Incendie : dans les Dentelles, reconstruire un bout de territoire unique

Publié le 20 septembre 2021

Aujourd’hui, une balafre noire tranche la végétation des Dentelles de Montmirail. (© ML)

Un mois après l’incendie dit de Beaumes-de-Venise, de nombreuses visites de terrain et une solidarité territoriale de taille, l’heure est dorénavant à l’organisation des individus et collectivités. Travaux urgents et gestion pérenne à mettre en place sont à l’ordre du jour, afin d’effacer les traces de l’incendie le plus rapidement possible.

Sa forme particulière le place au rang des feux qui ne font pas école. Une conjonction de facteurs, notamment le fort mistral qui a soufflé cette semaine-là, donne l’impression d’un incendie déployé dans tous les sens. Au total, 240 hectares sont partis en fumée, probablement à cause d’un impact de foudre lors d’un orage sec la veille. L’enquête se poursuit avant de prononcer un verdict définitif. Touchées plus ou moins fortement, les vignes sont un point de crispation pour les agriculteurs, et pour cause : la vinification ne se fera qu’à condition de ne rien jeter. Or, la certitude de la présence du goût de fumée dans le vin ne pourra être confirmée… qu’en mars ! Un mois après le passage des flammes sur les Dentelles de Montmirail1, le bilan et la réflexion évoluent doucement pour laisser place à l’action. "Nous devons maintenant repartir optimistes pour reconstruire les Dentelles et penser à demain", affirme Jacqueline Bouyac, présidente du Parc naturel régional du Mont-Ventoux, lors du premier comité technique post-incendie organisé par le Parc, à Saint-Hippolyte-le-Graveyron, le 8 septembre.

Pour toutes les communes touchées cependant, l’attente est grande. "Nous allons travailler avec vous sur la méthode et sur le fond", assure Bénédicte Martin, vice-présidente en charge de l'Agriculture, de la viticulture, de la ruralité et du terroir' pour la Région Sud. Christian Gely, vice-président de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, estime quant à lui "nécessaire d’écouter pour voir comment aider les agriculteurs et les communes". L’occasion de rappeler également l’importance de l’agriculture avec ce type d’aléa, bien qu’elle paie dans ces moments "un lourd tribut".

"Vos nombreuses visites témoignent de votre soutien et de votre volonté d’aller plus loin. Il s’agit de reconstruire un bout de terrain, une mosaïque assez particulière et unique dans la vallée du Rhône", rappelle Ken Reyna, directeur du Syndicat du Mont-Ventoux. Passé par la zone sinistrée la veille de cette réunion technique, le préfet de Vaucluse a d’ailleurs annoncé la création d’un comité de suivi pour avancer ensemble, confirmant son engagement auprès des collectivités.

Vers le début des travaux urgents

Après les visites et les discussions, il est désormais urgent de passer à l’action. Tous s’accordent sur le fait que la réflexion sur les actions à mener est à mettre en place immédiatement. "C’est brûlé, maintenant nous avons besoin d’une réponse claire sur ce qu’on peut faire ou non", explique André Aiello, maire de Saint-Hippolyte.

Elsa Bardi-Assante, cheffe de service adjointe 'agriculture et forêt' pour la Région, a donc repris la marche à suivre : "D’abord, les travaux très urgents, qu’il va falloir inventorier avec l'Office national des forêts et le Centre national de la propriété forestière (CNPF), afin de les réaliser rapidement. Puis, un travail de diagnostic sur un plus long terme". La Région pourra accompagner ces travaux urgents à hauteur de 40 %. Un dispositif Fonds Régional d’Aménagement du Territoire (Frat) est également sur le point d’être voté.

Autour de la table, une demande spécifique émerge : il faut porter une attention particulière aux restanques lors des travaux. "Urgence ne veut pas dire violence. De la même façon que prudence ne veux pas dire trop de temps", rappelle Ken Reyna. Alors que les entreprises commencent déjà à contacter les mairies, "il faudra veiller à cadrer le chantier, tout en évitant les études trop longues", résume Haïmad Baudrillet-Cacaud, ingénieur au CNPF. Le Département, solidaire, se dit prêt : "Vous connaissez notre attachement au territoire", déclare Christian Mounier, vice-président du Conseil départemental en charge de l'agriculture et de l’alimentation. "Nous avons malheureusement l’habitude de nous retrouver dans des réunions de travail suite à des incendies, comme en 2017 pour celui du Luberon, ou 2020 à Faucon", poursuit-il.

Faucon semble justement être l’exemple à suivre en termes de réactivité. Bien que l’ampleur du feu soit bien moins importante, les résultats de reprise de la végétation semblent encourageants, un an après la catastrophe qui avait touché la commune nord-vauclusienne. La maire du village a déjà annoncé se tenir à disposition des communes sinistrées. Une visite de terrain devrait être envisagée prochainement.

Parcelles privées : un regroupement de propriétaires nécessaire

Réagir en forêt privée n’est pas chose simple, mais demande un plan d’action rapide, comme le rappelle Haïmad Baudrillet-Cacaud : "Sur 240 hectares, l’incendie en a touché 122 en forêt privée. Pour effacer les traces le plus rapidement possible, il faut organiser les gens et collectivités, afin de couper les arbres brûlés et laisser place à une nouvelle végétation". En termes d'urgence, il y a nécessité "d'inciter les propriétaires à entretenir leurs espaces", explique l’ingénieur. "Les propriétaires doivent se regrouper pour un travail intelligent et sécurisé juridiquement", insiste Elsa Bardi-Assante. Comme à Faucon, l’idée est de privilégier la mise en place d’une Association syndicale libre (ASL), afin de mobiliser les individus autour de la question. "Cela permettra de poser les bases de la gestion de manière pérenne, et de caler tous les enjeux sur une échelle plus importante", développe l’ingénieur du CNPF. La mobilisation pourrait se fait en une grande ASL, réunissant les communes du massif jusqu’à Malaucène, ou se découper en plusieurs petites associations. De nombreux arbitrages restent encore à prendre sur la question.

Les travaux urgents requièrent donc préalablement de trouver les 182 propriétaires de parcelles concernées par l’incendie. La phase d’envoi de courriers aux propriétaires, avec recherche si nécessaire, a commencé pour le CNPF. Un rendez-vous devrait être posé entre le 10 et le 19 octobre pour une réunion d’information, à Beaumes-de-Venise, où la salle des fêtes permettra d’accueillir le plus de personne possible.

Manon Lallemand


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