Les belles pensées de la famille Maurizot Demeinex

Publié le 31 octobre 2022

En juin prochain, l’exploitation accueillera le fils de Marie Demeneix, au centre (PN)

Une petite exploitation familiale, dans un village perché du Vaucluse. Une passion pour une fleur, la pensée. Une capacité à surmonter les crises, climatologiques autant que sanitaires. Voilà la formule magique de la famille Maurizot Demeneix.

C’est un joli mas, sur la route montant jusqu’au Beaucet. Un panneau signalétique indique un chemin d’accès à l’exploitation, avec un double nom affiché fièrement ‘Pépinières Maurizot Dememeix’, qui résume à lui seul l’histoire de cette belle entreprise agricole, autant que le projet.

Car c’est bien une exploitation familiale, disons même une histoire de famille, comme l’explique Jean-Paul Maurizot. “C’était un petit jardin potager, avec un verger de cerisiers, qui appartenait à mes grands-parents. Mes parents étaient horticulteurs à Carpentras. Ils faisaient essentiellement des plants potagers.” Il travaille avec eux durant une décennie, après le collège. “Je n’avais pas envie de poursuivre mes études, je voulais être paysan, et ça, ça s’apprenait à cette époque-là en ayant les mains dans la terre et les fesses
en l’air !
” Ni une, ni deux, il demande à ses grands-parents l’autorisation d’exploiter en horticulture les quelques ares autour de leur ferme du Beaucet. “J’avais envie de faire les choses à ma façon”, commente-t-il sobrement.

Le choc de Nîmes

Jean-Paul Maurizot vend alors sa production sur le marché de Carpentras, le vendredi, et sur celui de Nîmes. Mais la terrible inondation du 3 octobre 1988 dans la ville romaine va changer la donne : “J’ai perdu tout mon étal, ma production et mon camion. Ça m’a marqué de voir cette ville profondément dévastée… C’était éprouvant”.

Malgré le choc, il faut “s’adapter”, maître-verbe des petites entreprises agricoles. “Comme le marché de Nîmes n’allait pas reprendre avant six mois, j’ai décidé d’aller vendre mes produits sur le marché horticole professionnel de Carpentras.” Ce marché professionnel se tient le vendredi matin, de 4 heures à 7 heures. Son épouse prend alors le relais sur le marché de Carpentras, sous les platanes. Avant que Marie, leur fille, ne fasse un choix radical en 2013.

Le choix de la filiation

J’ai fait des études dans l’idée d’être professeur. Et finalement, ça ne m’a pas trop plu.” Mais entre temps, elle rencontre son mari, alors dans la restauration. “Nous avons ouvert notre restaurant, et pendant quelques années j’ai travaillé dans ce domaine.” Elle s’arrête toutefois le temps de la grossesse de leurs jumeaux. “Je suis venue me poser chez mes parents à ce moment là. Je les aidais, et j’ai pris goût à ce métier d’horticultrice et de floricultrice.”

Quand vient le temps de reprendre une activité professionnelle, elle décide de changer son fusil d’épaule. “J’ai décidé de prendre la suite de mon père, qui partait à la retraite. Je n’ai jamais regretté ce choix”, résume-t-elle tout aussi sobrement que son père.

Elle peut paraître fragile, Marie
Demeinex, mais elle ne l’est en aucun cas. La détermination qui émane de ses yeux est sans ambiguïté : elle est exploitante agricole, et elle veut préserver autant son exploitation que sa famille.

La remise en question du Covid

Mais comme beaucoup d’autres entreprises agricoles, la crise sanitaire du Covid 19 les amène à faire évoluer les choses. “Au printemps 2020, nos jardins sont pleins à craquer, mais il nous est interdit de vendre nos produits sur les différents marchés, tant particuliers que professionnels. Nous étions fous ! Je me suis dit que c’était la fin de cette exploitation familiale.” Passé le moment d’abattement, elle se retrousse les manches avec sa famille et commence par créer un compte Facebook. “Puis, nous avons mis en place un système de livraison, qui a bien marché. Alors on s’est dit qu’on allait aussi faire un drive, notamment pour les plants potagers.”

Et, surprise, la clientèle répond favorablement et les horticulteurs apprécient également ce changement. “Nous nous sommes aperçus que c’était agréable de recevoir les gens dans l’exploitation, de pouvoir aussi leur montrer comment nous travaillions. On a donc fait deux saisons comme ça, de manière un peu improvisée.” Puis, Marie décide de franchir un pas supplémentaire :  “J’ai vendu ma maison pour pouvoir acheter un morceau de terre à côté de la ferme et y construire une serre. Je ne voulais pas emprunter dans le contexte actuel”.

Nouveaux rythmes, nouvelles gammes

Nous venons d’ouvrir au public, depuis le 26 septembre, l’après-midi du lundi au mercredi, toute la journée le jeudi et le vendredi, et le samedi matin. Nos clients ont bien compris qu’ils venaient ‘chez nous’, et je trouve qu’ils sont très respectueux”, commente Marie. “Ce changement de stratégie n’a pas fait évoluer notre production en quantité. En revanche, nous avons augmenté notre gamme, notamment sur les vivaces et les plants potagers

L’avenir de l’exploitation, c’est l’arrivée de Théo, l’un des jumeaux de Marie : “En 2020, il m’a dit :”Je veux faire ce métier“. Il s’est orienté vers un bac pro horticulture, réalisé au Campus Louis Giraud, à Carpentras-Serre”.

En juin prochain, quand il aura fini, il rentrera dans l’exploitation. Une arrivée qui se fera naturellement et tout en douceur, d’autant  qu’il partage une passion pour le sport avec son grand-père ! Lequel grand-père affiche un large sourire : “Tout est dans une continuité de plaisirs et de bonheurs quotidiens partagés”. Voilà. C’est simple la vie en réalité… 

Pierre Nicolas, CLP


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