Lafare : à cheval entre le travail de la vigne et la passion équine

Publié le 14 mars 2022

"La viticulture c’est mon travail ; le centre, c’est ma passion", rappelle Perrine Anrès. (© ML)

Perrine Anrès aime son travail à la vigne. Mais ce qu’elle aime encore plus, c’est l’équitation et être auprès de chevaux. Refusant de choisir, elle a monté – parallèlement à son installation en viticulture – un centre équestre, au cœur des Dentelles de Montmirail, en 2012. Récompensée par le prix Jeune 2020 de l’Amoma 84, elle manie travail et passion au jour le jour avec sérieux et passion.

L’agriculture, chez les Anrès, c’est une affaire de famille. D’abord, il y a eu des abricotiers, puis la vigne a gagné du terrain. Perrine reprend le flambeau familial dès 2012, et s’occupe aujourd’hui de 15 hectares situés à Aubignan, Beaumes-de-Venise, Lafare et La Roque-Alric. Des parcelles dont elle apporte le raisin à la cave coopérative de Beaumes-de-Venise pour vinifier en cru, en muscat et en Ventoux rosé.

Peu intéressée par l’œnologie lors de son parcours scolaire au lycée agricole Louis Giraud à Serres-Carpentras, et admettant que le bac pro ne s’appuyait que sur le côté équestre, Perrine opte finalement pour un bac technologique, entre production animale et végétale. "C’est un diplôme un peu touche à tout", qui correspond finalement bien à son désir de connaître les différentes facettes de ce milieu agricole qu’elle affectionne tant, et qui lui permet de travailler dehors, une évidence pour la trentenaire. Elle complète sa scolarité par un brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (BPJEPS), afin de pouvoir encadrer les activités du centre équestre qu’elle monte en 2012, la même année où elle s’installe en viticulture.

"Il a fallu convaincre mon grand-père. Il travaillait dans les vignes avec des chevaux donc il me disait : "Ah non, on ne revient pas là-dedans". Pour moi, ce n’est pas du tout l’objectif : on manquait d’un centre équestre pour faire des balades dans les Dentelles." Son statut de viticultrice a également facilité les choses pour passer dans les vignes de ses voisins, pour les balades à cheval. Elle s’installe sur un gros hectare et demi classé en forêt qui appartenait à son père, seule solution envisageable dans le coin : "C’était plus simple de faire ça, la plupart des terres ici sont en cru. Ça n’aurait pas été rentable de les convertir pour le centre". Les 'Écuries de Véla' étaient nées.

Des chevaux aux passés parfois compliqués

En 2012, il n’était pas question de donner des cours. Si les choses ont changé sur ce point depuis 2012 – car Perrine accueille finalement bien une trentaine de cavaliers et cavalières de tous âges les mercredis et samedis pour les cours, élèves qu’elle emmène aussi en concours les dimanches – l’idée première était toute autre. "Je voulais récupérer des chevaux qui avaient un passif, sans proposer de cours." Via des contacts, elle a repéré des chevaux qui méritaient toute l’attention du monde. Bêtes maltraitées ou encore promises à l’abattoir, Perrine Anrès s’est faite fervente défenseure de ces animaux. Parmi eux, Véla, qui a donné son nom au centre. "C’était un cheval qui, à la suite de maltraitances, s’était retrouvé avec un trauma crânien qui générait des crises d’épilepsie. Ça a été très difficile, d’autant plus qu’on s’était attachés à elle", explique la jeune femme. Après cette expérience, elle s’est "calmée" avec les chevaux maltraités, selon des propres dires, mais continue d’en accueillir et achète également des chevaux sauvages, dont tout le dressage reste à faire. "Ce n’est pas facile, mais ça permet d’accéder à certaines bêtes, surtout quand on a de petit moyen comme ici".

Ils ont tout à apprendre, "mais on leur fait comprendre qu’ils ont le temps. Par exemple, il y en a un qui a neuf ans et qui a été étranglé par son ancien propriétaire lorsqu’il souhaitait lui passer le licol. On ne monte toujours pas dessus, mais on a le temps". Une question de confiance à retrouver, qui motive autant la propriétaire des 'Écuries de Véla' que ses élèves. "Il y a des bêtes dont on disait que personne ne voulait, mais qui avec le temps ont pu tisser un lien avec l’homme", poursuit Perrine Anrès. Parmi les derniers arrivants, cinq chevaux sauvages, dont une jument pleine. "On nous avait dit que le mâle était castré, mais en fait il était juste jeune et ce n’était pas descendu. Alors voilà, quand on l’a découvert c’était trop tard", sourit l’agricultrice qui accueillera ainsi son premier poulain en dix ans.

Finalement, le centre s’est agrandi, accueillant 27 chevaux, dont 20 lui appartenant. "La mairie de Lafare nous a mis à disposition un petit terrain en contrebas, que nous louons maintenant, ce qui nous fait à peu près deux hectares aujourd’hui. Sans cet espace, tout ça n’aurait pas été possible", précise la jeune femme. D’autant plus que ses chevaux n’aiment pas être enfermés : "Il y a quatre box au cas où, mais ils y vont peu. Si besoin, il y a les couvertures à disposition".

Manier la bi-activité avec brio

"La viticulture c’est mon travail ; le centre, c’est ma passion", rappelle-t-elle. Ce qu’elle gagne avec les cours et balades est directement réinjecté dans le centre équestre, notamment dans l’achat de foin chez un producteur montilien. C’est dans ses vignes que Perrine passe le plus clair de son temps. Les lundis, mardis, jeudis et vendredis – si elle passe évidemment nourrir les chevaux et poneys – elle est majoritairement dans ses parcelles. En ce moment, pour l’accompagner, un saisonnier lui vient en aide pour la taille, encore en cours car plus tardive sur certaines parcelles : "L’année dernière ça a gelé, même s’il faut relativiser par rapport à d’autres. Mais, de fait, les parcelles qui ont été touchées l’année dernière sont taillées plus tard, on essaie d’adapter les techniques". Pour les vendanges elle s’accompagne de quelques bras supplémentaires, surtout lorsqu’elles débutent tôt. "Quand on doit commencer la récolte alors que les vacances ne sont pas terminées, le travail à la vigne se superpose avec celui du centre et les balades". Au final, la jeune femme est satisfaite : "La balance se fait plutôt bien".

Elle peut aussi compter sur son apprentie au centre qui s’occupe de tout avec elle, et un peu de la comptabilité. "Ce n’est pas facile l’apprentissage : ils n’ont pas beaucoup de droits, et certains jeunes ont des difficultés à trouver un maître d’apprentissage". Perrine Anrès n’a pas hésité une seconde, poussée par l’envie de transmettre son expérience, quand bien même cela peut être compliqué par sa bi-activité. "Elle est là depuis trois ans maintenant. C’était une cavalière du centre qui connaissait les spécificités de mon activité et avait aussi envie de découvrir la vigne". Ce qui n’est en revanche pas le cas de tous, et Perrine n’a pas le droit de laisser les mineurs seuls sur le centre. Pour cette raison, elle a décidé d’accueillir dès l’année prochaine un apprenti ATE (Accompagnateur tourisme équestre) qui lui pourra rester seul et se dévouer pleinement aux taches du centre, même lorsque la viticultrice est dans ses vignes.

Permettre un accès à la formation est primordial, Perrine Anrès essayera de maintenir cet accueil autant que possible, y compris pour les saisonniers : "Il y a des gens qui ne sont pas formés à la taille, qui veulent travailler, mais ne trouvent pas de travail car ils n’ont pas l’expérience. Moi, je préfère former des gens qui partent de rien, plutôt que des personnes ne viennent travailler en se disant formés, alors qu’ils ne savent en réalité pas vraiment ce qu’ils font. C’est au contraire une chance de pouvoir les former à ma façon". Pour ses engagements multiples au centre, à la vigne et pour la formation, Perrine Anrès s’est d’ailleurs vue remettre le prix Jeune 2020 de l’Amoma 841. Une récompense qui venait l’année dernière concrétiser une (presque) décennie de travail dans les Dentelles de Montmirail.

Pour demain, la jeune femme n’envisage pas d'étendre le centre. "Pour que ça s’équilibre, il ne faut pas plus de chevaux. D'autant que, sur ces terrains qui sont proches de sources et sont vite humides, ce ne serait pas une bonne idée : nous ne sommes pas équipés comme une grosse structure". Pour la viticulture en revanche, la jeune femme se prépare à récupérer 15 hectares de son père qui partira à la retraite d’ici deux récoltes. Voilà qui devrait encore occuper Perrine Anrès de longues années !

Manon Lallemand


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