La Balméenne : vers une rémunération à l'olive près

Publié le 17 octobre 2022

Cette année la récolte s’annonce historiquement basse, entre 50 à 70 % d’apports en moins par rapport à d’habitude. (DR)

À la veille du lancement d’une récolte 2022 qui s’annonce maigre, la coopérative La Balméenne propose un changement de paradigme de taille pour inciter au ramassage : la rémunération à l’olive et non plus au litre d’huile.

À l’image du ban des vendanges des vignerons, la coopérative oléicole La Balméenne, à Beaumes-de-Venise, proposera lundi 17 octobre à
18 h 30 son premier ‘Ban des olivades’. L’objectif ? Lancer la récolte évidemment, mais aussi annoncer quelques nouveautés. “On a décidé de faire les choses de cette manière car, cette année, nous avons bien senti que nous étions arrivés à un tournant”, constate Fabien Arnaud, directeur de la coopérative.

Un tournant marqué par deux grandes caractéristiques : la démobilisation des oléiculteurs et les aléas climatiques. “On sait bien que cette année la récolte se fera l’écho d’une campagne qui a subi un enchaînement de situations défavorables. La sécheresse va impacter le rendement de l’année, et peut-être même celui de la prochaine, car le développement des arbres n’aura pas été suffisant. C’est une situation qu’on observe même sur les vergers irrigués”, explique le directeur.

Les conditions climatiques ont également eu un fort impact lors de la floraison et de la nouaison. “Les fortes chaleurs et la faible humidité ont entraîné des brûlures de pollen lors de la floraison, grillant les fruits lors de la nouaison. Vous pouvez voir sur les arbres des petites olives noires pas plus grosses qu’un grain de plomb, elles sont parfois déjà tombées”, illustre-t-il.

La coopérative s’attend à une diminution des apports pouvant aller de 50 à 70 % cette année. “On espère récolter au mieux 200 tonnes”, souffle-t-il. Pas de quoi atteindre l’équilibre financier cette année.

Revoir la stratégie d’incitation à la récolte

Le tonnage prévisionnel s’annonçant assez bas, le ‘Ban des olivades’ annoncera donc des nouveautés, afin d’inciter les coopérateurs à ne laisser aucune olive sur les arbres. Les adhérents de La Balméenne auront dorénavant la possibilité de séparer leurs olives de celles des autres. “Avant, nous ne travaillions qu’en lot commun. Avec les changements de statuts, nous avons désormais la possibilité de proposer aux coopérateurs une prestation et de trituration de lots individuels, à partir de 300 kilogrammes d’olives”, dévoile Fabien Arnaud.

Sera également annoncé le prix d’achat des olives, au lieu de l’annonce d’une rémunération au litre d’huile comme cela se fait traditionnellement dans de nombreux moulins. “Nous partons sur la notion de transparence et la volonté d’accompagner au mieux l’augmentation de la rémunération des coopérateurs”, affirme le directeur.

Pour lui, il s’agit également d’une autre manière d’agir sur la qualité : “Recherche de polyphénol, d’arômes, de textures, notamment en allant vers des récoltes plus précoces. Nous devons continuer de les encourager à assumer la typicité de nos olives, et la coopérative doit faire l’effort. On a entendu les coopérateurs, donc maintenant on leur dit d’assumer leur identité et de nous faire confiance sur le reste”.

Faire l’effort pour les coopérateurs

En dehors de ces deux annonces, La Balméenne continue d’avancer dans ses projets. “C’est important d’en avoir, même dans les années difficiles. Nous devons mettre deux fois plus d’énergie, car c’est là qu’on fera la différence sur le long terme”, expose Fabien Arnaud. Alors, en attendant les nouveaux locaux promis lors de la dernière assemblée générale1, la coopérative s’autorise des tests : “C’est le moment d’expérimenter, de voir ce qui peut être fait ou améliorer, jusqu’au moment de bascule vers ce nouvel espace qui viendra concrétiser tous nos efforts. La cerise sur le gâteau” !

Pour accompagner la recherche d’innovations, un doctorant de l’Université d’Avignon accompagnera la coopérative pendant trois ans, grâce à un financement régional. “Il va travailler à identifier les paramètres qui favorisent l’expression et le potentiel maximal de notre nouvel outil industriel”, précise le directeur. Depuis déjà deux ans, La Balméenne s’appuie effectivement sur la technologie du champ électrique pulsé pour extraire ses huiles. Le nouvel arrivant aura donc pour objectif d’approfondir la reconnaissance du procédé, dont l’utilité ne fait déjà plus aucun doute pour le directeur : “C’est une technologie au service des huiles et de leur typicité”.

L’autre pan des missions du chercheur sera la valorisation des déchets, et notamment des margines, ces effluents issus de l’extraction de l’huile d’olive. “La récupération du polyphénol qu’elles contiennent peut nous permettre de tirer de nouveaux bénéfices, en explorant les voies de la naturalité, en partenariat avec les secteurs pharmaceutiques et cosmétiques”, imagine Fabien Arnaud.

Ce dernier participera d’ailleurs à une table ronde sur l’upcycling, une forme de recyclage ‘par le haut’, qui consiste à récupérer des matériaux afin de les transformer en produits de qualité supérieure. L’échange se tiendra lors des Journées de la naturalité, portées par Innov’Alliance, qui se tiendront les 9 et 10 novembre prochains, au Palais des Papes d’Avignon. “Si on arrive à prendre notre part de marché, la prise de risque peut être plus que payante”, assure le directeur.

En attendant, la coopérative poursuit son développement pour l’utilisation de ses huiles dans l’alimentaire. Une nouvelle gamme de préparations culinaires a ainsi vu le jour dernièrement, et un partenariat avec le Chocolatier Chaloin, à Puyméras, s’est mis en place. Objectif ? Élaborer des créations chocolatées à l’huile d’olive pour une période allant de Noël à la Saint-Valentin.

Manon Lallemand


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