JA 84 : "Producteurs et consommateurs, tous trompés !"

Publié le 09 mai 2022

"Qu’il y ait du produit espagnol, d’accord. Mais qu’il y ait des promotions sur des produits espagnols, notamment chez Carrefour, c’est non !" note la présidente de JA Vaucluse, Audrey Piazza, lors d'une opération relevé de prix, à Orange, le 28 avri

Les Jeunes agriculteurs ont lancé une opération vérité sur le prix des fraises et des asperges, jeudi 28 au matin, dans les magasins Carrefour et Grand Frais à Orange. Les producteurs sont en colère : les prix d’achat par les metteurs en marché ne couvrent pas les coûts de production et, depuis quelques jours, certains producteurs ont cessé de ramasser.

Ils ne sont pas nombreux, mais se dirigent avec détermination, banderole Jeunes agriculteurs (JA) en tête, vers le rayon des fraises et asperges de Carrefour, alertant aussitôt les chalands sur le scandale des prix : "Nous sommes en pleine période de production et nous subissons à la fois un prix d’achat trop bas et des opérations de promotion sur la fraise espagnole !" La présidente des JA Vaucluse, Audrey Piazza, en colère s’étrangle : "Aujourd’hui, c’est le troisième jour où la main-d'œuvre est stoppée et où les producteurs ont décidé de ne plus ramasser. On ne peut plus continuer comme ça. L’idée, c’est de faire comprendre au consommateur que nous sommes payés 2,80 € alors qu’en magasin, c’est 5 ou 6 € la barquette pour un prix au kilo de 11,90 €. Nous ne pouvons plus vivre, le pouvoir d’achat du consommateur n’est pas respecté. En revanche, il y a des marges abusives dans la grande distribution dont, il est vrai, nous avons besoin pour écouler nos volumes. Mais il faut absolument que tout le monde joue le jeu et il faut redresser la barre tout de suite. C’est sans délai, sinon nous reprendrons nos actions".

Julien Bernard, membre du conseil d’administration des Jeunes agriculteurs, sort de ses gonds : "Pour être rémunéré correctement il faudrait que nous vendions 1 kg de fraises au prix minimum de 5 €, or la semaine dernière on m’a payé en moyenne 3,80 €. On perd de l’argent et nous sommes les seuls à vendre à perte en France alors que c’est interdit pour les GMS. Depuis le début de la semaine, nous avons des remontées du terrain de certains producteurs qui nous annoncent qu’on leur en propose encore moins, environ 2,80 € !", poursuit-il.

Un système global dénoncé

L’attroupement autour du rayon a alerté le directeur du magasin Carrefour, Roberto Preite, qui accourt, écoute les revendications et explique : "Les producteurs locaux peuvent venir me voir, je suis prêt à vendre leurs produits, à vos prix. Contactez mon personnel, vous allez voir que l’on ne négocie pas. Je travaille beaucoup avec les locaux". Réponse du tac au tac de Julien Bernard : "Mais nous vendons au travers de centrales d’achat et elles nous démontent". Le directeur répond que c'est le système global… Mais Julien Bernard insiste : "C’est pour cela que nous sommes venus vous en parler. Continuez avec les locaux, mais ne mettez pas de produits espagnols à prix cassé à côté en période de pleine production, ce n'est pas normal. Cela fait baisser nos ventes et vous dites ensuite que nos fraises ne se vendent pas". Le directeur renouvelle son offre : "Si vous connaissez des producteurs qui veulent travailler avec nous, je suis prêt à les accueillir".

S'ensuit une conversation sous forme de ping-pong ente les JA et Carrefour :"Pour travailler selon vos propres règles ?" interroge le premier jeune. "Il n'y a pas de règles" répond le distributeur. "J’ai essayé de travailler avec vous, il faut être référencé", poursuit un producteur. "Non, Monsieur, c’était avant. Sous délai d’une semaine, je suis capable de vous faire entrer dans mon magasin". Et un troisième entre dans la danse : "Et combien vous me payez mes fraises ? Mon prix de revient c’est 5 € minimum, vous êtes capable de me payer et de ne pas vous faire 45 % de marge ?"… Le directeur prend le temps de répondre :"45 % de marge, ce n'est pas possible". Dernière estocade d'un JA : "Elles sont achetées 3,50 € et revendues 9 € en magasin selon nos retours…" Finalement, le directeur retire les fraises espagnoles en promotion en signe d'apaisement, et les deux parties envisagent de se revoir pour tenter de trouver un terrain d’entente.

Entre abattement et avertissement

La délégation se rend ensuite à Grand Frais. Il y a peu de monde et les consommateurs poursuivent leurs emplettes, sans écouter les explications des producteurs. Un responsable vient écouter poliment les explications sans rien dire. Après quelques minutes consacrées à relever les prix pratiqués, Audrey Piazza est consternée : "Il y a de la fraise française à 5,99 € le kg, des bottes d’asperges vertes espagnoles à 1,99 € les 500 grammes. C’est inadmissible. Nous sommes dans un bassin de production où il y a de l’asperge et de la fraise en quantité, où l’on sait faire, où le consommateur peut déguster des produits qualitativement et gustativement bons. Et on va chercher des produits espagnols qui n’ont pas du tout les mêmes normes de fabrication que chez nous".

L'abattement est perceptible. "Certes, il en faut pour tout le monde. Qu’il y ait du produit espagnol, d’accord. Mais qu’il y ait des promotions sur des produits espagnols, notamment chez Carrefour, c’est non. Nous avons relevé des promotions sur la fraise espagnole dès la semaine dernière, alors que nous sommes en pleine période de production. Les mois d’avril et de mai sont les plus importants concernant ces ventes-là, les frigos sont pleins et les producteurs ne ramassent plus, c’est absolument intolérable. Aujourd'hui c’est un cri d’alerte, demain si ça continue, ce sera autre chose !". L'avertissement est lancé.

Francis Pabst, CLP


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