Lafare : l’esprit bistrot, l’amour du pays

Publié le 27 juin 2022

“Cela faisait trente ans que je travaillais dans les vignes, et que je faisais des repas à l’occasion des vendanges”, explique Maria Godeau. (PN)

Lieu d’accueil, de convivialité, de restauration, les 'Bistrots de pays' sont aussi de formidables outils de promotion des richesses agricoles. Parmi les huit structures certifiées en Vaucluse, zoom sur celui de Lafare, tenu par Maria Godeau et son époux, Cyril.

Dans les plus petites communes, les commerces sont bien plus que des entreprises. Et parmi eux, les bistrots et restaurants peuvent même avoir un rôle dans le développement local : lieu d’accueil, d’information, de services… En plus d’être l’endroit où l’on peut se nourrir et se désaltérer, ces commerces de proximité sont devenus, depuis 30 ans, un véritable enjeu pour le monde rural.

C’est en 1992 que le Syndicat intercommunal à vocation multiple (Sivom) du Pays de Forcalquier et de la Montagne de Lure (Alpes de Haute-Provence) lance le projet 'Bistrots de pays'. L’idée : implanter, dans les communes de moins de 2000 habitants, de petits restaurants de proximité, proposant d'une part, une carte basée sur les produits du terroir, et d'autre part, une activité de service et d’accueil. Installés dans des bâtiments appartenant aux communes, et mis en gérance a des tarifs plus que raisonnables, ces petits commerces ont avant tout vocation à redonner de la vie aux villages.

Un an plus tard, les 'Bistrots de pays' sont une marque déposée, et le 'Café de la lavande', à Lardiers, est le premier des bistrots de pays français. Aujourd’hui, plus de 2000 bistrots de pays font vivre le monde rural, dans 10 des 13 régions de France. Et, même si la crise du Covid a été fatale à certains d’entre eux, les bistrots de pays continuent vaille que vaille à poursuivre leur chemin.

Huit bistrots dans le Vaucluse

Dans le Vaucluse, huit bistrots de pays sont déjà implantés. Le mécanisme a toujours été le même : à l’initiative, une équipe municipale, soucieuse de préserver la vie locale, mais aussi, bien souvent, de valoriser les productions agricoles locales. En relais, une structure de coopération intercommunale, ou un Parc naturel régional. Et, pour la validation, la Fédération nationale des bistrots de pays, qui accompagne également les gérants dans le pilotage de leurs projets.

L’histoire du 'Bistrot de pays' de Lafare est une bonne illustration de cette idée simple et fonctionnelle. C’est le précédent maire de la commune, Jean-Paul Anrès, qui avait défendu avec son équipe l’idée de créer un équipement de ce genre. Les locaux sont aménagés juste à côté de la salle polyvalente, à proximité d’un parking ombragé, à l’entrée du village. Un couple de gérant, Frédéric et Corinne Marty, sera  les premiers gérants du lieu. Après avoir réussi un lancement parfait et construit une belle réputation, ils décident de quitter la région, et passent le relais à Maria et Cyril Godeau. "Cela faisait trente ans que je travaillais dans les vignes, et que je faisais des repas à l’occasion des vendanges, de la récolte des cerises, de l’abricot… l’ancien maire de Lafare, Jean-Paul Anrès, qui savait que les gérants du bistrot allaient partir, m’a demandé si ça ne m’intéresserait pas de prendre la suite. J’en ai parlé avec mon mari, Cyril, on a réfléchi, et on a dit banco" raconte Maria.

Du pays au Pays

Le démarrage ne sera pourtant pas simple, puisque la date officielle de reprise de la gérance a été fixée au… 18 mars 2020, soit le lendemain de la mise en place du premier confinement. C’est donc le 9 juin de la même année que Maria et Cyril font leur baptême du feu. Et le succès est immédiatement au rendez-vous. Grâce à une cuisine savoureuse et sans chichis, réalisés à base de produits locaux en grande partie. À l’exception, bien sûr, de la morue et des poulpes. Car Maria est d’origine portugaise : et elle a une envie irrépressible de faire partager la richesse et la subtilité de la gastronomie de son pays natal.

"Je me suis inquiétée, au début, je me disais que ce n’était pas bien local, le Portugal. Et puis un jour il y a eu un monsieur de la Fédération nationale qui est venu pour savoir s'ils nous donnaient leur agrément. Je lui avais fait ma 'Morue façon Maria', avec des pommes de terre au four d’ici, des tomates et des oignons d’ici, et certaines épices bien précises qui sont mon secret. Il a tout mangé sans dire un mot, et à la fin du repas, il m’a dit : "Surtout, ne retirez pas cette recette de votre carte". Et je l'ai bien entendu écouté !" Comme quoi le mot 'pays' n’est pas forcément le signe d’un enfermement localisé.

Aujourd’hui, le Bistrot de Lafare fait travailler quatre personnes. Il s’approvisionne auprès de vignerons, de maraîchers et de fromagers locaux. Il informe autant que faire se peut les visiteurs, et il propose régulièrement des soirées musicales. La prochaine aura lieu le 2 juillet, et sera consacrée… au Fado, ce "blues portugais" qui fait si belle part aux voix. Alors, en route pour Lafare !

Pierre Nicolas, CLP


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