L'Isle-sur-la-Sorgue : Garder une proximité nécessaire avec les consommateurs

Publié le 24 octobre 2022

Cette année, les pommiers de Christian et Patrick Brun ont souffert du carpocapse encore plus que de la sécheresse.

Les générations se suivent et se ressemblent... Ou pas ? Au hameau de Velorgues, les membres de la famille Brun se succèdent depuis plusieurs générations à la tête d’une exploitation qui, au fil des années, est passée du maraîchage à l’arboriculture. Dernier installé, Patrick s’occupe de ses vergers, a intégré la culture du kiwi et considérablement intensifié la vente directe.

Avant Patrick Brun, il y avait Christian. Avant, le père de Christian, encore avant, le beau-père de son père... L’exploitation familiale est installée au hameau de Velorgues depuis longtemps. “De mon temps, c’était surtout du maraîchage. Il y avait des pommes de terre, des carottes, de la tomate, du chou, des vignes, quelques cognassiers et un peu de melon”, se souvient Christian Brun.

Quand il s’installe en 1980, il amorce la transition vers l’arboriculture, notamment en rachetant aux voisins des terres plantées de pommiers, dont la famille s’était séparée il y avait déjà bien des années. Cette campagne est sa dernière. C’est maintenant son fils, Patrick, installé avec lui depuis 2016, qui va totalement prendre les rênes.

Jusqu’à cette date, tout n’était pourtant pas acté. “La reprise de l’exploitation m’a toujours trotté en tête, mais plus jeune, je voulais être ingénieur agronome”, explique Patrick. Il passe d’abord son bac agricole, poursuit avec un BTS ‘Protection des cultures’ et enchaîne avec une licence professionnelle ‘Agriculture raisonnée’. Pendant huit ans, il travaille dans la recherche et le développement. Produits phytosanitaires et homologations deviennent son quotidien et, de cette expérience, l’agriculteur tire beaucoup de satisfaction : “J’ai beaucoup appris, tant sur la recherche que sur les nouveautés en production. D’autant plus que j’ai vu l’évolution d’une petite structure de quatre personnes en une entreprise de plus 20 salariés”. Un enrichissement de ses compétences d’autant plus profitable qu’à la reprise de l’exploitation familiale, il se sent rassuré. “Quand ma mère est tombée malade en 2014, mon patron me laissait quelques temps pour faire les marchés à sa place. Puis, 2015 a été une année charnière pour la reprise et, finalement, cette expérience de l’entreprise et de la gestion m’a donné de l’assurance”, raconte Patrick Brun.

Quasi exclusivité pour la vente directe

Avec Christian et Patrick, exit le maraîchage. Aux ‘Fruits du Campredon’, il n’y a plus que de l’arboriculture. “Je n’exclus rien pour l’après, si certains fruits peuvent nous aider à nous diversifier, pourquoi pas”, affirme Patrick. En 2016, dès son installation, il a d’ailleurs planté des kiwis. Le petit fruit vert n’aime pas le vent, alors au pays du mistral, l’aventure s’avérait compliquée : “J’ai eu un kiwi en 2018. L’année suivante, j’ai fait une trentaine de kilos, en 2020, environ 300. L’année dernière, ils étaient magnifiques. Puis il a gelé et on n’a finalement eu que 300 kg, une fois de plus”. Désormais dans leur 6e feuille, les arbres continuent de lui donner de l’espoir.

Le cœur de l’exploitation de dix hectares reste toutefois les neuf variétés de pommes, qui occupent près de 60 % de la surface : trois en bio, trois en conversion, et les trois restantes sont en agriculture conventionnelle. “Les gens ne sont pas tant en demande de bio. On leur explique le fonctionnement d’une exploitation, qu’on ne traite pas de bon cœur... J’aimerais passer du temps et leur faire visiter, mais ce n’est pas si simple”, se désole-t-il.

Pour compenser, il renouvelle sa présence sur les marchés de Pernes-les-Fontaines et Petit-Palais. Patrick tient également une boutique à la ferme et compte des clients fidèles, certains l’ont même connu enfant. Souvent, ce sont également eux qui prennent encore des caisses de 13 kg : “Les jeunes n’achètent pas les mêmes quantités”. Pas les mêmes variétés non plus, raison pour laquelle il en propose neuf.

Pour avancer vers la vente directe, ses parents construisaient en 2003 un hangar, avec un premier frigo. Puis, s’apercevant qu’ils arrivaient à tout vendre, ils en ont installé un second lors de l’extension du local, en 2009. “Avant ils portaient tout en gros. Vendre en direct prend plus de temps, c’est vrai. Mais on valorise mieux notre production comme ça. Aujourd’hui, la commercialisation se fait quasi exclusivement à la ferme, et on ne porte en gros que lorsque l’on a des récoltes exceptionnelles”, développe l’arboriculteur.

Des difficultés cumulatives face à un avenir incertain

Autant dire que ces deux dernières n’ont pas été propices à cela : “L’année dernière, les pommes sont plutôt passées à travers du gel, c’était surtout les pêches. En revanche, nous étions envahis de puceron. Heureusement que nous ne sommes pas totalement en bio ! Cette année, entre la sécheresse – qui a donné de petits calibres – et le carpocapse... 80 % des pommes ont été touchés”.

L’interdiction de certains produits phytosanitaires n’aide pas les deux gérants de l’exploitation. Bien qu’il fasse du bio, Patrick est loin d’en être un ayatollah. Alors que sa parcelle de poiriers et un gros hectare et demi de ses pommes sont en bio et/ou en conversion, les difficultés rencontrées l’interrogent : ne faudrait-il pas faire marche arrière ? “Avec la baisse du pouvoir d’achat, le bio ne se vend plus et, pourtant, on nous dit d’y aller. À côté de ça, il y a de moins en moins de produits autorisés en conventionnel, c’est presque comme faire du bio au final”, expose son père. Les deux s’accordent sur la solution des filets, mais qui demande un investissement important à près de 15 000 € à l’hectare. Quant à l’irrigation, “le goutte-à-goutte ne rafraîchira jamais le feuillage comme de l’aspersion, et l’aspersion ne remplacera jamais la pluie”, rappelle Patrick. “Il y a une réflexion continue à tenir”, ajoute Christian.

Toujours est-il que la pomme continue de se vendre à bas prix, et que les disparités de réglementations, une fois la frontière passée, les font enrager : “On ne peut pas augmenter le prix et on sait très bien que l’alimentation reste la valeur d’ajustement des ménages”. Alors Patrick et Christian Brun font leur maximum pour nourrir la clientèle locale et celle qui se déplace par connaissance du petit logo fleuri‘Bienvenue à la ferme’. La saison se poursuit jusqu’à avril, avant trois mois de fermeture pour des vacances– et quelques travaux – bien méritées !

Manon Lallemand


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