Le jour d’après : Agir vite et bien !

Publié le 11 mai 2021

Les commission d'enquête se déploient sur le terrain, pour évaluer les pertes chez les producteurs (© CZ)

Pas tout à fait terminée dans les vergers français, la terrible épreuve vécue par les producteurs de fruits appelle une action rapide et coordonnée. Elle doit aussi répondre aux besoins de la première mise en marché, et permettre de se projeter sereinement face au changement climatique.

Le long et fort épisode de gel de ce mois d’avril 2021 – qui a fortement impacté la plupart des filières fruitières – menace aussi de déséquilibrer tout un secteur économique. Les représentants professionnels français, qui ont livré un premier état des lieux, appellent des réponses rapides et à la hauteur de la situation. Mais en matière de protection des vergers, il faut aussi rapidement songer à demain.

"Les producteurs sont tous sous le choc. On a vécu dans le Sud-Ouest un printemps comme jamais depuis 1991. Et encore, cette année-là, l’épisode de gel fut très localisé", lance Françoise Roch, productrice de raisin de table dans le Tarn-et-Garonne et présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits.

Pour ce qui est de la filière raisin de table, "il est encore trop tôt pour le dire, mais les dégâts avoisineraient chez nous sur raisin de table 25 % de pertes. En vigne on a la chance d’avoir un contre bourgeon un peu productif. Il faut donc attendre un peu pour se prononcer. Mais dans le secteur du Ventoux la situation est dramatique". Sur kiwi, c’est aussi trop tôt et les producteurs sont aussi plus habitués à protéger leurs cultures. "Mais nous avons des retours de régions très touchées, d’Ariège ou de la Vallée du Rhône en général où les producteurs de fruits à noyaux mais aussi à coques ont subi de lourds dégâts", commente la responsable.

Les menaces d’autres épisodes de gel sur les cultures ne sont pas écartées pour autant. "Les inquiétudes sur les gelées se vivent encore quotidiennement. À ce jour, près d’un mois après le premier épisode, la situation est très irrégulière sur la prune suivant les régions. Mais il resterait malgré tout 50 % à 60 % de prunes françaises à récolter et à commercialiser cet été sur un volume habituel qui se situe aux environs de 50 000 tonnes", indique Joël Boyer, président de l’AOP nationale Prune.

Toute une chaîne d’acteurs menacée

Le producteur de Moissac insiste sur les conséquences plus larges qu’il faut absolument prendre en compte sous peine de mettre en péril tout un pan de l’économie agricole dans les régions. "Au-delà des producteurs, les stations de conditionnement, les entreprises de commercialisation, les coopératives et les expéditeurs vont avoir besoin d’être soutenus." Même son de cloche chez Bruno Darnaud, président de la gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel) et de l’AOP pêche et abricot de France. "Les commissions d’enquêtes se déploient sur le terrain pour évaluer les pertes chez les producteurs. Mais les structures comme les stations qui ont des charges fixes ne doivent pas être oubliées. En Auvergne Rhône-Alpes le dispositif de soutien de 15 millions d’euros annoncé il y a quelques jours doit impérativement être articulé sur toute la filière", insiste-t-il.

Sur fruits à pépins, "cette année la floraison était très abondante sur toutes les variétés dans toutes les régions. La première floraison a été très largement détruite. Nous ne sommes pas encore en mesure d’évaluer les dégâts, mais 4 semaines après, nos espoirs d’avoir plus de volumes sont plus importants", commente Daniel Sauvaitre président de l’Association nationale pomme et poire. Le producteur reste prudent pour autant. "Sur l’éclaircissage on se prépare à avoir beaucoup de travail manuel. Mais en termes qualitatifs, les doutes restent très importants. On y commencera à y voir clair à partir du mois de juin."

Ne plus éluder la question du stockage de l’eau

Et concernant la protection des vergers, Daniel Sauvaitre souligne que sur fruit à pépins, "même les producteurs habitués et rompus à la lutte contre le gel, ont pu se faire avoir cette année. Quoi qu’il en soit, le seul moyen qui s’est avéré efficace quand il a été bien maîtrisé avec des températures très basses, c’est la couverture par aspersion. Mais cela signifie que, pour augmenter notre capacité à protéger nos vergers contre le gel, nous puissions stocker l’eau". Un levier repris par tous les représentants professionnels, y compris du côté des autorités de l’État. "Il faut maintenant aller très vite vers la protection des vergers et ne plus tergiverser sur la nécessité de déployer des réserves d’eau sur le territoire", martèle Patrick Trillon, président du Conseil spécialisé 'Fruits et légumes' de FranceAgriMer. Ce dernier appelle aussi à renforcer les dispositifs qui pourront être adoptés pour soutenir l’arboriculture, comme "la rénovation verger", "l’expérimentation", et à "consolider la mesure ‘aléas climatique’ du Plan de relance, car le niveau financier des enjeux dans notre filière et ne sont plus en cohérence avec la réalité du schéma proposé aujourd’hui".

Des doléances qui devraient être rapidement transmises au coordinateur du plan gel, qui a la lourde tâche de mettre en œuvre l’enveloppe d’un milliard d’euros, annoncée par le Premier ministre, Jean Castex.

 

Emmanuel Delarue


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