Lagarde-d’Apt : Les Fra, la lavande en famille

Publié le 09 août 2021

Christine et Lionel Fra, défenseurs d’une lavande fine bio. (© PN)

À Lagarde-d’Apt, les Fra, c’est toute une histoire. Militants de la lavande fine bio, ils portent l’histoire d’une famille de travailleurs acharnés, soucieux de toujours faire mieux. Aujourd'hui, la 7e génération est aux commandes.

C’est un nom bien connu dans le petit monde de la lavande. Parce que Lionel Fra a été le fondateur de l'Association des producteurs de l’appellation lavande (Apal). Parce que sa femme, Christine – en charge notamment de la commercialisation des huiles essentielles produites à partir de leur lavande – ne manque jamais ni de temps, ni de pédagogie, pour rappeler les différences entre lavande fine, lavande clonée et lavandin. Enfin, parce que leur fille, Marie, a développé un joli projet de découverte de la lavande en calèche, depuis deux ans.

Mais c’est aussi une famille ancrée dans le temps et dans un pays, ici, à 1 100 mètres d’altitude. C'est à quelques kilomètres de l’entrée du village de Lagarde-d'Apt – autour de deux belles fermes : 'Les Grangions', située au bord de la route, où vivent leur fille et son mari ; et la 'Grande Bastide', plus haut, au bout de quelque deux kilomètres de chemin sinueux, longeant en partie le champ de capteur photovoltaïque – qu’ils poursuivent une histoire familiale depuis le XIXe siècle.

Pionniers du bio

L’histoire de la famille commence en 1880, avec le patriarche, Jean-Baptiste, qui fauchait la lavande fine sauvage à la main, et la distillait sur place, à l’aide d’un alambic mobile. En 1910, il s’installe à 'La Grande Bastide' et, dix ans plus tard, il y construit une distillerie fixe. Son fils, Fernand, prend alors le relais, et commence à commercialiser l’huile auprès des parfumeurs de Grasse.

Mais c’est son beau-fils, Paul Fra, venu du Piémont italien, qui va donner un virage décisif à l’exploitation, en 1960, en achetant un tracteur. "Du coup", explique son petit-fils Lionel, "cultiver les landes devenait possible : jusque-là, on ne travaillait que les vallons, qui étaient enherbés". Qui dit moins d’herbes, dit possibilité de passer à une culture biologique. Un pas que franchira son père, Maurice, en 1976. Il en passera également une nouvelle étape décisive, en créant sa propre marque, 'Lavande 1 100', pour revendiquer la qualité de sa lavande fine, et la commercialiser en vente directe.

Virages et engagements

Vingt ans après, son fils, Lionel, et son épouse, Christine, prennent à leur tour le relais, agrandissent l’exploitation en achetant 'Les Grangions' et ses 70 hectares de terres. L’idée est simple : Lionel, c’est la lavande ; Christine, l’élevage des moutons, développé par le grand-père, Paul. Mais en 2012, une violente attaque de loup décime 10 % du troupeau. "Les brebis ne voulaient plus sortir de leur étable", se souvient Christine. "Je me suis dit qu’il fallait passer à autre chose. La première conséquence, c’est qu’en novembre 2012 on a pu, pour la première fois de notre vie, partir en vacances !" Ce que, jusque-là, l’élevage rendait impossible.

Mais Christine n’est pas genre de femme à rester sans occupation. Elle développe alors la petite société 'L’or des lavandes', qui commercialise les produits issus des distillats de leurs lavandes, mais fait aussi un perpétuel travail d’information - ou plutôt de ré-information – sur la lavande fine, sur l’AOP Lavande, les nombreuses menaces qui pèse au jour le jour sur les producteurs de lavande fine bio.

Une récolte 2021 en demi-teinte

Des menaces qui ont amené très tôt Lionel Fra a s’investir dans la promotion et la défense d’une lavande de qualité. Il rejoint ainsi les créateurs de l’AOP 'Huile essentielle de lavande de Haute-Provence', avant qu'elle ne devienne, en 1994, l’Association des producteurs d’AOP Lavande (Apal). Une fonction qui l’amènera à entrer par la suite à l’INAO.

Mais, depuis le 23 juillet, la vie de la famille Fra tout entière se passe dans les rangs de lavande. La campagne 2021 ne s’annonce pas formidable, comme le reconnaît Christine. "Le gel nous a fait beaucoup de mal, comme tout le monde. Les champs sont tristounets, avec assez peu de fleurs, parfois même l’herbe passe au-dessus. Les jeunes plants s’en sortent un peu mieux et surtout, heureusement, qu’il y a eu les pluies de juin. Car sinon, ça aurait vraiment été une année très dure pour les producteurs du plateau d’Albion." Cependant, en indéfectible combattante qu’elle est – et en fine connaisseuse des aléas d’une nature qui, au final, ne se laisse prédire par personne – elle conclut, dans un demi-sourire : "Mais on ne peut jamais savoir. Pour l’instant, on est pessimiste. Dans la vraie vie, les choses ne se passent jamais comme sur les prévisions des ordinateurs !"

Malgré ces aléas, l’engagement de Lionel et Christine se poursuit avec la 7e génération car leur fille, Marie – qui propose, à la belle saison, des balades en calèche pour découvrir l’exploitation – prend désormais le relais, sensibilisant les visiteurs à toutes les richesses – et les difficultés - de la lavande fine.

Pierre Nicolas, CLP


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