La Balméenne : miser sur les projets en cours pour oublier la maigre récolte 2020-2021

Publié le 11 avril 2022

Au bureau, l’équipe de La Balméenne a fait le point sur une campagne décevante, mais se révèle très optimiste pour 2021-2022. (© ML)

Les retrouvailles étaient enfin non masquées en ce mardi 15 mars pour les adhérents de la coopérative La Balméenne. Réunis à Beaumes-de-Venise pour leur assemblée générale, ils ont studieusement écouté le bilan de la campagne 2020-2021. Ils en ont connu de plus heureux, mais les projets et les perspectives attestent d’un dynamisme optimal pour un avenir prometteur.

Ils sont nombreux, non masqués pour la plupart, et semblent heureux de voir enfin plus que la moitié du visage du coopérateur assis à côté d’eux. Huit mois après la dernière assemblée générale de la coopérative La Balméenne, les voilà qui se retrouvaient à nouveau, le mardi 15 mars 2022, dans la salle des fêtes de Beaumes-de-Venise, prêts à écouter avec attention le bilan de la campagne 2020-2021.

Avec de nouvelles adhésions portant le nombre d’adhérents à 1 330 et un quorum atteint pour la soirée, les chiffres de la précédente saison n’étaient, quant à eux, pas à la hauteur des espérances. Le chiffre d’affaires final augmente, il est vrai. Mais les stocks, au 30 septembre 2021, étaient au plus bas, la faute à une récolte d’olive dramatiquement faible de 244 tonnes. Le verdict est sans appel : "Il sera nécessaire de travailler sur la productivité de nos vergers, le renouvellement des générations et la fidélité des apports", explique Fabien Arnaud, directeur de la coopérative. Mais l’année a été particulière, tous le reconnaissent, et le moulin a tout de même pu poursuivre ses activités du mieux possible, malgré deux mois de fermeture liée au Covid. Appelés sur le devant de la salle, les salariés de La Balméenne ont été chaudement remerciés. "Dans de telles circonstances, nous avions besoin de réactivité et d’adaptation, et c’est grâce à l’ensemble de l’équipe que l’on a pu tenir la barre", rappelle le directeur.

Malgré une année difficile – avec la petite récolte et la nécessité de puiser dans les stocks –, la coopérative balméenne a tout fait pour protéger ses coopérateurs, notamment face à la hausse des prix des matières premières. "Vous constatez, à la lecture des chiffres, que nous avons eu cette année une très forte hausse des achats, liée à l’augmentation des coûts des piquets ou encore des produits phytosanitaires. Il a été décidé par votre conseil d’administration de ne pas trop répercuter cela sur le coopérateur. C’est la raison pour laquelle, malgré un meilleur chiffre d’affaires, les marges sont quasiment égales, voire légèrement moindres", détaille Grégory Herbet, expert-comptable, lors de son rapport. Une compensation par un effet volume qui aura eu le mérite de limiter les variations de marges, mais dont la conséquence sera l’absence de ristourne cette année. Un choix validé à l’unanimité qui vient soutenir les comptes de la coopérative dans l’attente du prochain bilan pour la campagne 2021-2022, qui devrait s’avérer bien meilleur...

La tête tournée vers l’avenir de la coopérative

Compte tenu de l’apport, entre le 10 octobre 2021 et le 5 janvier 2022, de 519 tonnes d’olive qui devrait renflouer les stocks assez pauvres, le meilleur semble effectivement à venir. S’ils dépassaient légèrement les 10 000 litres d’huile au 30 septembre, ils étaient de plus de 51 000 l en février 2022. De quoi rassurer les coopérateurs ! "Nous avions besoin d’une bonne récolte et c’est le cas", confirme Fabien Arnaud. L’urgence est cependant de sortir de ce cycle de récolte d’une bonne année sur deux. En plus d’accompagner la productivité des oliveraies, l’idée va dans le sens de la poursuite de l’amélioration du process au moulin. "Il y a encore des choses à améliorer sans doute, mais La Balméenne est le seul moulin où le coopérateur arrive à récupérer une huile 100 % filtrée. Il n’y a qu’ici que vous pouvez trouver ça", insiste-t-il. La qualité a un coût, et l’investissement s’accompagne aujourd’hui d’une volonté de défense du territoire et de l’identité de la coopérative. "Notre variété est la Verdale de Carpentras. Dans le mot même, il y a 'vert', alors forcément c’est un fruité vert que l’on doit valoriser autour de nos signes de qualité (AOP Provence, ndlr). Comme dans le vin, nos consommateurs recherchent une émotion. On ne peut pas leur vendre une huile douce avec de la verdale, il faut respecter notre typicité", poursuit le directeur.

L’avenir de la coopérative ne passera cependant pas uniquement par l’oléiculture. Se projetant à l’horizon 2030, La Balméenne souhaite poursuivre la diversification de ses activités. En agrofournitures, parce qu’avec les adaptations réglementaires et les certifications d’entreprise se multiplient, l’obligation de résultat est au rendez-vous. Un camion est déployé depuis peu pour raccourcir la chaîne logistique. Le passage en agriculture biologique et l’élargissement des gammes de solutions de biocontrôle et biostimulants sont au programme, tandis que le renforcement de la visibilité de la jardinerie Lisa (Libre-service agricole) est à l’œuvre, tout comme celui de l’action sur le marché des pépinières viticoles.

En termes d'innovations, la coopérative n’est pas en reste : "La valorisation des déchets est devenue une voie de rémunération supplémentaire alors que jusqu’ici elle représentait d’avantage un coût", explique Fabien Arnaud. Un tournant qui avait déjà été pris à l’automne 20201 et qui devrait continuer à s’accentuer. D’une part, car les déchets oléicoles sont souvent valorisables en cosmétique et en agroalimentaire ; d’autre part, parce que des financeurs accompagnent la coopérative dans une étude de faisabilité quant à la création de bouteilles d’huile à partir de noyaux d’olives. Il sera enfin question d’hommes et de femmes, car la coopération, sans eux, n’existerait pas. "Nous continuerons à former nos administrateurs et à assurer suivi et transmission des exploitations", affirme le directeur. Une continuité dans la transformation qui va de pair avec l’organisation d’un nouvel outil.

Déménagement en perspective

C’est à deux pas de l’ICV et de Rhonéa que La Balméenne élira domicile dans les prochaines années. Le permis de construire vient d’être accepté, après une belle mobilisation de la municipalité. "Trouver un terrain a été difficile. Nous voulions évidemment rester à Beaumes-de-Venise, mais la proximité avec Vacqueyras et les terres viticoles ont compliqué la recherche, surtout pour un terrain avec un prix raisonnable. Mais maintenant, malgré quelques retards administratifs, le projet est bien en route", dévoile Stéphane Meissonnier, président de la coopérative. À l’inquiétude soulevée par un adhérent compte tenu de l’emplacement, inondé en 1992, il répond : "Oui, c’est vrai, mais depuis l’eau a été canalisée. À l’époque ça avait sauté à cause d’un manque d’entretien, alors à nous aujourd’hui de maintenir le fossé propre. Il y aura également une rehausse de la construction. Nous sommes tenus de faire construire un bâtiment sécurisé". La réflexion est également en cours pour une éventuelle toiture de panneaux photovoltaïques.

Si les promoteurs sont déjà sur le coup pour les actuels locaux de La Balméenne, ils ne sont pas encore vendus, le temps d’assurer la transition. Dans les starting-blocks, tous se tiennent prêts au début de ce grand chamboulement, bien que le calendrier des travaux ne soit pas encore connu. Une chose reste toutefois certaine : "Tout est fait avec prudence pour ne pas perdre d’argent et préserver cette Balméenne qui nous tient à cœur mais, surtout, préserver le service rendu : car, parfois, le cœur, on s’en éloigne, alors que le service, lui, doit rester", conclut Stéphane Meissonnier

Manon Lallemand


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