Hydraulique : Capter l’eau de là-haut pour les projets d’en bas

Publié le 30 octobre 2019

Marie-Pierre Monier, sénatrice de la Drôme, Georgia Lambertin, présidente de la CA 84, André Bernard, président de la CRA Paca, et Jean-Pierre Royannez, président de la CA 26.

Après les réunions de concertation avec les agriculteurs, les acteurs du projet des Hauts de Provence rhodanienne rencontrent les élus sur le terrain. Un travail de concertation et de dialogue, pas toujours visible, mais ô combien important, pour faire évoluer la réglementation, notamment sur les retenues d’eau.

« Je reçois beaucoup de question sur le projet Hauts de Provence rhodanienne émanant d’agriculteurs et d’élus. Il était normal que je rencontre les acteurs impliqués et à la manœuvre, surtout sur cette question stratégique de l’eau. » La sénatrice de la Drôme Marie-Pierre Monier a reçu mardi après-midi, dans sa permanence de Vinsobres, Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture du Vaucluse, André Bernard, président de la Chambre régionale d'agriculture Paca, et Jean-Pierre Royannez, président de la Chambre d'agriculture de la Drôme. « Nous sommes ici pour présenter la cohérence et l’intégralité du projet HPR sur nos deux départements », explique le président drômois, revenant sur ce projet « de grande importance pour ce territoire, déjà porté par la mandature précédente. Mais c’est un projet de longue haleine et même si, sur le terrain, les agriculteurs et élus peuvent avoir l’impression que cela ne bouge pas, nous venons au contraire montrer que cela avance ».

Après les mois de sécheresse qui viennent de s’écouler, le projet prend encore plus son sens, en particulier au regard des évolutions climatiques qui semblent s’accélérer. « Nous avons besoin des élus des secteurs pour avancer. Nous avons déjà rencontré le ministre de l’Agriculture, lors de Tech&Bio, qui attend désormais nos propositions sur le projet HPR. Mais vu son importance, sa répartition sur deux départements, deux régions, il faudra sans douter le phaser sur différentes programmations. Et nous devons aussi le mettre en cohérence avec les Associations syndicales autorisées (ASA) pour démarrer au plus vite ce qui peut l’être », résume Jean-Pierre Royannez.

40 000 ha ouverts à l’irrigation.

Après avoir rappelé sa genèse (voir encadré), André Bernard a présenté une photographie du projet : aujourd’hui, le périmètre du projet comprend 81 communes, à cheval sur deux régions et deux départements, couvant une superficie de 1620 km², structuré par les massifs du Ventoux et des Baronnies, et alimentant trois bassins versants : le Lez, l’Aygues, et l’Ouvèze, affluents du Rhône. Au niveau agricole, le projet HPR ouvrirait ainsi 40 000 nouveaux hectares à l’irrigation, sur un périmètre complet de 80 000 ha. Les scenarii sont étudiés pour que la canalisation venant du Rhône vienne moderniser les prises d’eau gravitaire.

Actuellement, les prélèvements agricoles annuels représentent un jour du débit du fleuve. « Les volumes prélevés seront à la marge des erreurs de comptages actuels, de l’ordre de quelques mètres cubes seconde », souligne d’ailleurs André Bernard, qui rappelle qu’à l’étiage, le débit tourne autour de 400 à 500 m3/seconde, contre 1500 m3/s en hiver et 300 m3/s lors d’un étiage sévère.

Faire évoluer la réglementation sur la hauteur des digues.

La problématique, à l’origine notamment de la rencontre avec la sénatrice, est celle des zones situées plus en amont, au-delà de 240 m d’altitude. « La création d’une digue permettant la création de retenue d’eau est soumise à législation et ne doit pas dépasser 5 mètres. Or, dans ces zones pentues, c’est insuffisant. Nous sensibilisons nos élus pour faire évoluer cette réglementation sur la hauteur des digues, pour qu’elle soit revue à la hausse et corrélée au volume stocké pour ces territoires particuliers. Ici, ce terroir d’amont a un handicap par rapport aux retenues d’eau que nous souhaiterions créer pour stocker de l’eau qui, dans tous les cas, part à la mer. L’objectif est de la capter quand il y en a trop, pour l’utiliser quand les agriculteurs, les collectivités, les particuliers en manquent : en été », résume André Bernard.

Car c’est là une autre particularité du projet HPR : il n’est pas seulement ‘agricolo-agricole’, mais implique tous les acteurs de l’eau, inquiets en ces temps de sécheresse à répétition. « Nous travaillons avec nos élus pour solliciter des moyens européens nous permettant d’alléger le coût de l’extension des réseaux, évalué à 15 000 € l’hectare », poursuit le président de la Chambre régionale. Pour cela, il faut faire entrer le projet dans le cadre des Contrats de plans État-Région. « L’objectif n’est pas d’irriguer à tout va, mais de proposer des réseaux cohérents, avec une eau brute utilisée par les agriculteurs, mais aussi les collectivités pour l’entretien des espaces verts, ou les particulier pour le remplissage des piscines ou l’arrosage des jardins. » Le fait que le projet HPR soit à destination des différents acteurs permet ainsi de solliciter des financements européens Feder, en plus des financements Feader propres à l’agriculture.

Après des réunions de présentation en 2018 et 2019, cinq scenarii ont été présentés. Les premiers travaux devraient débuter en 2020 avec les ASA qui souhaitent s’impliquer et moderniser leur réseau. « Aujourd’hui, tous les propriétaires intéressés sur ce périmètre doivent se faire connaître », rappelait d’ailleurs Mireille Brun, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Suite à l’animation faite ces derniers mois, des projets voient d’ores et déjà le jour, en particulier des projets de modernisation de réseaux gravitaires à Saint-Cécile, Violès, Suze-la-Rousse et Mollans-sur-Ouvèze. Des projets d’extension de réseaux à partir du Rhône à Châteauneuf-du-Pape et à Piolenc-Sérignan sont aussi sur la table.

Céline Zambujo


OPA - Serv. publicsChambre d'agricultureHPT eau irrigation retenue digue