de reprise des plants se fait sur la base du volontariat, ndlr). Pour rappel, cette surveillance était jusque-là facultative et gérée par FranceAgriMer qui, il y a deux ans, a annoncé vouloir la rendre obligatoire, tout en transférant cette mission de certification aux professionnels, avec notamment les contrôles ampélographiques.

Après la présentation des comptes et de la “bonne santé du syndicat” par Pierre Millet, son trésorier, des points d’actualités et de la nouvelle OCM Viticole par Virginie Bouvard, des statistiques de la pépinière viticole dans le bassin Vallée du Rhône Provence par Jean-Yves Cothenet, et du bilan prospection par la Fredon Paca, Giovanni Varelli a annoncé “reconduire pour un an” sa présidence, “vu le nombre impressionnant de candidatures pour me remplacer”. Mais sa lettre de démission sera effective courant décembre. “Le Syndicat a un an de plus pour trouver son président, mais nous resterons avec Pierre (Millet) au bureau pour accompagner la nouvelle équipe.” Avec la montée en puissance de Vitipep’s, gérer les deux missions n’est plus possible pour le pépiniériste de Monteux.

Céline Zambujo


Viticulture