La Balméenne : La roue tourne pour les déchets

Publié le 11 mai 2021

En juin prochain, 'La Balméenne' va lancer une nouvelle huile. Baptisée 'Cœur d’épices' : il s'agit c’est un mélange entre une huile d’olive haut-de-gamme, bio et en AOP, et neuf épices issues de la médecine traditionnelle chinoise.

Protéger l’environnement et augmenter ses revenus ? On pourrait croire à une équation impossible. Pourtant, depuis quelques années, la coopérative oléicole 'La Balméenne' s’est lancée dans sa résolution. Avec, depuis l’automne 2020, des résultats concrets. Point avec Fabien Arnaud, son directeur.

C’est, au départ, un geste simple et banal, et vieux comme le monde : jeter à part les épluchures de ses légumes, pour nourrir un poulailler, ou alimenter un fumier. Mais ce que l’on peut faire aisément, lorsqu’on a une maison avec un jardin, se développe aujourd’hui dans le monde de la transformation des produits agricoles. On appelle cela la valorisation des déchets, soit l’art de transformer quelque chose d’encombrant et d’inutile en quelque chose qui puisse permettre autant de limiter les impacts environnementaux que de générer des plus-values supplémentaires.

C’est la voie dans laquelle s’est engagée la coopérative oléicole 'La Balméenne', à Beaumes-de-Venise, à l’initiative de son conseil d’administration. Fabien Arnaud, directeur de la cave oléicole depuis 2019, s’est enthousiasmé pour cette démarche globale, qui se déploie au fur et à mesure, de façon très concrète.

L’extraction de l’huile d’olive produit trois sortes de déchets : d’une part les noyaux ; d’autre part les grignons, c’est-à-dire les pulpes d’olive après que l’huile en ait été extraite ; et, enfin, les margines, à savoir les eaux avec lesquelles les pulpes ont été lavées pendant le processus d’extraction.

Chauffage et bouteille aux noyaux

C’est par les noyaux que 'La Balméenne' a commencé le développement de son plan de valorisation des déchets. Elle s'est pour cela rapprocher d’une des rares entreprises forestières encore en activité dans le Vaucluse, à savoir la scierie Pélissier, à Pernes-les-Fontaines. "Cette société produit des granules de bois (appelés aussi "pellets" en anglais)", pour les poêles et les chaudières des particuliers ou des entreprises", explique Fabien Arnaud. "Nous leur livrons nos noyaux d’olive, ils les broient, les mélangent avec de la poudre de résineux, issue de leur scierie ou de leurs travaux forestiers, et fabriquent des granules." La vente de ces granules a commencé juste après la dernière récolte, soit en novembre 2020, avec un succès certain (voir encadré ci-contre). "Mais il faut le savoir, ces granules ne sont pas à la norme NF, mais à la norme "agro pellet". Ce qui veut dire qu’il faut parfois faire quelques petits réglages sur le poêle pour avoir le bon tirage, la bonne arrivée d’oxygène, en se faisant aider si besoin de son chauffagiste installateur. Mais le pouvoir chauffant est largement aussi bon, une fois le poêle réglé."

Ce n’est pas la seule filière de valorisation pour les noyaux. En effet, en partenariat avec le laboratoire Algovital, installé à Saint-Pierre de Vassols, 'La Balméenne' s’est lancée dans une autre piste : la fabrication de bouteilles et de verres doseurs recyclable. "L’idée est de faire un mélange entre un PLA – pour Polymère d’acide lactique, soit un plastique d’origine végétale entièrement compostable –, de l’amidon et de la poudre de noyaux d’olive. Nous venons de fabriquer un prototype, avec une imprimante 3D, et une fois qu’il aura passé la phase de tests sanitaires, nous ferons fabriquer ces bouteilles par un procédé d’extrusion soufflage." L’idée étant, à partir du début de l’année 2022, d’offrir ces bouteilles, équipées d’un bouchon qui sera également un verre doseur, à tout acheteur d’un gros conditionnement d’huile d’olive type BIB.

La quête des polyphénols

Reste donc à trouver des solutions pour les grignons et les margines. Pour cela, la cave a déposé un dossier 'Entreprise en transition écologique', afin de pouvoir travailler avec les équipes de chercheurs du Green, le Groupe de recherche en éco-extraction des produits naturels de l’Université d’Avignon, qui ont déjà travaillé avec France Olive il y a quelques années. Dirigée par Farid Chemat, cette équipe se concentre en particulier sur une question : quelles mesures faut-il favoriser, au moulin et dans les vergers, pour avoir une homogénéité de la quantité de polyphénols dans les déchets ?

Car ces fameux polyphénols sont l’atout santé de l’huile d’olive ! Identifiés pour leur capacité à prévenir, potentiellement, certaines pathologies graves comme les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives, ils sont, sur le plan gustatif, ce qui donne son intensité à l’huile d’olive. L’enjeu est donc de recueillir ces polyphénols dans les déchets, pour pouvoir les réintégrer dans l’huile d’olive, et en faire à la fois un produit plaisir et un produit bien-être et santé.

"L’idée serait plutôt d’aller les chercher dans les margines, car le procédé d’extraction utilisé au moulin produit une quantité d’éléments solides dans les liquides plutôt importants, "explique le directeur de 'La Balméenne'. "De plus, travailler sur les margines, c’est aussi travailler sur la ressource en eau : en effet, en filtrant et en récupérant les déchets présents dans les margines, on peut à terme envisager de récupérer l’eau et de la réutiliser dans le moulin, et ainsi de limiter la consommation en eau."

En juin prochain, 'La Balméenne' va d’ailleurs lancer une nouvelle huile. Baptisée 'Cœur d’épices' : il s'agit c’est un mélange entre une huile d’olive haut-de-gamme, bio et en AOP, et neuf épices issues de la médecine traditionnelle chinoise. Le fruit de la collaboration entre la coopérative oléicole, une équipe de chercheurs bordelais nommée Aroma Sciences et… un chef étoilé, Stéphane Pitré, qui va proposer toute une série de recettes issues du régime méditerranéen, utilisant cette huile.

Inscrite depuis avril 2021 dans une démarche RSE (Responsabilité sociale et environnementale), 'La Balméenne' poursuit donc son chemin pour garantir des revenus à ses coopérateurs, tout en protégeant l’environnement. Une démarche qui se rapproche de plus en plus de l’économie circulaire, moins destructrice et plus responsable. Mais quoi de plus logique, après tout ? En effet, les coopératives ont été les premières formes de ce que l’on nomme aujourd’hui l’économie sociale et solidaire !

Pierre Nicolas, CLP


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