L’AOP Ail de Piolenc, un objectif pour 2024

Publié le 19 septembre 2022

“Cette année, la récolte s’est bien passée, mais la commercialisation a été un peu plus difficile”, énonce Stéphane Massonnet.

Pas à pas, l’Ail de Piolenc continue de se faire un nom dans le paysage local. Après une jolie campagne, la plantation se prépare pour fin septembre, et la petite plante potagère vise désormais l’AOP, objectif 2024. Alors que la démarche a été lancée en juillet 2019, l’engagement des huit producteurs de l’association se poursuit pour faire rayonner leur produit toujours plus fort, à l’échelle nationale.

Pour 2024, à chacun ses objectifs. “Ce sera l’année des Jeux Olympiques, et pour nous, celui de l’AOP”, claironne Stéphane Massonnet, président de l’Association des producteurs d’Ail de Piolenc. Du moins, il l’espère ! L’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) s’est scrupuleusement penché sur la demande des producteurs, déposée sur son bureau en juillet 2019, et enverra l’année prochaine une délégation pour valider le dossier, si tout se passe bien. Il faudra ensuite continuer de faire connaître la plante emblématique de la ville, pour qu’à Bruxelles personne ne soit surpris de la voir apparaître dans les dossiers.

Les producteurs, au nombre de huit dans l’association, sont convaincus de leur produit. “Jusqu’ici, l’ail était une culture secondaire pour faire la jonction entre les saisons hivernale et estivale. Puis, avec l’essor de la production locale, du mieux manger et du manger Français, nous avons pu profiter d’une synergie avec d’autres acteurs locaux dans la même situation”, développe le président. La Fraise de Carpentras et le Melon de Cavaillon entre autres.

L’Appellation d’origine protégée prend tout son sens sur le territoire selon Stéphane Massonnet : “Le terroir est adapté. Nous avons un bassin entre le Rhône et l’Aygues, avec des graviers drainants... Nous sommes sur une limite géologique avant d’être géographique, le terroir apporte quelque chose au produit”. Puis il y a également l’apport économique. La production d’ail français ne permet pas de répondre à la demande. Pourtant la consommation est légèrement en baisse. Ainsi l’AOP devrait-elle redynamiser la production, et donc la vente, tout en permettant aux producteurs de valoriser correctement le produit.

Près de 700 tonnes récoltées

Ils sont pour le moment huit à cultiver le fameux Ail de Piolenc, même s’il faut, selon eux, s’attendre à une volonté d’autres agriculteurs de rejoindre le cercle des producteurs, une fois l’AOP officialisée. Actuellement, environ 120 hectares sont cultivés sur le bassin de production, permettant une récolte qui approche les 700 tonnes.

Ces derniers jours, tous préparent les sols et la nouvelle campagne. Fin septembre, ils enchaîneront avec environ un mois de plantation. Viendra ensuite le temps de l’arrosage jusqu’à hiver, puis une période de végétation avant la reprise de la pousse, de mars à mai. La récolte interviendra alors à ce moment.

“Cette année, la récolte s’est bien passée, mais la commercialisation a été un peu plus difficile”, énonce Stéphane Massonnet. Vendue aux grossistes dès la sortie de terre en ail vert frais, pour environ 4,50 € le kilogramme, puis en ail sec dès juillet pour quasiment 1 € euro de moins, la plante potagère – tous bassins de production confondus – fait effec-
tivement les frais d’une consommation en baisse. “Mais nous avons quand même tout écoulé”, rassure-t-il. L’Ail de Piolenc a donc normalement de beaux jours devant lui !

“La démarche AOP joue beaucoup. Avant, nous devions démarcher les gens, maintenant ce sont eux qui nous appellent”, affirme le président de l’association. La création d’une marque et d’un cahier des charges change tout selon lui et garantit une qualité, qu’importe le producteur. D’autant que cette demande de qualité est de plus en plus sollicitée par le consommateur.

Les huit producteurs d’ail restent aussi attentifs à ce qui se fait dans la recherche et l’ergonomie des postes de travail. Objectif premier ? Toujours la qualité : “Il y a beaucoup de recherches sur la robotisation, la précision GPS pour la plantation, ou encore les plastiques biodégradables. D’ailleurs, sur ce sujet, ils ne sont pas suffisamment résistants au vent et ne garantissent pas la qualité. Nous sommes preneurs de nouveautés et d’innovations. Mais, pour le moment, il n’y a pas de révolution : la culture de l’ail reste assez traditionnelle, d’autant plus qu’il n’est pas question de donner la priorité au changement, si la qualité n’est ensuite pas au rendez-vous”. Alors ils veillent plutôt à garder la qualité qui fait leur renommée, et à améliorer la commercialisation, en attendant ce qui peut être fait demain.

Faire vivre l’Ail de Piolenc

En plus de la démarche d’obtention d’un signe officiel de qualité, l’association de producteurs doit encore améliorer sa communication. “Nous sommes des novices. Aujourd’hui, nous avons encore besoin de nous professionnaliser, afin d’avoir une visibilité en dehors du local.” Pour Stéphane Massonnet, la fracture entre la communication et le professionnalisme est ce qui empêche, pour le moment, d’aller plus vite dans l’assise d’un rayonnement national. Mais le problème ne concerne pas que l’Ail de Piolenc, raison pour laquelle les producteurs s’associent à ceux de la Fraise de Carpentras et le Melon de Cavaillon, afin de travailler en réseau. “Réseaux de connaissances, réseaux sociaux... Le réseau fait toujours la différence”, estime le président.

Les réseaux sociaux justement, l’association les utilise principalement pour faire la promotion d’événements. Ainsi, la fête de l’ail –
organisée les 2 et 3 juillet dernier –
a-t-elle fait carton plein ! Un week-end avec une soirée festive baptisée ‘Bodeg’Ail’, la course ‘I love tr’Ail’ et un marché de producteurs. “À vrai dire, la Bodeg’Ail – qui était l’événement festif organisé avec les Jeunes agriculteurs du canton – a attiré plus de 1 300 per-
sonnes et le trail était complet”
, se satisfait Stéphane Massonnet.

Mais, pour l’agriculteur, il est important de continuer à laisser la part belle à l’ail, qui s’est retrouvé légèrement éclipsé cette année. En 2023, le marché sera donc organisé plus tôt, à la mi-juin, pour une mise en avant plus importante d’une production qui reste ultra-locale. Les restaurateurs présents pourraient ainsi se fournir intégralement sur le marché, avec toujours des animations autour de la star piolençoise. Début juillet restera plus festif, avec la 2e édition de la ‘Bodeg’Ail’, le soir, et la 5e du trail, le lendemain : “Le public est différent sur les deux temps forts de la fête de l’ail. Ceux qui font la fête ne courent généralement pas le lendemain, donc ça se complète assez bien”.

Une journée interprofessionnelle en préparation

Il faut dire que le Covid avait fauché en plein vol les espoirs des producteurs d’ail, plein d’ambition début 2020 lors de leur assemblée générale. “Ça a été dur de repartir et c’est même difficile de retrouver le même engouement. Mais c’est commun avec d’autres filières. Disons qu’on n’ose plus engager les mêmes moyens en voyant à trop long terme”, avoue l’agriculteur.

Cap sur l’AOP en priorité donc. Parallèlement à l’organisation des événements de promotion et des apparitions sur les incontournables Salon international de l’agriculture et, plus localement, de Terroirs en fête, se trame la préparation d’une journée interprofessionnelle. Probablement tenue au début de l’année 2023, avant la visite de la délégation de l’Inao, elle permettra, par son côté protocolaire, de réunir agriculteurs, partenaires, fournisseurs, élus, ou encore financeurs autour de la démarche AOP. Une façon de promouvoir la plante avant l’arrivée du dossier sur les bureaux de l’Union européenne !

Manon Lallemand


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