Inter-Rhône : Philippe Pellaton, nouveau président de l’interprofession

Publié le 17 novembre 2020

Philippe Pellaton a été élu président de l’interprofession des vins AOC de la Vallée du Rhône, lors de l’assemblée générale d’Inter-Rhône, le 5 novembre. (© C. Puig)

Face à un avenir particulièrement brumeux, Philippe Pellaton annonce un cap clair, au lendemain de son élection à la présidence d’Inter-Rhône : engager plus encore le vignoble des appellations de la Vallée du Rhône dans ‘la logique vertueuse de la hiérarchisation’, les certifications environnementales et la diversification des couleurs. Avec en appui, le redémarrage du service technique, via l’Institut Rhodanien.

Lors de son assemblée générale du 5 novembre, l’interprofession des vins AOC Côtes du Rhône et Vallée du Rhône a élu son nouveau président : Philippe Pellaton. « Conformément aux statuts de l'interprofession imposant l'alternance entre représentant de la production et du négoce, Philippe Pellaton succède à Michel Chapoutier, arrivé au terme de son deuxième mandat » indique Inter-Rhône dans un communiqué.

Vigneron à Laudun, sur les hauteurs de Tavel, depuis 1999, cet ingénieur en agriculture (Isara Lyon) en préside la cave coopérative depuis 2003. Depuis, celle-ci a fusionné avec la cave de Chusclan et devenue Maison Sinnae, elle est aujourd’hui le plus gros producteur de côtes-du-rhône et côtes-du-rhône villages, avec 140 000 hectolitres de production moyenne annuelle. Philippe Pellaton a également présidé, durant quatre mandats, le Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône. Il a été secrétaire général de la CNAOC et président du comité régional INAO des AOC du Sud-Est. « Ma vie syndicale s’arrête en partie pour mener ce mandat de trois ans à l’interprofession » a-t-il annoncé en conférence de presse, le 6 novembre. Il conservera néanmoins la présidence de Maison Sinnae, et restera membre du comité régional de l’INAO.

Monter en gamme.

Le lendemain de son élection, il a aussi déclaré son intention de remettre à l’honneur certains chantiers prioritaires. D’abord, orienter la production vers la diversification des couleurs. Il souhaite pour cela augmenter la part des vins blancs – avec l’objectif de passer de moins de 10% en volume aujourd’hui à 15% dans cinq ans – et celle des rosés, passant de 15% à 25% dans les appellations régionales, ce qui dégonflerait l’offre en vins rouges, pour être plus en accord avec la demande.

L’interprofession entend aussi démontrer son engagement en faveur de l’environnement, au travers des certifications du type Haute valeur environnementale, et sa prise en compte de son empreinte sociétale et économique apportées par ses structures, via une démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises). En parallèle, Philippe Pellaton compte poursuivre la hiérarchisation des appellations en système pyramidal, pour une montée en gamme.

De plus, face au changement climatique, à la baisse des produits phytosanitaires, et pour accompagner la diversification des couleurs, les assemblages des vins et le choix des cépages, « nos appellations ont besoin de s’appuyer sur un service technique puissant ». La structure existe, c’est l’Institut Rhodanien, avec ses divers partenaires, dont l’Institut français de la vigne et du vin au premier plan, le Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône, le lycée viticole d’Orange, la Chambre d’agriculture de Vaucluse et différents laboratoires. Inter-Rhône entend doter cette « coquille vide » de ressources financières et de compétences, afin qu’elle travaille selon le cap fixé par le conseil d’administration de l’interprofession.

Miser sur le marché Français…

Autre chantier : compléter les indicateurs expérimentés par le pôle économique, pour une meilleure connaissance en temps réel de la situation économique des structures. « Le travail expérimental – mené avec une trentaine de structures – a été concluant. Il reste à le généraliser, afin d’avoir une vision pour des relations sereines entre amont et aval, dans le sens de la loi Egalim de répartition de la valeur » estime le nouveau président.

Côté promotion également, il y a du mouvement : les investissements à l’export ont été réaffectés en partie sur le budget national, dans une répartition 50/50. « La France est un marché important à stabiliser en volume. Nous voulons marcher sur nos deux pieds » déclare Philippe Pellaton. Entre janvier et août 2020, le grand export a en effet chuté de 46% vers le marché chinois, et de 16% vers les États-Unis pour les appellations Vallée du Rhône, du fait des taxes Trump. Il s’agissait pourtant de deux destinations pourtant jugées « relais de croissance en volume et en valeur » par Philippe Pellaton, sur lesquelles l’interprofession avait beaucoup œuvré. Or, à cette heure, difficile d’imaginer que l’élection de Joe Biden améliore le flux de marchandises. « Sur ces marchés, nous avons des inquiétudes et peu de visibilité », reconnaît le nouveau président. Heureusement, le proche export est plutôt consolidé, avec « peu de pertes vers la Belgique, l’Allemagne et la Grande Bretagne ».

Quant à la croissance des stocks, elle reste modérée, avec « moins d’un an de stocks pour les appellations régionales, et 18 à 20 mois pour les crus ». Donc, « la machine se grippe un peu, mais pas d’alerte sur les équilibres entre production et commercialisation. La récolte a en effet été légèrement en retrait sur les appellations régionales, de 5 à 7%, du fait des aléas climatiques, en particulier de la sécheresse persistante depuis plusieurs années, qui finit par affaiblir le vignoble. »

… et communiquer.

Ces difficultés à l’export stimulent donc la créativité sur le plan national, d’autant plus que les parts de marché représentaient 65% sur le sol national début janvier 2020. Alors, dans un contexte où les mesures sanitaires liées à la pandémie du Covid font que « les outils de promotion nous filent entre les doigts » observe le président, malgré l’annulation de nombreux salons professionnels, Inter-Rhône se veut optimiste. Ainsi, le salon ‘Découvertes en Vallée du Rhône’, est pour l’instant maintenu en avril. Il pourrait même être ouvert au grand public, lors d’une manifestation au printemps à Avignon, sous forme d’un événement festif, tourné vers les jeunes.

Si le bilan lié à la crise du Covid n’est certes pas établi, globalement le président estime que les entreprises ont eu une perte d’activité entre 15 et 20%, sur le circuit national, avec une inversion du fonctionnement habituel : les crus se sont retrouvés en difficulté, tandis que la commercialisation en grande distribution a performé, surtout sur les appellations régionales, en marque de distributeurs et en BIB et en rosé.

« Il est nécessaire de trouver des poches de valorisation sur le marché France. Un levier de croissance reste à actionner, c’est la vente au caveau. Mais aujourd’hui, nous n’avons pas de chiffre consolidé sur ces volumes » précise Philippe Pellaton. Là aussi, le projet d’amélioration des remontées d’indicateurs économiques des structures de la Vallée du Rhône devrait contribuer à une vision plus claire, pour l’avenir du 2e vignoble AOC de France.

Cécile Poulain


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