Hydraulique agricole : le projet HPR tâte le terrain auprès des communes et syndicats

Publié le 07 février 2022

Les représentants des principaux partenaires ont successivement pris la parole pour présenter à nouveau le projet des Hauts de Provence rhodanienne. (© ML)

Mercredi 26 janvier, les Chambres d’agriculture régionale et vauclusienne, accompagnées par le Département et la Région Sud, donnaient rendez-vous aux communes, ASA et syndicats d’eau portable pour une nouvelle réunion d’information sur le projet Hauts de Provence rhodanien (HPR). L’occasion pour appeler à l’engagement de tous dans l’avenir de la ressource hydrique sur le territoire.

Le projet HPR – Hauts de Provence rhodanien – est un feuilleton de longue haleine qu’on pense ne plus avoir besoin de présenter en Vaucluse. Et pourtant, alors que le projet poursuit son avancée, aussi progressive soit-elle, de nouvelles personnes découvrent encore le titanesque projet d’hydraulique agricole. Les réunions se sont succédé depuis plusieurs années, comme le rappelle Mireille Brun, chargée de mission 'Eau et R&D' à la Chambre d’agriculture de Vaucluse, pour ce projet qui se dessine sur "un vaste territoire" : 2 départements, 81 communes dont 47 en Vaucluse, 11 intercommunalités et environ 200 000 habitants. Sur cette zone, 87 000 hectares en agriculture et 3 500 exploitations agricoles sont concernés. Une envergure qui justifie cette nouvelle réunion d’information, le mercredi 26 janvier à Avignon, avec des représentants des communes dans la zone du projet, mais aussi des syndicats d’eau potable et les Associations syndicales autorisées (ASA). "Les objectifs sont multiples. Le tout premier est d’économiser les ressources en eau utilisées dans le territoire, notamment la nappe du Miocène. Ensuite, il permettra l’irrigation sur un périmètre à définir avec l’ensemble des usagers, pour réussir la transition agroécologique et climatique et maintenir une agriculture durable sur ce territoire. Il accompagnera les gestionnaires de réseaux d’irrigation et les exploitations agricoles pour améliorer l’efficience des réseaux. Et, enfin, il desservira en eau un vaste territoire pour des usages multiples", résume Mireille Brun.

À l’heure actuelle, "la Chambre d’agriculture accompagne déjà divers projets d’ASA qui ont une réelle volonté de se moderniser", atteste Manon Dublet, chargée de mission à la Chambre de Vaucluse. Sur l’Eygues, elles se sont regroupées en union et bénéficient d’un financement Feader de 2,50 millions d’euros (M€). Pour l’ASA de Sainte-Cécile-les-Vignes, le financement est de 2,30 M€. À Roaix-Séguret, le maître d’œuvre est recruté et le travail devrait commencer en 2023. Enfin, le dossier de l’ASA de Violès est toujours en cours d’instruction… Même si le projet HPR en tant que tel avance doucement, des travaux pour l’hydraulique se multiplient en parallèle et sont réfléchis pour que les raccordements au futur réseau soient effectués simplement. La deuxième phase procédera quant à elle à la substitution de l’ensemble des prélèvements d’eau par la création de deux adducteurs à partir du Rhône.

Prendre l’exemple du projet AquaDomitia, en Occitanie

Pour offrir une perspective à ceux découvrant le projet, la Chambre d’agriculture avait invité la Compagnie Bas-Rhône Languedoc (BRL) à venir présenter l’équivalent occitan : AquaDomitia. "Notre aventure ressemble fort à ce qui se présage dans le Vaucluse, avec un ordre de grandeur similaire au HPR", explique Pierre Savey, représentant du bureau d’études de BRL. Environ 140 km de conduites d’un diamètre allant de 600 à 1 200 mm, un débit maximum de 2,50 m3/s et, surtout, un objectif identique : un projet multi-usages avec comme préoccupation le déficit hydrique pour l’agriculture, "mais aussi un territoire qui voit sa population multipliée par dix pendant l’été". Le territoire sur lequel AquaDomitia a étendu ses tentacules ne pouvait effectivement plus faire face à demande, et le projet devait donc également répondre à celle-ci, venant se substituer aux réseaux d’eau déjà en place.

"Lorsque l’État se désengage au début des années 2000, la Région a pris la suite, et BRL est ainsi devenu le concessionnaire sur le projet. Les départements et communes se sont impliqués, mais il y avait tout de même des sceptiques que l’on entendait dire qu’apporter une nouvelle ressource, c’était encourager au gaspillage. À ce moment, montrer que la remarque était prise en compte était aussi important que la poursuite du projet", affirme le directeur de projet de BRL. Il souligne là ce qui attend le projet HPR dans les années à venir : une étude de préconfiguration, ainsi qu’un débat public essentiel. "Vous en êtes là où nous étions en 2007-2008. Aujourd’hui, nous venons à bout des plus gros travaux, soit 14 ans plus tard", ajoute-t-il. Une décennie et demie. L’évocation fait bruisser la salle et le pousse à ajouter que les travaux déjà lancés avec les ASA permettront d’avancer en parallèle plutôt qu’en échelons.

Après deux ans de bon avancement et une forme "d’alignement des planètes", selon Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, le projet hydraulique semble enfin sortir des têtes pour avancer sur le terrain. La prochaine étape se trouve dans l’étude de préconfiguration et la recherche de la meilleure solution concernant le choix de la structure juridique.

Solliciter les communes et syndicats d’eau potable

Après une vingtaine d’années à travailler sur le projet, André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, connaît ce dossier sur le bout des doigts. Avec une voix qui trahit l’impatience de voir enfin le HPR se mettre en place en 2022, il profite de cette réunion pour s’adresser aux ASA, communes et syndicats d’eau potable : "Nous devons commencer par utiliser l’eau brute pour arroser nos stades et jardins, pour le nettoyage des voiries… Ça ferait déjà une réduction significative de l’utilisation d’eau potable". Mais il le reconnaît, d’autres étapes viennent avant. Dans la salle, les interrogations des invités du jour se verbalisent au fur et à mesure : "Comment contrôler les forages hors ASA ?", "quel surcoût pour les usagers ?", "ma commune fait-elle bien partie de la zone concernée ?"… À la tribune, Georgia Lambertin et André Bernard se succèdent pour les réponses, insistant sur l’appui nécessaire des uns et des autres dans le projet. Un appui financier notamment.

Le HPR a effectivement un coût, en partie couvert par les subventions dont les taux sont encore à préciser pour les prochaines tranches. L’État devrait toutefois accorder "une rallonge de cinq millions d’euros à la Région", précise Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l’agriculture. Le Département également, souligne sa participation. "Je l’avais annoncé sous la présidence de Maurice Chabert et la présidente actuelle m’a permis de continuer dans ce sens : il y aura bien deux millions d’euros par an, pendant dix ans pour accompagner l’hydraulique agricole dans le Vaucluse", réaffirme Christian Mounier, avant d’ajouter : "Il faut replacer le curseur. On ne va pas insister sur le partage des ressources, on va l’imposer". Aux différents acteurs autour de la table de maintenant trouver les accords nécessaires pour un arrangement de tous qui ne brusquerait pas les Vauclusiens pour autant.

"Nous accompagnons les ASA dans les travaux pour sécuriser et préserver cette ressource fragile. Je pense que vous, syndicats d’eau potables, avez les mêmes objectifs. Dès le mois de mars, des réunions techniques nous permettrons de nous réunir pour travailler ensemble et trouver les intérêts que vous pouvez trouver au projet", conclut Georgia Lambertin. Pas d’eau brute sans eau potable, voilà un appel clair qui aura eu le mérite d’être entendu.

Manon Lallemand


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